Le gène des cheveux roux fait partie des 479 variantes génétiques que la sélection naturelle a activement façonnées en Europe occidentale au cours des 10 000 dernières années.
Cette découverte remet en cause l’idée que l’évolution humaine a cessé d’agir depuis l’apparition de l’agriculture. La sélection aurait même accéléré après la transition vers les sociétés agricoles. Le gène des cheveux roux montre que l’évolution humaine ne s’est jamais vraiment arrêtée. Une analyse de 15 836 génomes anciens vient de le confirmer avec une précision inédite. Pendant des décennies, les scientifiques pensaient que la sélection naturelle avait ralenti après l’agriculture. L’idée semblait logique. Une fois protégés par la technologie et la médecine, les humains n’auraient plus subi les mêmes pressions évolutives. Une nouvelle étude remet en cause cette certitude. Elle montre que des centaines de traits génétiques ont continué d’évoluer bien après la révolution néolithique. Selon une étude publiée dans Nature, Ali Akbari et son équipe de Harvard ont analysé 15 836 génomes anciens d’Eurasie occidentale sur 18 000 ans. L’équipe a développé une méthode statistique pour isoler la sélection directionnelle. Ce terme désigne la tendance durable d’un trait à devenir plus ou moins fréquent dans une population. Elle a identifié 479 variantes génétiques soumises à une sélection forte. Parmi elles figurent le gène des cheveux roux, la peau claire et des gènes de résistance au VIH et à la lèpre. La sélection a aussi agi en sens inverse. La calvitie masculine et la susceptibilité à la polyarthrite rhumatoïde ont reculé au fil des millénaires. Ainsi, l’évolution a remodelé les défenses immunitaires des populations d’Eurasie occidentale. Avant cette étude, seuls une vingtaine de cas de sélection directionnelle avaient été documentés dans l’histoire humaine récente. En doublant la taille de la littérature sur l’ADN ancien, les chercheurs ont détecté des signaux invisibles avec les méthodes précédentes. Ce n’est donc pas que la sélection était rare. Elle manquait simplement d’outils pour être vue. La sélection a par ailleurs accéléré après la transition vers l’agriculture. Ce changement a transformé les régimes alimentaires et les agents pathogènes auxquels les populations étaient exposées. En revanche, seules 2 % des variantes génétiques analysées montrent des signes de sélection directionnelle. L’essentiel du génome humain évolue donc sans pression sélective claire. Pourquoi ce gène a-t-il été favorisé ? Les chercheurs avancent une hypothèse. Les personnes à peau claire produisent la vitamine D plus efficacement dans les régions peu ensoleillées. Or, les premiers agriculteurs d’Europe du Nord manquaient de vitamine D dans leur alimentation. Cet avantage aurait pu offrir un bénéfice de survie significatif. Toutefois, les auteurs restent prudents. Le gène des cheveux roux a peut-être progressé parce qu’il est lié à un autre trait plus important. Les résultats ne permettent pas encore d’expliquer pourquoi chaque variante a été sélectionnée à un moment précis. Ali Akbari souligne que ces méthodes peuvent s’appliquer à d’autres espèces. Elles pourraient aider à mieux comprendre comment les animaux domestiques se sont adaptés à l’élevage. Par conséquent, cette approche dépasse la seule question des cheveux roux et ouvre un nouveau champ pour l’étude de l’évolution en temps réel.






