L’initiative lancée par la Chambre Nationale des Commissaires aux Comptes, intitulée « La Radioscopie financière de l’entreprise algérienne », marque un tournant décisif dans l’analyse et la compréhension du tissu économique national.
En se penchant sur l’examen minutieux des états financiers certifiés des entreprises sur la période s’étalant de 2023 à 2025, ce projet d’envergure ambitionne d’apporter une clarté inédite sur la réalité du terrain entrepreneurial. L’analyse agrégée des données permettra de dépasser les simples constats comptables individuels pour dégager une vision d’ensemble de la santé économique du pays.L’objectif fondamental de ce projet réside dans la transformation de la donnée comptable brute en un véritable outil d’intelligence économique et de prise de décision stratégique. Jusqu’à présent, la certification des comptes répondait principalement à une obligation légale et réglementaire visant à valider la régularité des états financiers de chaque entité. Avec cette étude, la profession d’auditeur fait évoluer son rôle vers une dimension prospective. Il s’agit de convertir des milliers de bilans isolés en une base de connaissances consolidée capable d’éclairer la politique économique globale et de guider les investisseurs privés et publics vers les opportunités les plus viables.Pour atteindre cette ambition, l’étude se focalise sur deux leviers analytiques majeurs. Le premier concerne l’évaluation des équilibres financiers globaux à travers la mesure des niveaux d’endettement, la capacité d’autofinancement des structures, leur dépendance au crédit bancaire et leurs ratios de rentabilité réelle. Le second levier mesure le taux d’intégration nationale en évaluant la part des consommations d’intrants locaux face aux matières importées dans des secteurs clés comme l’agroalimentaire, la plasturgie, l’industrie automobile et les matériaux de construction. L’objectif précis de ce volet est d’identifier avec exactitude les maillons manquants des chaînes de valeur locales afin d’orienter les investissements vers la substitution aux importations et le renforcement de la souveraineté économique.Un des aspects centraux garantissant le succès de l’initiative réside dans la préservation absolue de la confidentialité des données. L’ensemble des informations recueillies fera l’objet d’un processus strict d’anonymisation, excluant tout nom d’entreprise ou identifiant fiscal et commercial. Cette rigueur garantit que l’étude conservera une portée purement macroéconomique et sectorielle, protégeant ainsi le secret des affaires tout en offrant une cartographie fidèle des dynamiques financières nationales.S’étalant sur une durée de quatorze mois pour aboutir à un rapport final prévu au dernier trimestre de l’année 2027, ce projet pose également les jalons d’une gouvernance économique pérenne. En proposant la création d’un observatoire permanent des données financières, la démarche vise à doter le pays d’un instrument de veille continue. À terme, cette étude permettra de réduire l’incertitude sur le marché, d’optimiser l’allocation des capitaux, d’anticiper les défaillances sectorielles et d’adapter les politiques publiques d’aide aux entreprises sur la base de données réelles, vérifiées et quantifiables.
Meryam M.






