Par le Professeur des universités- Expert international Dr Abderrahmane Mebtoul
La commissaire européen chargé des affaires de la Méditerranée s’est rendu au Maroc en septembre 2025, les 1er et 2 octobre 2025 en Tunisie, les 4 et 5 mai 2026 en Algérie rentrant dans le cadre de la grande réunion ministérielle où a été lancé officiellement le Pacte pour la Méditerranée à Barcelone le 28 novembre 2025, réunissant les ministres de l’Union européenne et des pays partenaires du Sud.
Pour la rencontre à Alger a été examiné à la fois le nouveau contexte marqué par des changements au niveau international, notamment la guerre en Ukraine et au Moyen Orient qui ont modifié les circuits énergétiques et les besoins d’approvisionnement en énergie de Europe, l’Accord d‘Association liant l’Algérie à l’Europe ayant certainement été au centre des discussions.
1.-La stratégie du Pacte pour la Méditerranée, initiée par l’Union européenne où l’Europe est fortement concurrencé par la Chine , les USA et d’autres pays émergents vise à transformer le bassin méditerranéen en un espace commun plus intégré comme relai en direction de ‘l’Afrique , reposant sur plusieurs piliers :
– une approche globale de gestion des frontières, la lutte contre la criminalité organisée, la préparation conjointe face aux catastrophes naturelles et face aux défis migratoires, combiner la prévention de l’immigration illégale, la gestion intégrée des frontières, mais aussi des solutions de retour volontaire
– l’autonomisation des jeunes, l’amélioration de l’éducation, le développement des compétences professionnelles et la mobilité, misant sur la connexion entre les employeurs européens et les travailleurs qualifiés.
– l’intégration commerciale, le développement d’une économie bleue durable et des investissements massifs dans les infrastructures.
-le développement d’initiatives transméditerranéennes visant à exploiter les énergies renouvelables et à stimuler l’innovation et les Startups
-Favoriser le réseau de transport transeuropéen (TEN-T) aux pays partenaires de la rive sud et à créer des liens directs avec de grands corridors commerciaux internationaux.
Dans ce cadre les discussions ont porté sur une nouvelle approche ne concernant pas spécifiquement l’Algérie mais l’ensemble des pays du Maghreb, l’objectif étant de structurer les relations avec les pays de la région, rentrant dans le cadre de l’adaptation à la nouvelle carte géostratégique du monde condition de la stabilité des espaces euro méditerranéens et euro-africains stratégie partagée par les grande puissances dont les deux plus grandes puissances économiques mondiales , les Etats Unis d’Amérique et la Chine . D’où l’importance de comprendre les fondements de l’Accord d’Association signé par la majorité des pays du Maghreb avec l’UE dont l’Algérie principal partenaire économique de l’Algérie, plus de 50% de ses exportations et notamment les divergences où les . agences de presse internationales Reuters et AFP ont annoncé le 14 juin 2024 que Bruxelles risque d’ouvrir une procédure contre l’Algérie, accusée de restreindre depuis 2021 les exportations et investissements de l’Union européenne (UE), menaçant de recourir à l’arbitrage international. Selon Bruxelles, la part de l’UE dans les importations de l’Algérie a régressé au bénéfice de la Chine. Pour Bruxelles , pour toute évaluation, il faut inclure les importations européennes de pétrole et de gaz et donc toute la balance commerciale et dans ce cas le déséquilibre commercial est en défaveur de l’Europe : Selon Bruxelles entre 2023/2024, l’Union européenne a enregistré un déficit commercial d’environ 20,46 milliards d’euros (approximativement 22 milliards de dollars) vis-à-vis de l’Algérie, l’UE a importé 35,37 milliards d’euros, principalement des hydrocarbures, et exporté 14,91 milliards d’euros vers l’Algérie, marquant un déséquilibre en faveur de l’Algérie et ce définit en défaveur de l’Europe s’est accru en 2025
2-Les principes de l’Accord d’association entre l’UE et certains pays du Maghreb dont l’Algérie sur le plan économique sont identiques à ceux que l’on retrouve avec les règles de l’OMC dont les pays membres accaparent plus de 95 % du commerce mondial et parmi lesquels se trouve la majorité des pays de l’OPEP et hors OPEP ainsi que la Chine et la Russie. En ce qui concerne les incidences générales, l’Accord stipule : l’interdiction du recours à la « dualité des prix » pour les ressources naturelles, en particulier le pétrole (prix internes plus bas que ceux à l’exportation) ; l’élimination générale des restrictions quantitatives au commerce (à l’import et à l’export) ; obligation de mettre en place les normes de qualité pour protéger la santé tant des hommes que des animaux (règles sanitaires et phytosanitaires). Les conséquences de tels accords sont : le démantèlement des droits de douanes et taxes pour les produits industriels et manufacturés sur une période de transition ; les relations de partenariat entre les deux parties seront basées sur l’initiative privée. Tous les monopoles d’Etat à caractère commercial sont ajustés progressivement pour une période à négocier. La coopération économique devra tenir compte de la composante essentielle qu’est la préservation de l’environnement et des équilibres écologiques. En ce qui concerne les incidences sur les services énergétiques, l’Algérie se doit d’être attentive à la nouvelle stratégie énergétique qui se dessine entre 2025/2030 tant au niveau européen qu’au niveau mondial. Les accords dont il est question devraient faire passer les industries algériennes du statut d’industries protégées à des industries totalement ouvertes à la concurrence internationale. Ces accords prévoient la suppression progressive des obstacles tarifaires et non tarifaires, avec d’énormes défis aux entreprises algériennes. Si ces accords ne peuvent avoir que peu d’impacts sur le marché des hydrocarbures en amont, déjà inséré dans une logique mondiale, il en va autrement de tous les produits pétroliers à l’aval qui vont être soumis à la concurrence européenne et internationale. Ainsi, est interdite la dualité des prix, mesure par laquelle un gouvernement maintient des prix internes à des niveaux plus bas que ceux qui auraient été déterminés par les forces du marché. Autre incidence, l’ouverture à la concurrence du marché des services énergétiques qui concernent toutes les activités et l’urgence d’intégrer la sphère informelle faussant la concurrence et pour l’environnement, tout pays signataire de l’Accord doit s’engager à mettre en œuvre les différentes recommandations contenues dans les chartes sur l’énergie.
3-. Concernant précisément , l’Accord d’Association, pour l’Europe, il n’est pas question de modifier l’accord cadre de l’Accord mais une révision partielle de certains articles et souhaiterait de la part du gouvernement algérien : la création d’un cadre juridique stable et transparent, propice à l’investissement, ainsi que la réduction des subventions, la modernisation du secteur financier, la levée des entraves au secteur privé, le développement du potentiel des partenariats public-privé qui font partie des réformes structurelles nécessaires qui doivent encore être menées. L’Europe se félicite de l’assouplissement introduit récemment par les autorités algériennes de la règle 51/49, pour cent au moins pour les secteurs non-stratégiques, encore qu’il faille définir avec exactitude ce qui est stratégique et ce qui ne l’est pas. Sur le plan géostratégique, pour l’Europe- idem pour les USA, l’Algérie est un acteur déterminant de l’approvisionnement en énergie, saluant les efforts de l’Algérie en matière de sécurité et de défense où les tensions au niveau de la région influent par ricochet, sur l’Europe avec les menaces terroristes. Pour l’Algérie, l’Accord d’association englobe une multitude de domaines de coopération, politique, économique, culturel, la libre circulation des personnes et autres, permet à travers certains articles de bénéficier de «mesures exceptionnelles» de durée limitée dérogeant aux dispositions de levée des barrières douanières. pouvant s’appliquer aux industries naissantes ou à certains secteurs en restructuration. Aux préoccupations soulevées par l’UE concernant ses parts de marché en Algérie suite aux mesures de rationalisation des importations prises par le gouvernement algérien dans un contexte bien particulier, cela n’est pas propre à l’Algérie comme en témoignent les mesures restrictives de bon nombre de pays. Aussi, pour l’Algérie, l’objectif de cet accord est de « densifier » cette coopération, dont la démarche d’évaluation réclamée ne vise nullement à remettre en cause le cadre global de l’Accord, mais, bien au contraire, à l’utiliser pleinement dans le sens d’une interprétation positive de ses dispositions permettant un rééquilibrage des liens de coopération et que seules des négociations constructives permettraient de relancer la coopération entre l’Algérie et l’UE dans le but d’utiliser tout son énorme potentiel dans ses trois composantes: politique, économique et humaine. L’Algérie reste convaincue que les discussions productives permettront d’arriver à des solutions acceptables qui prennent en ligne de compte les intérêts légitimes de chaque partie.
En conclusion, il s’agit comme je l’ai souligné il y a quelques années lors d’une conférence, à l’invitation du parlement européen à Bruxelles, de dépassionner les relations car la stabilité des deux rives de la Méditerranée et de l’Afrique, nous impose d’entreprendre ensemble, étant souhaitable pour le développement e t a sécurité de la région et notamment du Sahel que cette coopération s’élargisse au grand Maghreb et plus globalement l’Afrique du Nord. .( sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul et du Dr Camille Sari de la Sorbonne :les enjeux géostratégiques de la construction du grand Maghreb ayant réuni pour la première fois 36 experts algériens marocains, tunisiens, mauritaniens, libyens et des experts européens – économistes, sociologues, juristes, historiens -ingénieurs et experts militaires – Edition Harmattan -2 volumes 1050 pages Paris 2015/2016).
A.M






