Des migrants soudanais, parmi ceux ayant survécu au massacre de Melilla qui a eu lieu à la frontière entre le Maroc et l’Espagne, le 24 juin 2022, racontent les événements de cette terrible journée au cours de laquelle des dizaines de Subsahariens ont été tués par les services de sécurité marocains alors qu’ils tentaient de passer en territoire espagnol.Dans un roman intitulé « le vendredi de la mort », l’écrivain soudanais, Al hafed Tardjouk, l’un des rescapés du massacre, a documenté les graves dépassements commis par les membres des services de sécurité marocains à l’encontre des migrants au cours de cette journée qui allonge la liste des
crimes commis par le Makhzen contre les droits humains.Dans une déclaration à l’APS, Tardjouk, aujourd’hui âgé de 28 ans, revient, avec beaucoup d’amertume sur les événements ayant émaillé cette journée et sur les circonstances dans lesquelles il a échappé miraculeusement à une mort certaine. Il évoque également la grave blessure subie ce jour-là suite aux actes de violence commis contre lui par des agents marocains. L’auteur parle des dizaines de personnes tuées sous les coups de matraque, « alors qu’elles rêvaient d’une vie meilleure, de l’autre côté de la frontière ». Les plus chanceux d’entre ces migrants, ont écopé de
lourdes peines et devront passer de longues années en prison, raconte-t-il encore.Les agents marocains « nous ont affrontés avec du gaz lacrymogène et des bombes qui ont pour effet de vous couper le souffle et de vous paralyser, mais aussi des balles en caoutchouc en plus des coups de matraques. Des dizaines de personnes ont été tuées. D’autres sont aujourd’hui handicapées à vie », déplore l’auteur.Selon ce témoin des événements, il existe aujourd’hui une unanimité parmi les victimes sur le fait que le gouvernement marocain utilise les migrants
comme une arme pour faire pression sur l’Europe en cas de nécessité. L’écrivain exprime le souhait de voir les migrants emprisonnés au Maroc, enfin libres et dit espérer aussi que la Cour internationale de justice demande des comptes au Makhzen concernant ses crimes et que les familles des victimes soient indemnisées.Les prisonniers ont été répartis sur cinq pénitenciers et n’ont pas été autorisés à communiquer avec leurs proches, poursuit-il. Il partage lui aussi l’idée selon laquelle le Makhzen utilise les migrants pour faire du chantage aux Européens pour ses propres intérêts.Un autre jeune, âgé de 19 ans, vivant aujourd’hui à Casablanca, fait part de ce qu’ont vécu les migrants subsahariens pendant et après ces
événements, soutenant qu’il a constaté une montée du racisme suite aux campagnes orchestrées par les autorités contre les Subsahariens. Des campagnes impliquant les partis politiques et les médias, mais également des citoyens. « Le royaume s’est transformé en un enfer » pour les migrants, constate-t-il amèrement.Après la prison, ceux qui ont trouvé une location ont été harcelés par la police.
APS






