Agriculture et souveraineté alimentaire: 15% du PIB et 80% des besoins couverts

0
73

Face aux défis imposés par les changements climatiques et les mutations géopolitiques mondiales, l’Algérie a engagé une stratégie ambitieuse pour renforcer son secteur agricole et consolider sa sécurité alimentaire. C’est ce qu’a affirmé le président de la Chambre d’agriculture de la wilaya d’Alger, Ibrahim Djeribia, lors de son passage ce dimanche à l’émission « L’invité du matin » sur la Chaîne 1 de la Radio algérienne.

Selon lui, le secteur agricole s’impose désormais comme un pilier de l’économie nationale, contribuant à hauteur d’environ 15 % au produit intérieur brut. Un niveau qui reflète, a-t-il souligné, l’importance croissante de ce secteur stratégique, notamment dans un contexte marqué par les efforts visant à réduire la dépendance aux importations. Dans ce sillage, M.Djeribia a indiqué que l’Algérie couvre aujourd’hui près de 80 % des besoins des citoyens en produits agricoles, alors qu’elle dépendait auparavant largement des importations. Il a toutefois reconnu que des défis subsistent dans certaines filières stratégiques, notamment les céréales, le lait et les viandes. S’agissant de la production céréalière, il a précisé que l’atteinte de l’autosuffisance demeure étroitement liée aux conditions climatiques, en particulier aux précipitations. Il a néanmoins relevé une amélioration notable de la campagne agricole en cours grâce aux pluies enregistrées, augurant d’une production favorable. Pour autant, il a insisté sur la nécessité de dépasser cette dépendance à la pluviométrie, en orientant le secteur vers une agriculture intelligente et moderne, fondée sur l’irrigation complémentaire et l’intégration des technologies avancées. Cette évolution s’impose d’autant plus que les ressources hydriques sont sous pression, avec une baisse du niveau des nappes phréatiques et une raréfaction des chutes de neige ces dernières années. Dans cette perspective, M.Djeribia a rappelé que l’agriculture ne relève plus d’une activité traditionnelle, mais d’un domaine scientifique nécessitant des compétences qualifiées, notamment des ingénieurs capables d’intégrer les technologies modernes dans les processus de production. Il a cité, à titre d’exemple, l’utilisation de drones pour le traitement et le suivi des cultures. La question de la souveraineté alimentaire a également occupé une place centrale dans son intervention. Il a souligné l’importance stratégique de la maîtrise des semences locales, précisant que l’Algérie n’a pas importé de semences de blé depuis plus de 30 ans. Des efforts sont par ailleurs engagés pour la mise en place d’une banque de gènes, afin de renforcer l’autonomie nationale dans ce domaine. Concernant la mécanisation, il a indiqué que l’État œuvre à la mise en œuvre d’un programme visant à moderniser les équipements agricoles. Il a toutefois mis en garde contre le manque de main-d’œuvre qualifiée dans le domaine de la mécanique agricole, soulignant que cette insuffisance entraîne la perte d’environ 30 % de la production, faute de moyens adéquats et d’encadrement technique. Abordant la question des prix, le responsable a estimé que les agriculteurs ne peuvent être tenus pour responsables des fluctuations observées sur les marchés, leur rôle se limitant à la production. Selon lui, les dysfonctionnements se situent davantage au niveau des circuits de distribution, ce qui explique le décalage entre l’abondance des produits sur le terrain et leur coût élevé pour le consommateur. Dans ce contexte, il a plaidé pour une réorganisation du marché et un renforcement du rôle des coopératives agricoles, notamment en matière de commercialisation et de stockage, à l’image des pratiques en vigueur dans les pays développés. Il a également évoqué l’élaboration d’un nouveau décret destiné à soutenir cette orientation. M. Djeribia a en outre appelé à encourager les activités de transformation et d’exportation, afin de garantir des revenus stables aux agriculteurs, notamment en période de forte production dans certaines filières, comme celle des agrumes, qui a atteint des niveaux record grâce à l’adoption de techniques de plantation intensive. S’agissant des produits à fort potentiel d’exportation, il a mis en avant les atouts de l’Algérie dans la filière des dattes, notamment la variété « Deglet Nour », reconnue à l’international, ainsi que d’autres produits tels que l’abricot et la pomme de terre. Il a toutefois souligné que le principal défi réside dans l’amélioration des mécanismes de commercialisation et de l’accès aux marchés extérieurs. Par ailleurs, il a évoqué l’extension des superficies agricoles vers de nouvelles zones, notamment dans le Sud, ce qui renforce les capacités de production nationales. Cette dynamique nécessite toutefois un accompagnement renforcé, notamment en matière de stockage et de chaîne du froid, afin de garantir la stabilité du marché. En conclusion, le président de la Chambre d’agriculture de la wilaya d’Alger a souligné que l’objectif ne se limite pas à l’autosuffisance alimentaire, mais vise l’atteinte d’une véritable souveraineté alimentaire, garante de l’indépendance de la décision nationale, tout en appelant à poursuivre les efforts de modernisation du secteur agricole.

Yasmine Derbal

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici