visite de la commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica: Pourrait t-elle aplanir les divergences de l’Accord d’Association Algérie Europe ?

0
70

Professeur des universités- Expert international- Docteur d’Etat Abderrahmane Mebtoul

Selon plusieurs sources le  commissaire européen chargé des affaires de la Méditerranée devrait se rendre en Algérie dans les prochaines semaines ( la date exacte  n’ayant pas été encore précisée) et ce  afin d’examiner à la fois le nouveau  contexte marqué par des changements au niveau international, notamment la guerre en Ukraine et au Moyen Orient qui ont modifié les circuits énergétiques et les besoins d’approvisionnement en Europe  et la révision de l’accord d’association entre les deux parties.

1.-Les discussions porteraient i sur une nouvelle approche présentée par l’Union européenne sous le nom de « Pacte pour la Méditerranée »  ne concernant  pas spécifiquement l’Algérie  destiné à structurer les relations avec les pays de la région.  rentrant dans le cadre de de l’adaptation  à la nouvelle carte géostratégique du monde  axé sur l’instauration d’un grand Maghreb  facteur de la stabilité du sahel,  et d’une manière générale des espaces  euro méditerranéens  et euro-africains   étant un pont entre l’Europe et l’Afrique, stratégie partagée par les grande puissances  pour qui l’Afrique, dont les Etats Unis d’Amérique  qui dans une déclaration récente  est un acteur stratégique . Le Pacte pour la Méditerranée, initié par la Commission européenne en octobre 2025, est une stratégie visant à renforcer la coopération économique, la sécurité et la transition énergétique entre l’UE et ses partenaires du sud, ciblant le développement d’énergies renouvelables (efficacité énergétique, solaire/éolien), la transformation numérique et la gestion des migrations, s’appuyant sur les cadres l’Union pour la Méditerranée (UpM), mais surtout sur  les accords d’association déjà en place. D’où l’importance de comprendre les fondements  de l’Accord d’Association  signé entre l’Algérie  et l’UE, principal partenaire économique de l’Algérie, plus de 50% de ses exportations, signé le 01 septembre 2005,  et les divergences  entre l’Algérie et l’UE concernant cet Accord différents. Ce que l’on peut affirmer en ce mois d’avril 2026, c’est que cet accord pour le moins qu’on puisse dire, est en stand-by.   L’Algérie , qui s’estime lésée, a demandé depuis plusieurs années sa révision, afin d’asseoir une meilleure base d’échanges mutuellement bénéfique. Les agences de presse internationales Reuters et AFP ont annoncé le 14 juin 2024 que Bruxelles risque d’ouvrir une procédure contre l’Algérie, accusée de restreindre depuis 2021 les exportations et investissements de l’Union européenne (UE), menaçant de recourir à l’arbitrage international, et a réclamé des consultations avec les autorités du pays. Malgré des discours rassurants de l’ambassadeur de l’union européenne à Alger durant le premier semestre 2O25, , les tensions actuelles avec la France pilier de l’Union européenne avec l’Allemagne ne vont pas faciliter les négociations où en plus selon mes contacts avec des experts à Bruxelles s’occupant de ce dossier, comme je l’ai souligné dans de nombreuses contributions depuis des années, qu’il n’est pas question de modifier l’accord cadre mais seulement certaines dispositions( mebtoul Google 2O16-2O25

2-Les principes de l’Accord d’association sur le plan économique sont identiques à ceux que l’on retrouve avec les règles de l’OMC dont les pays membres accaparent plus de 95 % du commerce mondial et parmi lesquels se trouve la majorité des pays de l’OPEP et hors OPEP ainsi que la Chine et la Russie. L’Algérie qui a déposé sa demande d’adhésion (à l’époque au GATT) en juin 1987 et depuis elle n’est toujours pas entrée à l’OMC. Du point de vue de l’Accord d’association, l’on devra distinguer les incidences générales des incidences sur les services énergétiques. En ce qui concerne les incidences générales : l’interdiction du recours à la « dualité des prix » pour les ressources naturelles, en particulier le pétrole (prix internes plus bas que ceux à l’exportation) ; l’élimination générale des restrictions quantitatives au commerce (à l’import et à l’export) ; obligation de mettre en place les normes de qualité pour protéger la santé tant des hommes que des animaux (règles sanitaires et phytosanitaires). Les conséquences de tels accords sont : le démantèlement des droits de douanes et taxes pour les produits industriels et manufacturés sur une période de transition ; les relations de partenariat entre les deux parties seront basées sur l’initiative privée. Tous les monopoles d’Etat à caractère commercial sont ajustés progressivement pour une période à négocier. La coopération économique devra tenir compte de la composante essentielle qu’est la préservation de l’environnement et des équilibres écologiques. En ce qui concerne les incidences sur les services énergétiques, l’Algérie se doit d’être attentive à la nouvelle stratégie énergétique qui se dessine entre 2025/2030 tant au niveau européen qu’au niveau mondial. Les accords dont il est question devraient faire passer les industries algériennes du statut d’industries protégées à des industries totalement ouvertes à la concurrence internationale. Ces accords prévoient la suppression progressive des obstacles tarifaires et non tarifaires, avec d’énormes défis aux entreprises algériennes . Si ces accords ne peuvent avoir que peu d’impacts sur le marché des hydrocarbures en amont, déjà inséré dans une logique mondiale , il en va autrement de tous les produits pétroliers à l’aval qui vont être soumis à la concurrence européenne et internationale. Ainsi, est interdite la dualité des prix, mesure par laquelle un gouvernement maintient des prix internes à des niveaux plus bas que ceux qui auraient été déterminés par les forces du marché. Autre incidence, l’ouverture à la concurrence du marché des services énergétiques qui concernent toutes les activités et l’urgence d’intégrer la sphère informelle dominante en Algérie qui contrôle selon les données officielles fin 2023 plus de 33% de la masse monétaire en circulation faussant la concurrence. Enfin, pour l’environnement, l’Algérie doit s’engager à mettre en œuvre les différentes recommandations contenues dans les chartes sur l’énergie.

3.- Les négociations entre l’Algérie et l’Europe concernant l’Accord d’association ont connu des divergences qui se sont accentuées suite aux décisions du gouvernement courant 2009 de postuler 51 pour cent aux Algériens dans tout projet d’investissement. Selon Bruxelles, la part de l’UE dans les importations de l’Algérie a régressé au bénéfice de la Chine. Pour Bruxelles , pour toute évaluation, il faut inclure les importations européennes de pétrole et de gaz et donc toute la balance commerciale  et dans ce cas le déséquilibre commercial est en défaveur de l’Europe et en dehors des hydrocarbures que peut exporter l’Algérie en direction de l’Europe et que si l’Algérie n’a pas tiré profité de l’Accord d’Association, bien que des efforts aient été faits, d’importantes réformes structurelles sont nécessaires pour rendre l’économie algérienne compétitive. Selon Bruxelles en 2023, l’Union européenne a enregistré un déficit commercial d’environ 20,46 milliards d’euros (approximativement 22 milliards de dollars) vis-à-vis de l’Algérie, l’UE a importé 35,37 milliards d’euros, principalement des hydrocarbures, et exporté 14,91 milliards d’euros vers l’Algérie, marquant un déséquilibre en faveur de l’Algérie et ce définit en défaveur de l’Europe  s’est accru  entre 2023 2025. L’Europe n’est  pas contre une révision partielle de certains articles  de l’Accord mais souhaiterait  la création d’un cadre juridique stable et transparent, propice à l’investissement, ainsi que la réduction des subventions, la modernisation du secteur financier, la levée des entraves au secteur privé, le développement du potentiel des partenariats public-privé qui font partie des réformes structurelles nécessaires qui doivent encore être menées. L’Europe se félicite de l’assouplissement introduit récemment par les autorités algériennes de la règle 51/49, pour cent au moins pour les secteurs non-stratégiques, encore qu’il faille définir avec exactitude ce qui est stratégique et ce qui ne l’est pas » Sur le plan géostratégique, pour l’Europe l’Algérie est un acteur déterminant de la stabilité régionale et de l’approvisionnement en énergie de l’Europe . Dans plusieurs rapports entre 2018/2025 -l’Union européenne a salué les efforts de l’Algérie en matière de sécurité et de défense où les tensions au niveau de la région influent par ricochet, sur l’Europe, ainsi que la stabilisation de son voisinage immédiat, considérant que l’Algérie demeure un acteur-clé au niveau régional et international pour la sécurité et les menaces terroristes. Sur le plan énergétique, l’Europe reconnaît le rôle majeur de l’Algérie pour son approvisionnement, Sonatrach étant un acteur fiable.

4 -Pour l’Algérie, l’Accord d’association englobe une multitude de domaines de coopération, politique, économique, culturel, la libre circulation des personnes et autres, mais c’est le volet relatif au rééquilibrage des échanges commerciaux qui motive le plus la demande de la partie algérienne à renégocier l’accord en question invoquant le titre 2 de l’accord, portant «libre circulation des marchandises», dans son premier chapitre sur «les produits industriels» où l’article 11 donne la possibilité à l’Algérie de bénéficier de «mesures exceptionnelles» de durée limitée dérogeant aux dispositions de levée des barrières douanières. pouvant s’appliquer qu’à des industries naissantes ou à certains secteurs en restructuration. L’Accord reconnait à l’Algérie un droit de prendre des mesures de protection, dont l’article 24 qui donne à l’Algérie le droit de prendre des mesures de sauvegarde, en arrêtant l’importation d’une catégorie de produits si elle porte préjudice à la production nationale, devant être renégocié pour rendre son champ d’application plus efficace et avantageux. Aussi, pour l’Algérie, l’objectif de cet accord est de « densifier » cette coopération, dont la démarche d’évaluation réclamée ne vise nullement à remettre en cause le cadre global de l’Accord, mais, bien au contraire, à l’utiliser pleinement dans le sens d’une interprétation positive de ses dispositions permettant un rééquilibrage des liens de coopération et que seules des négociations constructives permettraient de relancer la coopération entre l’Algérie et l’UE dans le but de mettre les relations économiques au centre de cette coopération, de donner à cet accord toute son importance et d’utiliser tout son énorme potentiel dans ses trois composantes: politique, économique et humaine. Aux préoccupations soulevées par l’UE concernant ses parts de marché en Algérie suite aux mesures de rationalisation des importations prises par le gouvernement algérien dans un contexte bien particulier, cela n’est pas propre à notre pays comme en, témoigne bien avant l’épidémie du coronavirus les mesures restrictives de bon nombre de pays tant pour les USA que l’Europe et les tensions avec la Chine. L’Algérie reste convaincue que les discussions productives permettront d’arriver à des solutions acceptables qui prennent en ligne de compte les intérêts légitimes de chaque partie.

En conclusion, il s’agit comme je l’ai souligné il y a quelques années lors d’une conférence, à l’invitation du parlement européen à Bruxelles, de dépassionner les relations car la stabilité des deux rives de la Méditerranée et de l’Afrique , nous impose d’entreprendre ensemble, l’Algérie et l’Europe étant deux partenaires stratégiques. Mais pour un développement durable, et être un pays pivot au niveau de la région, une Nation n’étant respectée que si elle a une économie forte, des réformes  structurelles doivent avoir lieu avec pour finalité une économie diversifiée , loin des aléas de la rente des hydrocarbures où pour 2025, certainement encore pour 2026, malgré certaines déclarations euphoriques, devant donner la valeur globale  en référence à la  valeur totale des exportations en dollars et non le nombre de produits qui ‘ na que peu  de significations ,  les exportations hors hydrocarbures à forte valeur ajoutée  hors de tout dumping  qui explique d’ailleurs la décision américaine récente  de mars 2026  de taxer de plus de 73%  les produits  d’aciers algériens  bénéficiant du dumping, et cela s’applique à l’Europe,   étant marginales en valeur dans la structure globale. Elle sont  estimées à 4,3 milliards de dollars en 2025 sur environ 50 milliards de dollars  selon les statistiques douanières et sur ce montant 67% sont des dérivés d’hydrocarbures qui représentent    97/98% des recettes en devises avec les dérivés inclus dans la rubrique hors hydrocarbures, devant  encourager l’investissement créateur de valeur ajoutée passant par la lutte contre la bureaucratie et la corruption, améliorer le climat des affaires, la refonte du système socio-éducatif, le foncier, le système financier, (douanier, fiscal, domaine, banques) l’administration centrale/ locale par une réelle décentralisation et non la déconcentration  par la création de nouvelles entités administratives, et une nouvelle régulation sociale ciblée au profit des plus démunis, loin du populisme, des salaires versés sans contreparties productives, en bref améliorer la gouvernance.  

A.M.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici