Cœur protégé, dialyse retardée: L’urgence d’exploiter les thérapies innovantes en Algérie

0
66

Face à la progression inquiétante des maladies chroniques, les spécialistes de la santé tirent la sonnette d’alarme : en Algérie, les traitements innovants existent, mais restent encore insuffisamment utilisés. Un paradoxe lourd de conséquences pour des milliers de patients.

Ce constat a été au cœur d’une journée de formation organisée samedi dernier à Alger par NHS Mediacom, en collaboration avec l’Association des laboratoires d’analyses médicales, la Société algérienne de cardiologie, la Société algérienne de médecine générale, ainsi que des acteurs du secteur pharmaceutique. Les chiffres donnent le vertige.

Selon les données de l’Institut national de santé publique, 34 % des décès en Algérie sont liés aux maladies cardiovasculaires. Infarctus du myocarde, cardiopathies hypertensives et ischémiques touchent une population de plus en plus large, portée par des facteurs de risque bien connus : tabagisme, sédentarité, diabète ou encore hypertension artérielle. À l’échelle mondiale, ces maladies constituent la première cause de mortalité non transmissible.

Le Pr Mohamed Chettibi, chef de service de cardiologie au CHU Issaâd Hassani de Béni Messous, rappelle que près d’un million d’Algériens souffrent d’insuffisance cardiaque. Un chiffre alarmant, d’autant plus que près de 30 % des patients décèdent dans l’année suivant le diagnostic. « Le problème n’est pas l’absence de traitement, mais leur utilisation tardive ou insuffisante », insiste-t-il, soulignant que de nombreux patients arrivent à un stade avancé de la maladie, limitant l’efficacité des thérapies dès les premiers mois. Autre urgence sanitaire : l’insuffisance rénale chronique.

Souvent asymptomatique à ses débuts, elle est qualifiée de « silencieuse et pernicieuse » par le Pr Farid Haddoum, chef du service de néphrologie au CHU Mustapha Pacha. En 2025, 42 500 Algériens sont atteints d’insuffisance rénale, dont environ 38 000 patients sous hémodialyse chronique. Seuls 3 500 ont bénéficié d’une greffe et 1 000 d’une dialyse péritonéale. « L’hémodialyse chronique est l’échec de la médecine, lorsque des traitements existent pour prévenir cette évolution », affirme-t-il. Des médicaments innovants, notamment les inhibiteurs SGLT2, les analogues du GLP-1 ou encore d’autres classes thérapeutiques récentes, permettent aujourd’hui de ralentir, voire de stopper la progression de la maladie rénale.

Pourtant, leur adoption reste limitée, alors même que l’enjeu est aussi économique : un traitement préventif coûte entre 35 000 et 70 000 dinars par an, contre près de 2 millions de dinars pour une année d’hémodialyse. Pour le Pr Zoubir Sari, spécialiste en médecine interne, le syndrome cardio-rénal engendre des hospitalisations répétées et mobilise des ressources lourdes, telles que la dialyse, les biomarqueurs, l’échocardiographie et les soins intensifs, pesant fortement sur le système de santé. Les intervenants s’accordent sur un point essentiel : l’Algérie dispose des compétences médicales et des structures nécessaires, mais doit améliorer l’organisation des soins et favoriser un accès plus précoce aux traitements.

Le suivi des patients, notamment après une première hospitalisation, reste une étape critique pour réduire la mortalité. Dans un contexte où les maladies non transmissibles représentent plus de 65 % des décès chez les personnes âgées de 30 à 69 ans, la prévention apparaît comme une priorité. Dépistage précoce, adoption d’un mode de vie sain et recours rapide aux thérapies innovantes pourraient permettre de sauver des milliers de vies et d’éviter des complications lourdes. Derrière ces chiffres, ce sont des parcours de patients qui peuvent être transformés, à condition d’agir à temps.

Sarah Cheriet

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici