Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL
M. Stéphane Romanet ambassadeur de France en Algérie qui a été rappelé par Paris le 15 avril 2025, a rejoint son poste vendredi 8 mai 2026 et comme signe du réchauffement entre Alger et Paris , la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants Alice Rufo s’est rendu à Sétif pour y commémorer les événements tragiques qui y ont eu lieu 08 mai 1945 à Sétif. Par ailleurs, le ministre de la justice français a effectué une visite à Alger le 18/19 mai 2026 et le ministre de l‘intérieur algérien est attendu à Paris tout en rappelant la visite récente d’une importante délégation du patronat français MEDEF. Ces différentes rencontres à une année de l’élection présidentielle en France , inaugurent -elles des relations apaisées, espérons-le ?. Je tiens vivement à remercier les services économiques de l’Ambassade de France à Alger via la direction générale du trésor français , de m’avoir fourni les données économiques et financières pour cette présente contribution
Situation des relations entre l’Algérie et la France dans le domaine économique
Selon des responsables français, le marché algérien est important pour les entreprises françaises étant le deuxième marché pour les exportations françaises vers l’Afrique en 2025 avec 4,2 milliards d’euros d’exportations ; -11,8 %), derrière le Maroc (7,7 milliards d’euros ; +3,6 %), devant la Tunisie (3,4 milliards d’euros ; +4,4%). L’Algérie absorbe 0,7 % des exportations françaises totales en 2025 (4,2 sur 614,7 milliards d’euros) sur 14,53 % des exportations françaises vers le continent africain. Dans l’autre sens, la France absorbe 12,1 % des exportations algériennes totales en 2025 (5,2 sur 43 milliards d’euros), principalement des hydrocarbures (74,4 % du total, soit 3,8 milliards d’euros en 2025. La France est le deuxième fournisseur de l’Algérie au niveau mondial en 2025, derrière la Chine (12,9 milliards d’euros d’exportations, dont les exportations ont été multipliées par 8 entre 2006 et 2025, devant l’Italie (3,2 milliards d’euros ; +13,8 %), la Turquie (2,3 Mds EUR ; -14,6 %), le Brésil (2,2 Mds EUR ; – 9,2 %) et l’Espagne (2,13 milliards d’euros; +159 % par rapport à 2024 suite à la réouverture des flux DE-ESP en novembre 2024). La France est le premier fournisseur de l’Algérie au niveau européen en 2025, mais les ventes françaises vers l’Algérie font toutefois face à une concurrence accrue de l’Italie (3,2 milliards d’euros ; +13,8 %) et de l’Espagne (2,13 milliards d’euros; +159 %) en 2025. Ces deux pays voient leurs ventes vers l’Algérie augmenter alors que les ventes françaises régressent (4,2 milliards d’euros d’exportations ; -11,8 %).
Selon le quotidien les Echos. fr , les exportations françaises vers l’Algérie ont reculé de 12 % en 2025 par rapport à 2024 et environ 10 % des 53OO PME françaises exportant vers l’Algérie n’ont pas survécu à la crise diplomatique entre l’Algérie et la France. De ce fait , les échanges commerciaux entre l’Algérie et la France (exportations + importations) reculent, s’expliquant du fait d’ une contraction des importations françaises provenant d’Algérie entre 2023 et 2024 puis entre 2024 et 2025 surtout liée à la baisse des cours des hydrocarbures sur la période. En parallèle, les exportations françaises vers l’Algérie qui avaient augmenté entre 2023 et 2024 (4,8 milliards d’euros ; +6,6 %) ont reculé entre 2024 et 2025 (4,2 milliards d’euros ; -11,8 %), cette baisse s’expliquant par un forte réduction des ventes de la France en produits de la culture et de l’élevage à partir du mois d’août 2024, et par une baisse des ventes de produits des industries agroalimentaires. Toutefois, la construction automobile et aéronautique (livraisons d’Airbus A-330 à Air Algérie) augmentent et limitent ainsi les effets de ces baisses sur les chiffres du commerce bilatéral. Globalement, le déficit commercial de la France avec l’Algérie se résorbe de -34,9 % entre 2024 et 2025, passant de 1,4 milliard à 924,7 millions d’euros avec un solde commercial redevenu positif sur le T1 2026 (967 M€ d’exportations françaises contre 937 M€ d’importations, affichant ainsi un excédent commercial de 29,5 M€). Selon la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects française (DGDDI), dans une étude portant sur les échanges de biens et services entre la France et l’Algérie en 2023, 2024 et sur les caractéristiques des opérateurs économiques français exportant vers l’Algérie, 5 300 entreprises françaises auraient exporté vers l’Algérie en 2023, générant officiellement plus de 27 000 emplois directs en France, mais .
Concernant les investissements directs étrangers (IDE) qui ne reprennent que les entités présentes en Algérie ayant un lien capitalistique avec une entité présente en France et ne sont pas comptabilisées dans les chiffres toutes les entités créées localement par les personnes physiques ayant la nationalité française. selon le FMI et la Banque de France la France serait le troisième investisseur en Algérie par stock d’IDE en 2024 (3,09 Mds EUR, un des premier investisseur dans les segments hors-hydrocarbures),les IDE français en Algérie étant très diversifiés mais se concentrant primairement sur trois secteurs: les services financiers, l’industrie manufacturière et les industries extractives. L’Algérie est le 6ème récipiendaire des investissements français en Afrique, derrière le Maroc (9 Mds EUR), mais devant l’Égypte ou le Sénégal (3 Mds EUR) et le premier pays européen en termes de nombre de filiales (estimées stricto-sensus à 175, c’est-à-dire avec un capital détenu à plus de 10 % par une entité française). Ces filiales représentent un chiffre d’affaires cumulé d’environ 3,1 Mds EUR et employaient directement 22 688 personnes en 2022 (dernier chiffre disponible).
En ce qui concerne les investissements algériens en France, leur stock était estimé à 359 millions d’euros en 2024 contre 398 millions d’euros en 2023 (-9,8 %). Les investissements algériens en France sont modestes avec un stock d’IDE évalué à 359 M en 2024 contre 398 M EUR en 2023, résultat d’un régime d’investissements extérieurs encore contraint. Néanmoins, 2025 a vu l’arrivée de la Banque Extérieure d’Algérie en France, 1ère banque publique algérienne et qui a reçu début 2025 une licence bancaire de plein exercice permettant d’exercer sur l’ensemble du territoire européen qui a engagé 150 M EUR d’investissements pour soutenir son installation et ses opérations en 2025.. L’arrivé de cette grande banque publique algérienne en France pourrait contribuer à renforcer les échanges économiques entre les deux pays, les milieux d’affaires espérant des relations apaisées sur le plan politique afin de poursuivre leurs activités dans de meilleures conditions
Quelle conclusion tirer ?
Comme je l’ai souvent rappelé dans maintes contributions nationales et internationales( voir nos différentes contributions à Financial Afrik) ,des relations apaisées sont souhaitables entre l’Algérie et la France, loin de tout esprit de domination, sur la base d’un partenariat gagnant-gagnant, l’histoire ayant tissé des liens humains, culturels et économiques d’une densité unique avec une importante diaspora dynamique qui peut être un vecteur puissant de rapprochement au profit des deux nations, Dans ce monde turbulent et instable en perpétuel devenir, le dialogue des civilisations conditionne notre conscience commune, la tolérance, loin de la culture de la haine.. Le devoir de mémoire entre la France et l’Algérie devant être pris en compte, en laissant le soin aux historiens des deux pays d’en dresser le bilan, mais devant surtout préparer l’avenir en prenant en compte la forte présence de la diaspora pouvant servir de pont pour le développement entre les deux pays.
Il s’agit de privilégier le dialogue productif, afin d’éviter toute déstabilisation régionale qui aurait des conséquences dévastatrices sur tout l’espace euro-méditerranéen et africain, dont l’espace sahélien, appelé à connaître un profond bouleversement et dans le cadre de la consolidation de l’intégration des cinq pays grand Maghreb auquel je suis profondément attaché et plus globalement l’Afrique du Nord, le problème du Sahara occidental devant être résolu dans le cadre des Nations- Unis .( sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul et du Dr Camille Sari de la Sorbonne :les enjeux géostratégiques de la construction du grand Maghreb ayant réuni pour la première fois 36 experts algériens marocains, tunisiens, mauritaniens, libyens et des experts européens Edition Harmattan -2 volumes 1050 pages Paris 2015/2016) Espérons des relations apaisées entre l’Algérie et la France, chaque nation étant souveraine dans ses décisions n’existant pas de sentiments dans les relations internationales mais que des intérêts.
A.M






