La présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni franchit vendredi le cap des 1 413 jours à la tête du gouvernement, devançant Silvio Berlusconi. Un record de longévité considéré par son camp comme un atout de campagne pour les législatives de 2027, alors que certains experts pointent le manque de résultats concrets sur la croissance et le pouvoir d’achat.
Première femme à la tête du gouvernement italien, Giorgia Meloni a fêté vendredi 4 septembre un record de longévité à ce poste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, renforçant sa « crédibilité » pour lancer sa campagne électorale pour les législatives de 2027. « La stabilité est la première grande réforme offerte à la nation. Quand l’Italie s’assoit à une table, notre nation est prise au sérieux, elle peut dire non ou indiquer la route », a déclaré la dirigeante d’extrême droite dans la soirée devant ses partisans réunis dans le port de Bari, dans les Pouilles, dans le sud du pays. « Grâce à la stabilité, nous avons protégé notre nation. » « Les batailles que l’Italie perdait avant, elle les gagne aujourd’hui, ce sont des conquêtes que nous voulons laisser aux Italiens, quel que soit le vainqueur » des prochaines élections, a poursuivi Giorgia Meloni. « Ils nous ont traité d’extrémistes pendant des années et puis ils nous ont copiés », a ironisé la cheffe du gouvernement italien en évoquant les pays européens et la question de l’immigration. Giorgia Meloni, 49 ans, dépasse désormais Silvio Berlusconi sur la durée d’un seul gouvernement – mais avec quatre gouvernements, le « Cavaliere » aura gouverné près de dix ans au total. Pour l’occasion, des milliers de sympathisants sont arrivés vendredi à Bari, dans les Pouilles (sud-est de l’Italie). Fratelli d’Italia avait préparé une brochure d’une trentaine de pages listant tous les succès de ce gouvernement en un peu moins de quatre ans. Plus d’un million de personnes supplémentaires travaillant, le chômage au minimum, à 5,8 % en juillet, une réduction des impôts sur les particuliers de 21 milliards d’euros, une baisse de 80 % des arrivées en Italie d’immigrés illégaux, énumère, entre autre, FDI. Cette stabilité tant vantée par FDI est cependant critiquée par des experts. « La stabilité est un instrument, pas un objectif, l’objectif c’est la croissance et on ne l’a pas vue », a déclaré jeudi à la presse étrangère à Rome Veronica De Santis, professeure d’économie à l’université romaine Luiss. L’experte critique l’absence de vision politique économique à long terme, alors que le produit intérieur brut du pays devrait croître de 0,6 % en 2026, selon les prévisions du gouvernement. La majorité ultra-conservatrice au pouvoir, regroupant FDI, la Ligue anti-migrants de Matteo Salvini et le parti conservateur Forza Italia (FI), a adopté environ 300 lois et décrets-lois, souvent par un vote de confiance, selon l’agence AGI. Une majorité de ces lois concerne la sécurité, au sens large du terme, visant les immigrés, les passeurs, les criminels mineurs, les participants à des rave parties ou même les manifestants bloquant une route pour protester contre des licenciements, des sujets chers à son électorat de droite. Les principaux quotidiens italiens, de toute tendance politique, ont dressé un bilan de son gouvernement. La Repubblica, de gauche, reconnaît que l’exécutif a réussi à stabiliser les comptes publics et à faire passer le spread, l’écart entre les taux d’intérêt allemand et italien, de 233 points à moins de 80. La Stampa et le Corriere della Sera soulignent en revanche son soutien indéfectible à l’Ukraine, en dépit des réticences de son vice-Premier ministre Matteo Salvini, opposé à l’envoi de l’aide militaire à Kiev. Néanmoins, Giorgia Meloni « devra dire comment elle pense utiliser ces derniers mois avant le vote, c’est une question qui intéresse beaucoup », a déclaré jeudi Flavia Perina, éditorialiste du quotidien La Stampa, à la presse étrangère à Rome, alors que tous les observateurs parient sur des élections en avril 2027. Dans le même cadre, Alessandra Sardoni, journaliste politique de la télévision La7, a critiqué « le réalisme de Giorgia Meloni (…) devenu un alibi pour l’immobilisme ». « Le gouvernement a donné une importance centrale à la communication et la communication s’est souvent substituée à l’action », a-t-elle ajouté. « Le problème, c’est ce que font les gouvernements. Les salaires ont-ils augmenté ? Non. L’essence coûte plus cher, la précarité s’est accrue, on ne part plus à la retraite, le système de santé fonctionne moins bien », a commenté pour sa part Maurizio Landini, patron de la principale confédération syndicale (CGIL, gauche). AFP






