Les enjeux énergétiques et géostratégiques du gazoduc  Nigeria-Europe

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Par le Pr des universités, Expert international, Directeur d’études Abderrahmane MEBTOUL

Le gazoduc reliant le Nigéria à l’Europe  est d’une capacité entre 30 et 33 milliards de mètres cubes gazeux, le Nigeria  étant le   premier réservoir de gaz en Afrique 5.9OO milliards de mètres cubes gazeux suivi du Mozambique 5.OOO milliards de mètres cubes gazeux.

Comme le démontre une importante étude de l’IRIS , il  est l’objet d’enjeux géostratégiques importants pour la région, notamment de la rivalité entre  l’Algérie  et le Maroc  pour la réalisation de ce projet car l’énergie, autant que l’eau, est au cœur de la souveraineté des États et de leurs politiques de sécurité, les nouvelles dynamiques économiques modifiant les rapports de force et affectant également les recompositions politiques à l’intérieur des États comme à l’échelle des espaces régionaux.

1.-Concernant l’Algérie, la  5ᵉ Réunion ministérielle du Comité de pilotage du projet de Gazoduc transsaharien (TSGP) d’une capacité de 30 milliards de mètres cubes gaz en vitesse de croisière,  traverse trois pays le Nigeria, le Niger et l’Algérie . Une réunion  a eu lieu  à Alger le 03 juin 2026 ayant  rassemblé le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, le ministre d’État nigérian des Ressources pétrolières chargé du Gaz, , ainsi que le ministre nigérien du Pétrole, le PDG de Sonatrach,  les responsables de la compagnie nigériane NNPC et de la société nigérienne Sonidep,  ayant  pris part aux travaux, aux côtés d’experts des trois pays. Il a   été  adopté le rapport final de l’étude de faisabilité réalisée par le bureau d’études PENSPEN, cette adoption du rapport final selon un communiqué du ministère  algérien des hydrocarbures devant permettre de passer aux prochaines phases de mise en œuvre, à travers le lancement des études d’ingénierie détaillées, ainsi que l’achèvement des différentes dispositions techniques, financières et institutionnelles nécessaires, l’Algérie ayant  annoncé le lancement des travaux de réalisation du tronçon algérien. Concernant le gazoduc passant par l’Algérie, le projet TSGP- sa longueur est de 4 128 km, dont 1 037 km en territoire nigérian, 841 km au Niger ( aucune réalisation à ce jour, le Niger n’ayant pas de financement comptant sur l’Algérie) et 2 310 km en Algérie. Il reste à réaliser 100 km au Nigeria, la totalité du tracé au Niger ainsi que 700 km en Algérie, soit un total de 1 641 km.  En 2020, une étude de l’Institut français des relations internationales (IFRI) à évalué ce projet entre  18-20 milliards de dollars, tandis que d’autres sources avancent un montant moindre, entre 14 et 15 milliards de dollars pour une durée n’excédant pas 5 ans .

2.Concernant le  Gazoduc Nigeria-Maroc (ou Gazoduc Afrique Atlantique) le  mémorandum d’entente (MoU)  a été signé le 15 septembre 2022 à Rabat.  paraphé entre l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC)  qui vise  à transporter le gaz nigérian ,  une moitié  dédiée aux pays d’Afrique de l’Ouest et au Maroc, et l’autre moitié acheminée vers l’Europe Il  longera  la côte ouest-africaine prévu initialement à   5660 km  mais selon les dernières études  devant s’étendra sur près de 6 900 kilomètres le long de la côte ouest-africaine, en combinant des segments terrestres (onshore) et maritimes (offshore) pour relier le Nigeria au Maroc.  Il  traversera 13 pays de la façade atlantique africaine, à savoir la Gambie, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Mauritanie et le Sahara occidental. Son délai de réalisation est estimé à 8/10 ans, pour un coût d’environ  25 milliards de dollars.  Selon la directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) le chantier en accord avec le gouvernement du Nigeria   est encadré par des accords multilatéraux signés avec la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) où  la signature le dernier trimestre  2026  de l’Accord Intergouvernemental (IGA) devrait  structurer le consortium et lancer les travaux de ce corridor gazier  avec l’appui de consortiums financiers internationaux  dans le cadre d’ une joint-venture entre l’Office national des hydrocarbures et des mines  (ONHYM) et la Nigerian National Petroleum Company   ( NNPC) 

3.-Cependant , la rentabilité   du projet Nigeria-Europe repose sur cinq conditions que ce soit pour l’Algérie ou le Maroc :

Premièrement :  la concurrence internationale  influe sur la rentabilité de ce projet notamment à travers le le développement des  GNL(marché spot)  qui concurrence les canalisations, marquées par des contrats à moyen et long terme, les récents accord Europe USA pour l’approvisionnement en gaz de schiste pour 250 milliards de dollars par  an ,  en cas de résolution du conflit avec l’Ukraine du retour du gaz russe, premier réservoir mondial plus de 35.000 milliards de mètres cubes gazeux,  avec des coûts bas où la capacité du South Stream de 63 milliards de mètres cubes gazeux, du North Stream1 de 55 et du North Stream2 de 55 milliards de mètres cubes gazeux, le retour de l’Iran en cas d’accord du récent conflit 2me réservoir mondial 32.000 milliards de mètres cubes gazeux devant le Qatar 20.000 milliards de mètres cubes gazeux,    sans compter  le plus grand concurrent de l’Algérie et du Maroc ,  la Libye premier réservoir de pétrole de l’Afrique 44 milliards de barils et plus de 1500 milliards de mètres cubes gazeux exploité à peine à 10%  , proche de l’Europe et pour une population ne dépassant pas 7 millions d’habitants, expliquant sa déstabilisation du fait de  convoitises étrangères,  le Mozambique , plus de 5000 milliards de mètres cubes gazeux de réserve, misant sur les exportations massives de  GNL, et la mise en exploitation récente de l’important gisement Mauritanie /Sénégal à l’Île de la Tortue. Et l’on devra prendre en compte   l’émergence de nouveaux  pays africains, les réserves prouvées de gaz naturel en Afrique  selon des estimations variant entre   15.000/20.000  milliards de mètres cubes, représentant  entre 8/10%  des réserves mondiales estimées à 188.000 milliards de   mètres cubes gazeux   positionnant le continent parmi les acteurs clés de la carte énergétique mondiale.

Deuxièmement : lié au facteur précédent,  aussi, outre les impacts de l’efficacité énergétique,  analyser l’évolution du marché international des différentes sources ‘énergie l’énergie substituables au gaz et   une étude sérieuse de  faisabilité pour  la détermination du seuil de rentabilité avant de trancher sur l’opportunité de s’engager dans ce projet.

Troisièmement :  la sécurité constitue un enjeu majeur, le projet traversant plusieurs zones instables, particulièrement pour le tracé passant soit par l’Algérie ou  le Maroc. Ces zones peuvent compromettre la fiabilité du projet en raison de la présence de groupes armés susceptibles de perturber la fourniture et l’approvisionnement en gaz. Il sera donc nécessaire d’impliquer les États traversés dans des négociations pour l’octroi du droit de passage (paiement de royalties) et d’évaluer les risques économiques, politiques, juridiques et sécuritaires.

Quatrièmement :  la mobilisation du savoir-faire et du financement pose problème, notamment en raison de la situation économique de bon nombre de pays , lourdement endettés. Il serait donc nécessaire d’impliquer d’éventuels groupes internationaux dans le financement du projet.

Cinquièmement : il sera indispensable d’associer un partenaire européen, principal client du gazoduc. Sans son accord, il sera difficile de rentabiliser ce projet et devant tenir compte de la politique énergétique européenne qui mise sur la transition énergétique pour couvrir ses besoins à 50% entre 2030/2035. Car actuellement, nous , nous assistons à une ambiguïté du Nigeria vis-à-vis de ce projet, qui doit  éclaircir définitivement sa position et choisir soit l’Algérie, soit le Maroc, ayant signé plusieurs mémorandums ,en rappelant qu’un mémorandum n’est pas un contrat définitif, tant avec le Maroc qu’avec l’Algérie mais en n’oubliant jamais que le principal client c’est l’Europe qui n’a pris, pour l’instant aucun engagement à travers la commission européenne, la  seule habilitée.

En conclusion le projet du gazoduc pour des questions de rentabilité est plus avantageux pour l’Algérie mais  l’avenir du gazoduc Nigeria -Europe via l’Algérie ou via le Maroc  ou les deux à la fois  relève certes de facteurs  économiques, du cout, du prix futur du gaz, des concurrents les canalisations étant un marché segmenté , du  mix énergétique dont le poids du GNL beaucoup plus flexible  et de  la transition énergétique ,  mais également d’importants enjeux géostratégiques .

A.M.

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