par le professeur des universités-Expert international-Docteur d’Etat 1974 – Abderrahmane MEBTOUL
Il est prévu la visite d’une importante délégation algérienne à Paris les 01 juin 2026 conduite par le ministre de l’intérieur algérien faisant suite aux visites récentes des ministres de l’intérieur et de la justice français Dans les relations internationales n’existent pas de sentiments.
Selon l’AFP cette visite traduit la volonté du président Emmanuel Macron de « restaurer avec l’Algérie un dialogue efficace, respectueux de l’intérêt national de chacun » et comme l’a souligné lors d’une rencontre officielle avec la ministre française déléguée aux Anciens combattants, le général d’armée Saïd Chanegriha ministre délégué auprès du ministre de la défense et chef d’État -major de l’ANP, je cite le communiqué du Ministère de la défense « la nécessité de travailler conjointement pour surmonter les séquelles du douloureux passé colonial, sans pour autant l’oublier, appelant à bâtir un avenir fondé sur le respect mutuel et les intérêts communs » .
1.- Situation des relations économiques entre l’Algérie et la France 2024/2025
Selon des responsables français, le marché algérien est important pour les entreprises françaises étant le deuxième marché pour les exportations françaises vers l’Afrique en 2025 avec 4,2 milliards d’euros d’exportations ; -11,8 %), derrière le Maroc (7,7 milliards d’euros ; +3,6 %), devant la Tunisie (3,4 milliards d’euros ; +4,4%). L’Algérie absorbe 0,7 % des exportations françaises totales en 2025 (4,2 sur 614,7 milliards d’euros) sur 14,53 % des exportations françaises vers le continent africain. Dans l’autre sens, la France absorbe 12,1 % des exportations algériennes totales en 2025 (5,2 sur 43 milliards d’euros), principalement des hydrocarbures (74,4 % du total, soit 3,8 milliards d’euros en 2025. La France est le deuxième fournisseur de l’Algérie au niveau mondial en 2025, derrière la Chine (12,9 milliards d’euros d’exportations, dont les exportations ont été multipliées par 8 entre 2006 et 2025, devant l’Italie (3,2 milliards d’euros ; +13,8 %), la Turquie (2,3 Mds EUR ; -14,6 %), le Brésil (2,2 Mds EUR ; – 9,2 %) et l’Espagne (2,13 milliards d’euros; +159 % par rapport à 2024 suite à la réouverture des flux DE-ESP en novembre 2024). La France est le premier fournisseur de l’Algérie au niveau européen en 2025, mais les ventes françaises vers l’Algérie font toutefois face à une concurrence accrue de l’Italie (3,2 milliards d’euros ; +13,8 %) et de l’Espagne (2,13 milliards d’euros; +159 %) en 2025. Ces deux pays voient leurs ventes vers l’Algérie augmenter alors que les ventes françaises régressent (4,2 milliards d’euros d’exportations ; -11,8 %). Ainsi , les échanges commerciaux entre l’Algérie et la France (exportations + importations) reculent, s’expliquant du fait d’ une contraction des importations françaises provenant d’Algérie entre 2023 et 2024 puis entre 2024 et 2025 surtout liée à la baisse des cours des hydrocarbures sur la période. En parallèle, les exportations françaises vers l’Algérie qui avaient augmenté entre 2023 et 2024 (4,8 milliards d’euros ; +6,6 %) ont reculé entre 2024 et 2025 (4,2 milliards d’euros ; -11,8 %), cette baisse s’expliquant par un forte réduction des ventes de la France en produits de la culture et de l’élevage à partir du mois d’août 2024, et par une baisse des ventes de produits des industries agroalimentaires. Toutefois, la construction automobile et aéronautique (livraisons d’Airbus A330 à Air Algérie) augmentent et limitent ainsi les effets de ces baisses sur les chiffres du commerce bilatéral Globalement, le déficit commercial de la France avec l’Algérie se résorbe de -34,9 % entre 2024 et 2025, passant de 1,4 milliard à 924,7 millions d’euros avec un solde commercial redevenu positif sur le T1 2026 (967 M€ d’exportations françaises contre 937 M€ d’importations, affichant ainsi un excédent commercial de 29,5 M€). Selon la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects française (DGDDI), dans une étude portant porte sur les échanges de biens et services entre la France et l’Algérie en 2023, 2024 et sur les caractéristiques des opérateurs économiques français exportant vers l’Algérie, 5 300 entreprises françaises auraient exporté vers l’Algérie en 2023, considérant que les exportations vers l’Algérie génèrent officiellement plus de 27 000 emplois directs en France, mais selon le quotidien les Echos. fr , les exportations françaises vers l’Algérie ont reculé de 12 % en 2025 par rapport à 2024 et environ 10 % des 6.000 PME françaises exportant vers l’Algérie n’ont pas survécu à la crise diplomatique entre l’Algérie et la France.
Concernant les investissements directs étrangers (IDE), selon le FMI et la Banque de France la France serait le troisième investisseur en Algérie par stock d’IDE en 2024 (3,09 Mds EUR, un des premier investisseur dans les segments hors-hydrocarbures),les IDE français en Algérie étant très diversifiés mais se concentrant primairement sur trois secteurs: les services financiers, l’industrie manufacturière et les industries extractives. Pour mémoire, les IDE ne reprennent que les entités présentes en Algérie ayant un lien capitalistique avec une entité présente en France. Aussi ne sont pas comptabilisées dans les précédents chiffres toutes les entités créées localement par les personnes physiques ayant la nationalité française. Ceci représente également en pratique un fort volume d’entreprises locales ayant un lien dense avec la France. Ces entreprises locales sont également des employeurs locaux conséquents (même si nous n’avons pas de données statistiques sur cette population d’entreprises et d’entrepreneurs). L’Algérie est le 6ème récipiendaire des investissements français en Afrique, derrière le Maroc (9 Mds EUR), mais devant l’Égypte ou le Sénégal (3 Mds EUR) et le premier pays européen en termes de nombre de filiales (estimées stricto-sensus à 175, c’est-à-dire avec un capital détenu à plus de 10 % par une entité française). Ces filiales représentent un chiffre d’affaires cumulé d’environ 3,1 Mds EUR et employaient directement 22 688 personnes en 2022 (dernier chiffre disponible). En ce qui concerne les investissements algériens en France, leur stock était estimé à 359 millions d’euros en 2024 contre 398 millions d’euros en 2023 (-9,8 %). Les investissements algériens en France sont modestes avec un stock d’IDE évalué à 359 M en 2024 contre 398 M EUR en 2023, résultat d’un régime d’investissements extérieurs encore contraint. Néanmoins, 2025 a vu l’arrivée de la Banque Extérieure d’Algérie en France, 1ère banque publique algérienne et qui a reçu début 2025 une licence bancaire de plein exercice permettant d’exercer sur l’ensemble du territoire européen qui a engagé 150 M EUR d’investissements pour soutenir son installation et ses opérations en 2025.. L’arrivé de cette grande banque publique algérienne en France pourrait contribuer à renforcer les échanges économiques entre les deux pays, les milieux d’affaires espérant des relations apaisées sur le plan politique afin de poursuivre leurs activités dans de meilleures conditions(pour l’ensemble de ces données économiques, je tiens à remercier l’ambassade de France de son, étroite collaboration)
2.-L’accord bilatéral de 1968, les dossiers des, OQTF , le dossier de la récupération des biens mal acquis , les flux migratoires et l’importance de la diaspora algérienne dans le monde
L’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui n’ jamais été intégralement appliqué instaure un régime dérogatoire au droit commun pour les ressortissants algériens concernant la circulation, le séjour et le travail en France permettant : -l’ exemption les Algériens du système classique des titres de séjour français au profit d’un document spécifique : le certificat de résidence algérien, – garantit un accès accéléré au certificat de résidence de 10 ans, généralement accordé après seulement 3 ans de présence régulière (contre 5 ans pour les autres étrangers) et le regroupement est facilité, avec l’octroi direct d’un titre de séjour de 10 ans pour le conjoint rejoignant le titulaire. Interrogé, de retour d’Algérie, le ministre français de la Justice sur l’accord bilatéral de 1968 sur l’immigration, que la droite et l’extrême droite veulent supprimer a affirmé qu’il faut Il « dépasser » cet accord et ce qu’il faut, c’est un « traité d’amitié qui respecte les deux pays rappelant que projet de traité d’amitié Algérie-France a été initié au début des années 2000 et que France propose de le renégocier dans le cadre du respect et des intérêts des deux côtés. Pour les OQTF toutes nationalités confondues, sur environ 900.000 OQTF prononcées (cette procédure rassemblant l’essentiel des décisions prises par les préfets en matière d’éloignement), le taux moyen d’exécution en France est resté sous la barre des 10 %, un ratio et près de 40 % des étrangers retenus en CRA en France sont algériens concernant les personnes dont l’expulsion n’a pu aboutir dans les délais légaux étant parfois assignées à résidence. Le ministre de l’intérieur français a annoncé le 07 mai 2026, la reprise du retour de 150 algériens en situation irrégulière avec l’accord d’Alger, restant 700 cas dans les centres de rétention administrative. En effet, selon les bilans officiels, la France a procédé à l’expulsion d’un peu plus de 150 ressortissants algériens en situation irrégulière sur un total estimé à plus de 20 000 Algériens concernés par une mesure d’OQTF. Concernant la récupération des biens mal acquis, le ministre français de la justice est revenu sur la rencontre entre le procureur national français et les magistrats algériens au sujet d’une centaine de demandes soumises par les autorités judiciaires algériennes à la partie française et le procureur français a invité ses homologues algériens à venir en France, au début du mois de juin 2026 , pour approfondir les discussions autour de ces dossiers afin de permettre à la justice française, dans le cadre du droit français , de « traiter ces saisies et confiscations concernant d’anciens responsables algériens.
Pour l’importance de la diaspora algérienne dans le monde, devant prendre des données, avec une grande réserve, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques français, la France compte environ 6 millions d’étrangers résidant sur son territoire, ce qui représente 8,8 % de la population totale. Parmi ces personnes ne possédant pas la nationalité française, il faut ajouter la population des binationaux (personnes possédant la nationalité française ), estimée à plus de 3 millions de personnes soit au total 9 millions soit plus de 13% de la population française contribuant à la valeur ajoutée de la France. Le nombre de personnes originaires d’Algérie résidant en France dépendant des critères démographiques retenus , les immigrés de première génération sont estimées à environ 900 000 immigrés nés en Algérie et résidant en France et la diaspora élargie, en incluant les enfants et petits-enfants, la communauté d’origine algérienne est estimée entre 2,5 et 3 millions de personnes. Avec des estimations parfois contradictoires,et devant donc prendre avec précaution les données qui suivent, à travers le monde la diaspora algérienne est estimée entre 4/5 millions (y compris les binationaux de 2e ou 3e génération) où la France est de loin le premier pays. Pour les autres pays avec des données disparates s’expliquant par la difficulté d’obtenir un chiffre officiel unique qui intègre pleinement les binationaux de deuxième ou troisième génération, avec les binationaux , nous avons pour le Canada environ 120 000 personnes , en Espagne environ 100. 000 , en Italie environ 50 000 , en Belgique à 70.000 , aux États-Unis (y compris les binationaux) environ 50.000 , en Allemagne 46 000 , en Grande-Bretagne (Royaume-Uni) à environ 30 000 ( y compris les binationaux et pour la Chine et la Russie nous avons respectivement , y compris les binationaux, en Russie, n’ayant pas de chiffre officiel unique et précis est estimée entre 2 000 et 4 000 ressortissants et pour la Chine à moins de 1 000 personnes et pour l’ensemble de ces pays des algériens d’une haute qualification.
Concernant le dossier sécuritaire , il faut le replacer dans le cadre du Sahel des tensions qui a des répercussions sécuritaires tant sur l’Europe que sur l’Afrique avec notamment des dernières évolutions des événements au Mali , l’Algérie partageant 1400 Km avec le Mali. Reda El Yamouni, chercheur à l’Institut néerlandais de relations internationales Clingendael, résume la position algérienne : « même si, côté sécuritaire, les Algériens ne sont ni trop visibles ni trop impliqués, ils doivent être au courant de tout ce qu’il s’y passe, pour leur propre sécurité » . La coopération sécuritaire de Paris avec Alger s’élargit en Libye et les contours de la méditerranée où le 06 mars 2026, la France comme l’Algérie, au côté de la Turquie, Soudan, Malte, Niger, Grèce , Espagne, Italie, Tunisie, ont participé à la réunion des responsables du renseignement militaire pour le Sahel et la méditerranée et Alger a proposé un partenariat avec les pays présents pour une coordination sécuritaire dans le domaine du terrorisme et le crime organisé transfrontalier. A ce sujet , le ministre français de la justice a indiqué avoir abordé lors de ses entretiens avec les autorités algériennes la lutte contre la criminalité organisée notamment la lutte contre les mafias qui font venir de la drogue en France qu’il s’agisse de la cocaïne du cannabis ou des psychotropes», affirmant partager avec la partie algérienne «un travail de renseignement judiciaire que font les deux ministres de l’Intérieur, mais aussi de coopération judiciaire».
Concernant le dossier de mémoire, qui d’ailleurs concerne la majorité des pays d’Afrique, la Loi n° 26-10 du 12 mai 2026 relative à la criminalisation de la colonisation française de l’Algérie est officiellement entrée en vigueur après sa publication le 21 mai 2026 au Journal officiel n° 37. Cette loi stipule : la reconnaissance par la France du fait colonial – bon nombre d’autres pays l’ont fait, le président algérien Abdelmadjid Tebboune ayant affirmé qu’il préférait la reconnaissance morale et historique des crimes coloniaux par la France plutôt que des indemnisations financières, articles qui ont été supprimés traduisant un souci d’apaisement ; les essais nucléaires français en Algérie se sont déroulés entre 1960 et 1966. Durant cette période, la France a procédé à 17 explosions nucléaires dans le Sahara algérien, réparties en deux phases principales, les essais atmosphériques (1960-1961) , 4 tirs réalisés dans la région de Reggane, dont le tout premier le 13 février 1960, baptisé « Gerboise bleue et les essais souterrains (1961-1966) avec 13 tirs effectués dans le massif de Tan Afella, à In Ekker ; l’Algérie réclame la décontamination des sites des explosions nucléaires des radiations, ainsi que de tout site affecté par des polluants, quelle qu’en soit la nature, la remise des cartes des sites des explosions nucléaires, des essais chimiques et des mines terrestres implantées, l’indemnisation des victimes des préjudices causés par les explosions nucléaires et les mines terrestres ainsi que leurs ayants droit et la . la restitution des biens du Trésor « dérobés » et de toutes les « valeurs matérielles et morales spoliées et/ou transférées hors du territoire algérien, y compris les archives nationales,-la récupération des « dépouilles des symboles de la résistance, du mouvement national et de la Révolution de libération, en vue de leur inhumation sur le territoire algérien.
En conclusion, espérons des relations apaisées entre l’Algérie et la France, ces tensions étant préjudiciables pour les deux pays, ainsi qu’une coopération fructueuse socio-économique dans le cadre de l’Union européenne comme facteur de prospérité commune , et de la stabilité de la région méditerranéenne et euro-africaine .
A.M






