Le gaz, l’hydrogène vert, les mines et d’autres secteurs: Alger et Berlin passent à l’heure du concret

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L’ambition de l’Algérie de fournir jusqu’à 10 % des besoins de l’Union européenne en hydrogène vert d’ici 2040 constitue le pilier de la visite officielle qu’effectue le chef de la diplomatie allemande, Johann Wadephul, entamée hier à Alger. Accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires et de représentants de l’industrie, le ministre allemand entame une série d’entretiens de haut niveau avec le président de la République Abdelmadjid Tebboune, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, ainsi que le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines Mohamed Arkab, précise un communiqué du ministère allemand des Affaires étrangères.

La même source souligne également qu’une table ronde réunissant les opérateurs économiques des deux pays est également au programme pour examiner les projets industriels matures et leurs modalités de financement. Cette démarche s’inscrit dans la continuité de la rencontre bilatérale du 16 juillet 2026 à Berlin entre le président Abdelmadjid Tebboune et le chancelier Friedrich Merz, qui avait jeté les bases d’un agenda stratégique commun. Berlin considère l’Algérie comme un partenaire clé pour sa sécurité énergétique et sa transition écologique, au regard de son potentiel dans la production d’hydrogène propre, de ses ressources solaires, de son réseau gazier national et de sa proximité géographique avec l’Europe. L’intégration de l’Algérie dans le projet du Corridor Sud de l’hydrogène (« SoutH2Corridor »), visant à relier l’Afrique du Nord à l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, concrétise cette vision partagée.

La feuille de route englobe le développement des infrastructures, les technologies industrielles, la robotique et le secteur minier. L’Algérie cherche à valoriser ses gisements de fer, de phosphate, de zinc et de métaux critiques en s’appuyant sur l’ingénierie et les équipements de pointe allemands. La visite vise également à stimuler l’investissement direct et le transfert technologique pour rééquilibrer des échanges commerciaux qui ont atteint près de 3,5 milliards d’euros en 2025, caractérisés par un excédent commercial en faveur de l’Allemagne. Les retombées réelles de ce rapprochement se mesureront à la concrétisation des accords en projets industriels effectifs et en contrats d’approvisionnement à long terme.

Une visite en exécution de l’agenda Tebboune-Merz

La visite de Johann Wadephul intervient environ six semaines après celle du président Abdelmadjid Tebboune à Berlin et sa rencontre avec le chancelier allemand Friedrich Merz, le 16 juillet 2026, au cours de laquelle les deux pays ont adopté une déclaration commune établissant un agenda stratégique pour le partenariat bilatéral. Cette déclaration a identifié l’énergie, la transition énergétique, les infrastructures, les transports, la technologie, la santé, l’industrie pharmaceutique, les minerais critiques, l’agriculture et l’industrie comme des domaines d’élargissement de la coopération. Elle a également souligné l’importance du maintien des approvisionnements en gaz algérien dans le cadre de la politique de diversification des sources de l’Allemagne, parallèlement au développement du Corridor Sud de l’hydrogène. Les deux parties sont en outre convenues d’étudier la réactivation de la commission économique mixte et la création d’un conseil d’affaires bilatéral, en coordination avec la Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie (AHK Algérie), le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI). Cela traduit une volonté d’élever le dialogue gouvernemental au rang de canal permanent pour le traitement des dossiers d’entreprises et d’investissement.

La déclaration s’est également félicitée des accords signés par des entreprises algériennes et allemandes lors de la visite de juillet, appelant à élargir la coopération dans les technologies dites « Power-to-X », la réduction des émissions de méthane et la protection du climat. Toutefois, le document publié n’a pas avancé de montant global pour les investissements ni présenté d’échéancier unifié pour leur mise en œuvre. La visite de la délégation économique offre l’opportunité de passer du cadre politique à la discussion de projets concrets au niveau des entreprises. Les dossiers potentiels incluent la production d’électricité renouvelable, les électrolyseurs, les équipements de compression et de stockage, la conversion des réseaux gaziers, l’ingénierie industrielle, ainsi que les équipements miniers et les technologies de traitement des minerais. Dans le secteur minier, l’Algérie ambitionne d’intensifier l’exploitation du minerai de fer, des phosphates, du zinc, du plomb, de l’or et des minerais critiques, parallèlement à la réalisation des lignes ferroviaires et des infrastructures de transformation associées. De leur côté, les entreprises allemandes disposent d’une expertise reconnue dans les équipements miniers, l’automatisation, l’ingénierie mécanique et électrique ainsi que les solutions d’efficacité énergétique, faisant de ce secteur un terrain direct de partenariat industriel et technologique.

Un commerce de 3,5 milliards d’euros et une opportunité d’élargir l’investissement industriel

Les exportations allemandes vers l’Algérie ont atteint environ 2,1 milliards d’euros en 2025, marquant une hausse annuelle de 1,5 %. Dans le même temps, les importations allemandes en provenance d’Algérie ont progressé de 11,3 % pour s’établir à près de 1,4 milliard d’euros. Le volume des échanges de marchandises entre les deux pays a ainsi dépassé les 3,5 milliards d’euros, dégageant un excédent de près de 800 millions d’euros en faveur de l’Allemagne, selon les données de l’agence Germany Trade & Invest (GTAI) basées sur l’Office fédéral de la statistique. La Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie réunit plus de 450 membres, constituant une base institutionnelle solide pour identifier les projets et les partenaires. Néanmoins, l’accroissement de l’investissement direct nécessite d’évoluer de la simple commercialisation d’équipements vers la fabrication locale, le transfert de technologie, la formation des compétences et l’intégration des entreprises algériennes dans les chaînes d’approvisionnement. Le calendrier de cette visite offre à l’Algérie un levier de négociation supplémentaire, au moment où l’Allemagne et l’Union européenne cherchent à diversifier leurs sources de gaz et à sécuriser l’approvisionnement en hydrogène et en minerais nécessaires à leur industrie et à leur transition énergétique. En retour, l’Algérie a besoin de capitaux, de technologies et d’accès aux marchés à long terme pour accélérer l’exploitation et la transformation locale de ses ressources.

Berlin cherche une coopération étroite avec Alger et Tunis  

Face aux bouleversements et à l’instabilité mondiaux, il est crucial pour l’Allemagne et l’Europe de coopérer encore plus étroitement avec leurs voisins d’Afrique du Nord. « Nous partageons avec l’Algérie et la Tunisie l’objectif d’une stabilisation durable de la région du Sahel. Un apaisement de la situation au Moyen-Orient, notamment autour des voies maritimes de la péninsule Arabique, est également primordial pour notre approvisionnement et notre sécurité », a indiqué, hier le chef de la diplomatie allemande, Johann Wadephul avant son départ pour la Tunisie et l’Algérie. Et de poursuivre « ensemble, nous saisirons donc les opportunités d’une coopération plus étroite, depuis notre entrée en fonction, nous avons intensifié les échanges entre nos pays, j’ai récemment eu le plaisir d’accueillir à Berlin mon homologue tunisien, Mohamed Nafti, et mon homologue algérien, Ahmed Attaf. Je m’appuierai sur ces échanges étroits lors de ma visite car, poursuit-il  « nous partageons avec la Tunisie et l’Algérie des préoccupations majeures en matière de politique économique et de sécurité. En particulier dans le domaine de la coopération économique, notamment énergétique, nous avons beaucoup à nous apporter mutuellement pour créer ensemble davantage de croissance et de prospérité. Ensemble, nous pouvons faire de la Méditerranée un espace de force entre nos continents », précise le ministre allemand des Affaires étrangères. L’Algérie est un partenaire stratégique pour l’Allemagne en matière de politique énergétique et de sécurité. Elle figure déjà parmi les principaux fournisseurs de gaz de l’Union européenne et son importance va encore croître en tant que futur fournisseur d’hydrogène vert à fort potentiel. C’est pourquoi, en juillet, nous avons convenu d’approfondir significativement notre partenariat pour l’approvisionnement énergétique et la transformation du secteur de l’énergie, et d’explorer de nouvelles pistes de coopération économique. « Cette année, nous célébrons le 70e anniversaire de nos relations diplomatiques avec la Tunisie. Nos pays se sont considérablement rapprochés au fil des décennies : l’Allemagne est le troisième marché d’exportation de la Tunisie, et des relations d’approvisionnement solides avec la Tunisie sont aujourd’hui essentielles pour notre industrie, notamment l’industrie automobile. Les échanges scientifiques et professionnels entre nos pays sont également florissants : environ 7 500 jeunes Tunisiens étudient dans des universités allemandes, tandis que des professionnels tunisiens apportent une contribution précieuse à notre système de santé. À cette fin, j’ai également invité des représentants de l’industrie allemande à m’accompagner lors de ce voyage en Tunisie et en Algérie pour des discussions économiques.

Meryam M.

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