Du Niger au Mali:L’Algérie redessine sa profondeur stratégique au Sahel

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Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, remporte l’une des batailles de sécurité nationale algérienne les plus complexes sans se laisser entraîner dans des affrontements ouverts ou une course d’influence coûteuse. Il s’appuie sur un pragmatisme qui a renoué le dialogue rompu par les tensions avec le Mali, et qui a transformé la solidarité avec le Niger et le Tchad en partenariats énergétiques et de développement. Ainsi, au lieu d’attendre les menaces aux frontières sud, l’Algérie déplace ses défenses stratégiques vers l’espace où se façonnent les risques, en bâtissant un voisinage fort qui protège sa souveraineté et recouvre sa capacité à maîtriser ses territoires et ses institutions.

C’est dans cette perspective que la visite du Premier ministre et chef du gouvernement malien, Abdoulaye Maïga, en Algérie, dépasse la simple reprise des relations bilatérales, elle parachève un volet politique et sécuritaire essentiel au sein d’une vision algérienne plus large pour la région du Sahel. Le Mali représente le front occidental le plus sensible, le Niger constitue un maillon central dans l’équilibre sécuritaire et énergétique, tandis que le Tchad ouvre un prolongement oriental connecté aux espaces libyen, soudanais et à l’Afrique centrale. Cependant, l’Algérie ne bâtit pas ces fronts selon une logique de bases militaires ou de tutelle politique, mais à travers le dialogue, le respect de la souveraineté, la formation des compétences, le transfert d’expertise et la réalisation d’infrastructures. Entre le rétablissement de la confiance avec Bamako, l’inauguration d’une centrale électrique d’une capacité de 40 mégawatts au Niger et le lancement d’un projet similaire au Tchad, se dessinent les contours d’une approche qui fait de l’énergie, du développement et du renforcement des capacités des instruments de défense avancée de la sécurité nationale.

Dans ce sens, l’Algérie ne considère pas le Mali, le Niger et le Tchad comme des pays qui la séparent des sources de danger, mais plutôt comme les premiers fronts de stabilité d’où commence sa propre sécurité.

Trois impératifs renforcent la relation

Dans ce contexte, le professeur Abdelkader Briche, expert économique et spécialiste des questions géopolitiques inscrit dans une contribution relayée par les médias le retour des relations algéro-maliennes et l’essor du partenariat avec le Niger et le Tchad au sein de trois impératifs interdépendants, l’histoire, la géographie et l’avenir.

Le professeur estime que ces pays représentent, malgré la diversité de leurs positions et de leurs rôles, des composantes essentielles de la profondeur stratégique vitale de l’Algérie. Cependant, la construction de cette profondeur ne repose pas sur la tutelle ou la création d’une zone d’influence, mais sur l’élargissement du cercle de stabilité, de souveraineté et d’intérêts partagés. Selon sa lecture, la stabilité de ces États devient une partie intégrante de l’environnement sécuritaire algérien, tout comme la stabilité de l’Algérie constitue un intérêt vital pour les pays de la région.

D’après l’expert, la relation avec le Mali tire son importance des liens historiques, de la continuité frontalière et de l’interconnexion sécuritaire. Le Niger occupe quant à lui une position centrale dans les calculs énergétiques et géoéconomiques, tandis que le Tchad constitue une extension orientale reliant l’Algérie aux espaces libyen, soudanais et à l’Afrique centrale. L’hétérogénéité des positions de ces trois pays ne signifie pas une différence dans leur degré d’importance, mais permet de développer une approche flexible adaptée à la spécificité de chaque Nation, tout en préservant les constantes de la politique algérienne fondées sur le bon voisinage, le respect de la souveraineté, la non-ingérence, le dialogue et le soutien aux solutions politiques. Briche souligne que la consolidation de la profondeur vitale de l’Algérie ne doit pas être lue sous l’angle de la domination, car l’Algérie n’a pas besoin d’un voisinage soumis, mais plutôt d’un voisinage capable de protéger sa souveraineté, de gérer ses institutions et de faire face aux menaces qui visent sa stabilité. C’est là qu’apparaît la différence entre influencer les pays du Sahel et les autonomiser : l’influence mène à la dépendance, tandis que l’autonomisation renforce la capacité des États à défendre leurs intérêts et limite la vulnérabilité de leurs institutions aux ingérences extérieures.

Des frontières de risques aux couloirs de valeur

L’Algérie possède la position géographique, les ressources énergétiques, l’expertise technique, les capacités d’ingénierie, les réseaux routiers et les infrastructures dont les effets peuvent s’étendre vers le sud. De leur côté, les pays du Sahel disposent de ressources naturelles, de marchés en croissance et de vastes besoins en matière d’énergie, de transports, de télécommunications et de services.

L’intégration des axes routiers, des corridors commerciaux, de l’énergie, des télécommunications, de la logistique et du commerce transfrontalier est de nature à transformer les frontières méridionales : de lignes de surveillance des risques, elles deviendraient des espaces créateurs de valeur. L’Algérie pourrait ainsi devenir une plateforme de transit pour les biens, les services et le savoir-faire vers la profondeur africaine, tandis que les pays du Sahel bénéficieraient d’un accès plus proche des marchés méditerranéens et d’une base industrielle et énergétique plus avancée.

Cette mutation porte une dimension sécuritaire tout aussi importante que son aspect économique. Plus la capacité des pays du Sahel à produire de l’énergie, à développer leurs infrastructures, à créer des emplois et à consolider leurs institutions augmente, plus diminuent les facteurs de vulnérabilité qui alimentent l’instabilité. Ainsi, la coopération économique devient un volet de la stratégie de prévention sécuritaire, et non une simple activité commerciale déconnectée des enjeux géopolitiques.

Mohamed B.

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