Le poids de la Chine, deuxième puissance économique mondiale et ses relations avec l’Afrique

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Par Abderrahmane Mebtoul,  Professeur des universités, expert international docteur d’Etat 1974 en management stratégique

La République populaire de Chine possède une superficie totale d’environ 9,6 millions de km², ce qui en fait le 4e plus grand pays du monde. Elle partage ses frontières terrestres (longues d’environ 22 800 km), bordée à l’est par l’océan Pacifique (notamment par les mers de Chine) et s’étend vers l’ouest jusqu’aux contreforts de l’Himalaya et de l’Asie centrale avec capitale  Pékin (Beijing), située dans le nord du pays, la Chine côtoyant  14 pays :au Nord : Mongolie, Russie et Corée du Nord, à l’Ouest et au Nord-Ouest : Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Afghanistan et Pakistan et au   Sud et au Sud-Ouest : Inde, Népal, Bhoutan, Myanmar (Birmanie), Laos et Vietnam.  

La Chine possède l’une des plus anciennes civilisations continues au monde, avec une histoire écrite et une culture qui s’étendent sur plus de 4 000 à 5 000 ans. Berceau de la vallée du fleuve Jaune, cette civilisation a traversé les siècles en façonnant l’écriture, la philosophie et les arts, la construction de la Grande Muraille de Chine s’étant  étalée sur plus de 2 000 ans, du IIIe siècle avant J.-C. jusqu’au XVIIe siècle après J.-C .L’histoire de la « colonisation » de la Chine n’a pas été une colonisation de peuplement classique, mais plutôt une « semi-colonisation ». Du milieu du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale, le pays a été dominé, pillé et découpé en zones d’influence par les puissances occidentales et le Japon, un siècle d’humiliation qui a profondément marqué l’histoire moderne  La domination et le morcellement du territoire chinois prennent officiellement fin avec la victoire des communistes de Mao Zedong et la proclamation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949. Cela met fin au « siècle de la honte », bien que Hong Kong ne soit rétrocédée à la Chine qu’en 1997 et Macao en 1999

Poids de la Chine dans le monde, quelques indicateurs économiques

Sans parler des institutions internationales comme le FMI, la BM et d’autres, nous avons trois grandes organisations internationales dans le domaine économique. Nous avons  le   G7  qui représente moins  de 10 % de la population mondiale mais plus de 44 % du PIB mondial nominal   et environ 28 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (PPA)  et en  matière d’échanges, leur part dans le commerce mondial de marchandises se situe autour de 12 %.   Nous avons le G20  avec 19 pays  représentAnt environ 85 % à 90 % du PIB mondial, plus de 75 % du commerce international et les deux tiers de la population mondiale et  nous  avons les  BRICS+  avec , plus de la moitié de la population mondiale (environ 51 %) et sur  le plan économique, la coalition concentre plus de 40 % du PIB mondial calculé en parité de pouvoir d’achat (PPA), et environ 35 % du PIB nominal mondial, la Chine étant  le moteur économique  incontesté représentant  à elle seule environ 50 % du PIB total du groupe élargi, un poids prépondérant qui en fait la véritable locomotive du Sud global face au G7 et détenant  une part de capital de 18,98 % dans la Nouvelle Banque de Développement (NBD, ou banque des BRICS) dont le but est de s’affranchir  des institutions de Bretton Woods mises en place après la Seconde Guerre mondiale  Pourtant il faut être  réaliste  en  2025, le dollar américain est resté la monnaie dominante dans les échanges internationaux, représentant environ 89 % des transactions sur le marché mondial des devises. L’euro s’est classé deuxième avec une part de 28,9 %, tandis que sur le réseau de paiement Swift, le dollar a concentré 50,5% des flux contre 21,9% pour l’euro. Pour la part dans les transactions mondiales, le dollar américain représente  89 %  entre 2024/2025 des transactions sur le marché mondial des changes et 50,5 % sur le réseau Swift,   l’Euro  28,9 % des échanges globaux et 21,9\% des transactions mondiales Swift   Bien que la  Chine utilise son propre système de paiement (le SIPS) et le yuan numérique afin de favoriser les règlements directs avec ses partenaires et réduire sa dépendance au dollar, la part     du yuan (renminbi) dans les transactions mondiales varie selon l’indicateur financier. En 2025  elle se situe entre  4/6 % des paiements mondiaux selon les données du réseau Swift, tandis qu’elle représente  environ 8 % du financement du commerce international  et  environ 2 % des réserves de change détenues par les banques centrales à l’échelle mondiale.

Sur le plan  des importations et exportations de la Chine a atteint un niveau historique de 6 360 milliards de dollars américains. En 2025, le commerce extérieur chinois a atteint un record de 6 480 milliards de dollars (45 470 milliards de yuans). Les exportations ont augmenté de 5,5 % pour s’élever à 3 770 milliards de dollars, tandis que les importations ont stagné (+0,5 %) à 2 580 milliards de dollars. La Chine a ainsi enregistré un excédent commercial historique de près de 1 200 milliards de dollars et en tendance, les exportations de produits à haute valeur ajoutée (véhicules électriques, batteries, panneaux solaires) ont supplanté la fabrication à bas coût traditionnelle, la stagnation des importations s’explique principalement par une consommation locale plus faible que prévu.    En 2025, le PIB par habitant de la Chine s’est élevé à 13 968 dollars (environ 100 000 yuans). Cette augmentation est soutenue par une croissance économique globale de 5 %, pour atteindre un Produit Intérieur Brut nominal total de 19 626 milliards de dollars.   Le PIB nominal converti avec le taux de change classique ne montre que la valeur financière sur les marchés boursiers mondiaux. Le PIB PPA, lui, ajuste les chiffres en fonction du coût de la vie réel dans chaque pays, permettant une comparaison beaucoup plus fidèle du niveau de vie et du bien-être économique des populations. Si en 2026, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la Chine est estimé à environ 14 874  contre les États-Unis à 94 430 dollars (en valeur nominale)     Selon les projections du Fonds Monétaire International (FMI)  en  termes de volume, son Produit Intérieur Brut ajusté en Parité de Pouvoir d’Achat (PPA) dépasse les 41 240 milliards de dollars, ce qui place la Chine au premier rang mondial devant les États-Unis, le  PIB PPA par habitant  étant de 29 350 dollars USD.  Le   taux d’inflation annuel moyen en Chine pour l’année 2025 s’est établi à 0,5 %. Cette hausse est restée très modérée, le taux de chômage urbain recensé s’est maintenu autour de 5,1 % à 5,3 % tout au long de l’année 2025, devant mentionner  qu’en 2025  le poids de la sphère informelle en Chine représente environ 20 % du PIB, générant une valeur estimée à 3 600 milliards de dollars. Elle constitue l’économie souterraine la plus importante au monde en valeur absolue, tout en représentant une part du PIB proportionnellement plus faible que dans d’autres pays émergents comme l’Inde.

Les relations la Chine : USA/Europe- Amérique Latine-Asie

Selon les données du FMI pour 2025,  pour  les échanges commerciaux  nous avons, les  États-Unis qui sont le principal partenaire bilatéral direct en termes de volume de marchandises plus de 400 milliards de dollars annuels, avec un important excédent pour la Chine. Quant à l’Union Européenne les échanges , elle est le  deuxième fournisseur  en  2025, les exportations chinoises vers l’UE  sont estimées à environ 560 à 580 milliards de dollars (et  les importations chinoises depuis l’UE  à près de 200 milliards de dollars avec un déficit  commercial européen  de près de 380 milliards de dollars .  Les échanges commerciaux entre la Chine et la Russie ont atteint 228,1 milliards de dollars US en 2025. Pour   l’Amérique latine  quatre pays concentrent environ 76 % du commerce total et de l’essentiel des investissements directs étrangers (IDE) chinois : le Brésil, le Chili, le Pérou et le Mexique  avec des  échanges commerciaux  d’environ 550 milliards de dollars Quant aux alliés historiques, dans la pratique des relations internationales et des affaires n’existant pas de sentiments, les échanges sont marginaux sont estimées pour le Venezuela entre  4,5 à 5 milliards de dollars, tandis que les échanges avec Cuba se sont contractés pour avoisiner 1 à 1,5 milliard de dollars.  Concernant  l’Asie  pour l’exercice annuel 2025, le volume total des échanges entre l’Inde et la Chine a atteint un record de 151 milliards de dollars, faisant de Pékin le premier partenaire commercial de l’Inde,   les échanges commerciaux bilatéraux entre la Chine et le Japon totalisent environ 290 à 300 milliards de dollars, avec   la Corée du Sud a atteint environ 300 milliards de dollars en 2025, avec le Vietnam  252 milliards de dollars , avec l’Indonésie  un volume total d’environ 167 milliards de dollars  et  les  échanges commerciaux bilatéraux avec Taïwan  environ 123 milliards de dollars américains USD en rappelant que la  question de Taïwan est le point de friction géopolitique le plus explosif entre la République populaire de Chine (RPC) et les États-Unis. Pékin la considérant  comme la partie continentale de la Chine faisant partie intégrante de son territoire et exige sa réunification

Relations  Chine avec les pays du Moyen Orient et l’ Afrique

Le cumul des investissements et des contrats de construction chinois au Moyen-Orient avoisine les 240 milliards de dollars  représentant  environ 20 % des engagements chinois dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie.  Le commerce bilatéral avec les six pays du Conseil de Coopération du Golfe  s’élève à 257 milliards de dollars. La Chine étant devenue  le premier partenaire commercial des monarchies du Golfe, dépassant les États-Unis, le Royaume-Uni et la zone euro réunis. Près  de  49,4\% des importations chinoises en pétrole brut, GNL et autres combustibles viennent du Moyen-Orient, étant le premier partenaire commercial des pays du Golfe et exporte en retour des produits manufacturés, des technologies et des véhicules  Au niveau des exportations globales  la part de la Chine représente plus d’un quart (25 %  du total des exportations de l’Iran  ce qui nous renvoie au dossier du détroit d’Ormuz   où pour  ce dossier la Chine est  un acteur incontournables. Avec l’Afrique, la   Chine  a investi   massivement dans plus de 35 pays africains, avec des engagements financiers particulièrement concentrés dans les pays riches en ressources naturelles et en infrastructures L’Afrique est un partenaire économique et commercial majeur de la Chine, qui demeure son premier partenaire commercial depuis seize années consécutives  .Les investissements et engagements chinois en Afrique ont atteint un montant record de 39 milliards de dollars en 2025, marquant une hausse d’environ 20 % par rapport à l’année précédente. Selon certaines analyses, en intégrant plus largement les contrats de construction des Nouvelles routes de la soie (BRI), ces engagements  étant estimés à 61,2 milliards de dollars.   Selon les données fournies par les autorités chinoises, les  échanges commerciaux entre la Chine et le continent africain ont atteint un volume record de 348,05 milliards de dollars en 2025, après s’être établis à 295,56 milliards de dollars en 2024. Ce partenariat fait de la Chine le premier partenaire commercial de l’Afrique pour la seizième année consécutive,  les exportations chinoises vers l’Afrique ont été de  225,03 milliards de dollars et  les  importations  d’Afrique   de 123,02 milliards de dollars , soit un déficit de 102,1 milliard de dollars  La croissance des exportations chinoises vers le continent (+25,8 %) a largement dépassé celle des importations africaines vers la Chine (+5,4 %).    Les  principaux pays bénéficiaires sont  le  Nigeria avec le principal pôle de construction et de grands travaux (ex: la centrale hydroélectrique de Mambilla) ; la  République Démocratique du Congo (RDC)  pour l’extraction minière (cuivre et cobalt) ; l’Afrique du Sud  qui est un  partenaire historique avec le  pôle industriel et technologique accueillant des projets comme la ZES de Musina-Makhado,  l’Angola ,avec le  secteur pétrolier et le financement d’infrastructures lourdes ; la  Tanzanie  avec des investissements importants dans le transport et la logistique portuaire, le Zimbabwe et Zambie   dans l’exploitation des minerais critiques.   Et sans oublier d’autres pays, la   Côte d’Ivoire, le Niger,  le Ghana le Cameroun, le Kenya, le Sénégal,  caractérisés par un volume d’échanges record (dépassant les 4 milliards de dollars)   soutenant de nombreux projets d’infrastructures à travers le pays ; pour l’Éthiopie , la Chine est le premier partenaire commercial et l’un des plus grands investisseurs du pays. Les capitaux chinois se concentrent sur le secteur manufacturier (textile, assemblage) et les infrastructures, à l’image de l’emblématique ligne de chemin de fer reliant Addis-Abeba au port de Djibouti , la  Chine ayant joué  un rôle crucial dans le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), inauguré en septembre 2025

  Pour certaines pays de l’Afrique du Nord , pour 2025,  selon les données du FMI, le volume global a atteint environ 15 milliards de dollars ,les Les exportations chinoises vers l’Algérie constituant la majeure partie de ce montant  avoisinait les 12,2 milliards de dollars tandis que les exportations algériennes vers la Chine restent plus faibles environ 2,8 milliards de dollars constituées en majorité d’hydrocarbures.  Pour les autres pays , pour  2024, les  exportations du Maroc vers la Chine  ont atteint une valeur de 1,3 milliard de dollars  et les importations marocaines depuis la Chine entre  6 à 7 milliards de dollars  en 2024; le  volume total des échanges commerciaux entre la Chine et l’Égypte pour l’année 2024 s’est élevé à 17,37 milliards de dollars, les importations égyptiennes  de  16,8 milliards de dollars  et les exportations égyptiennes vers la Chine ont été environ 578 millions de dollars ;  le volume global des échanges commerciaux entre la Chine et la Mauritanie a atteint 2,4 milliards de dollars , les exportations de  1,1  à 1,3  et les importations  de 1,1 à 1,4 milliards de dollars ;  les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Chine  ont totalisé  3 milliards de dollars : la Tunisie ayant importé  pour près de 2,9 milliards de dollars,  et exporter près de 100 millions de dollars;  les exportations de la Chine vers la Libye ont atteint environ 3,59 milliards de dollars  et les ventes libyennes  plus de  90\% de pétrole brut)  et  les  échanges commerciaux entre la Chine et le Soudan s’élevait à environ 1,39 milliard de dollars et les  exportations de la Chine vers le Soudan ont atteint 830 millions de dollars, tandis que les importations chinoises depuis le Soudan se sont établies à environ 560 millions de dollars.

  À compter du 1er mai 2026, la Chine applique officiellement une politique de tarif douanier zéro à 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, ce qui favorise davantage les échanges bilatéraux entre la Chine et l’Afrique, une stratégie qui rentre dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie. Cependant se pose un problème épineux celui de la  dette africaine et notamment envers  la Chine où entre 2015 et 2024, le continent africain a vu passer le ratio dette/PIB (Produit Intérieur Brut) de 44,4 % en 2015, à 66,7 % en moyenne.  Selon les données du FMI (octobre 2025), cette montée des ratios dette/PIB est dominée par le Soudan (272 %), suivi du Sénégal (128 %), de la Zambie (115 %), et du Cap-Vert (111 %).  Concernant la Chine , le  stock cumulé de la dette africaine publique et garantie par l’État envers la Chine est estimé à environ 61 milliards de dollars.   Les prêts étant bilatéraux, la dette chinoise est très concentrée sur quelques pays, les principaux montants dus se décomposent comme suit :  Angola : 17,8\) milliards  de dollars  -Éthiopie : 6,5\) milliards  -Égypte :   6,3\) milliards  -Zambie :  6,0\) milliards  -Kenya :   6,0\) milliards  -Ethiopie :5,4 milliards  -Afrique du Sud : 3,5 milliards  -Cameroun : 3,5 milliards  . Le remboursement de la dette africaine envers la Chine s’effectue principalement par des versements directs en devises (dollars ou euros), mais aussi par des garanties sur les ressources naturelles (contrats pétroliers ou miniers) et, plus récemment, par des conversions en monnaie chinoise (yuan/renminbi

 Quelle conclusion tirer sur l’avenir de l’économie chinoise qui est devenue également une  grande puissance militaire appelée à jouer un rôle stratégique dans le façonnement géostratégique  et économique du monde et notamment en Afrique continent de tous les enjeux expliquant  les rivalités géostratégiques  avec d’autres grandes puissances dont les USA/Europe sans oublier la Russie  et des pays émergents. Les fondements  du développement de toute société sont la bonne gouvernance  et la valorisation du savoir, une société sans son élite étant comme un corps sans amé. La clef de la réussite de la Chine  est que le fondement de son développement repose sur le SAVOIR. L’Université Tsinghua et l’Université de Pékin sont les deux fers de lance de l’enseignement supérieur en Chine, se classant régulièrement dans le Top 20 international toutes disciplines confondues  En tant que leader mondial incontesté de l’innovation, la Chine a enregistré près de 1,8 million de demandes de brevets en une année récente, représentant à elle seule près de la moitié du total mondial. Le pays détient le plus grand parc mondial avec plus de 5,7 millions de brevets actifs en vigueur  Attirés par des investissements massifs et des incitations financières, de nombreux scientifiques d’origine chinoise formés ou expatriés aux États-Unis et en Europe retournent travailler en Chine, ce qui a renforcé le statut du pays dans le domaine de la recherche de pointe. La Chine compte plus de 47,6 millions d’étudiants dans l’enseignement supérieur, dont environ 500 000 étudiants internationaux. Si l’on inclut l’ensemble du système éducatif (de la maternelle à l’université), ce chiffre atteint près de 289 millions d’élèves et étudiants à l’échelle nationale.   Les universités chinoises occupent désormais les premiers rangs mondiaux, rivalisant directement avec les meilleures institutions américaines et britanniques.  

 Pour terminer dans les relations internationales n’existant pas de sentiments, mais que des intérêts,   je tiens à remercier vivement  Mr  l’Ambassadeur de Chine à Alger et ses  proches collaborateurs  de m’avoir aidé à élaborer cette présente contribution.

A.M

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