Fromage: Un allié inattendu contre la démence

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Une étude japonaise récente met en lumière un lien surprenant entre la consommation de fromage et la réduction du risque de démence chez les personnes âgées. Publiée en octobre 2025 dans la revue Nutrients, cette recherche s’appuie sur les données de 7 914 seniors suivis entre 2019 et 2022 dans le cadre du programme JAGES (Japan Gerontological Evaluation Study).

Dans un contexte mondial marqué par la progression rapide des troubles cognitifs — plus de 50 millions de personnes sont aujourd’hui touchées selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un chiffre appelé à tripler d’ici 2050 — l’identification de facteurs de prévention accessibles constitue un enjeu majeur de santé publique. Les participants, âgés de 65 ans et plus et vivant à domicile, ont été répartis en deux groupes : ceux consommant du fromage au moins une fois par semaine et ceux n’en consommant jamais. Afin de garantir la fiabilité des résultats, les chercheurs ont utilisé une méthode statistique rigoureuse, le propensity score matching, permettant de neutraliser l’impact de variables comme l’âge, le sexe, les revenus ou encore l’état de santé. Les résultats montrent que 3,4 % des consommateurs de fromage ont développé une démence sur une période de trois ans, contre 4,5 % chez les non-consommateurs. Cela correspond à une réduction du risque relatif de 24 %. Même après ajustement tenant compte des habitudes alimentaires globales, l’effet reste significatif, avec une baisse estimée à 21 %. Ces observations suggèrent que le fromage pourrait jouer un rôle spécifique dans la protection cognitive, au-delà d’un simple indicateur d’alimentation équilibrée. Plusieurs mécanismes biologiques pourraient expliquer cet effet. Le fromage est notamment riche en vitamine K2, connue pour son rôle dans la régulation de la calcification vasculaire. Or, la santé des vaisseaux sanguins est directement liée au risque de démence, notamment d’origine vasculaire. Par ailleurs, les peptides bioactifs issus de la fermentation possèdent des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes, deux processus clés impliqués dans le vieillissement cérébral. Certains fromages fermentés contiennent également des probiotiques, susceptibles d’agir sur l’axe intestin-cerveau, un champ de recherche en pleine expansion dans les maladies neurodégénératives. Cependant, les chercheurs appellent à la prudence. La majorité des participants consommaient du fromage transformé, moins riche en probiotiques que les fromages affinés. De plus, la consommation a été évaluée une seule fois, sans précision sur les quantités, et les diagnostics reposaient sur des données administratives plutôt que cliniques. L’absence d’informations génétiques, notamment sur le gène APOE ε4, constitue également une limite. Enfin, le faible niveau de consommation de fromage au Japon — environ 2,7 kg par an et par habitant, bien inférieur aux standards européens — invite à ne pas extrapoler directement ces résultats à d’autres populations. Malgré ces réserves, cette étude ouvre une piste intéressante : certains aliments du quotidien, longtemps sous-estimés, pourraient contribuer à la prévention du déclin cognitif. Dans un contexte d’absence de traitement curatif, l’alimentation apparaît plus que jamais comme un levier modifiable prometteur pour préserver la santé du cerveau.

Neila M

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