L’Algérie amorce la préparation de son projet de loi de finances pour l’exercice 2027 en s’appuyant sur un cadrage financier ambitieux. Selon les orientations stratégiques transmises par le ministère des Finances dans sa récente lettre de cadrage, diffusée par les médias, l’État prévoit une enveloppe globale de dépenses autorisées s’élevant à 17 815,7 milliards de dinars.
Ce cadrage budgétaire réaffirme les engagements fondamentaux de la nation, préserver le pouvoir d’achat des citoyens, accélérer la diversification économique par la croissance hors hydrocarbures, et achever les infrastructures majeures dans les secteurs minier, hydraulique et du logement, tout en maintenant une discipline budgétaire rigoureuse face au déficit du Trésor.
La programmation financière à moyen terme établie par le ministère des Finances pour la période 2026-2028 révèle une hausse nominale des dépenses autorisées d’environ 179 milliards de dinars pour 2027, comparativement aux 17 636,7 milliards de dinars alloués pour l’année 2026. L’ensemble des crédits prévus représentera près de 39,6 % du produit intérieur brut (PIB) escompté.
Le ministère des Finances apporte toutefois une distinction essentielle entre les dépenses autorisées et les dépenses effectives. En tablant sur un taux d’exécution budgétaire historiquement estimé à 70 %, l’exécutif évalue les dépenses réelles probables à environ 12 471 milliards de dinars pour 2027 (contre 12 345,7 milliards de dinars en 2026). Cette projection met en évidence un écart structurant de plus de 5 000 milliards de dinars entre les crédits ouverts et les consommations effectives.
Afin d’assainir le portefeuille des projets publics et d’optimiser l’allocation des deniers de l’État, la Direction générale du budget a publié, le 5 août 2026, une instruction stricte ordonnant la clôture ou l’annulation des opérations d’investissement public à l’arrêt. Cette mesure vise à réaffecter rapidement les ressources financières libérées vers des opérations réellement matures et à fort impact socio-économique.
Mines, agriculture et sécurité hydraulique au cœur des investissements
Les orientations fixées dans la lettre de cadrage concentrent l’effort d’investissement public sur les filières stratégiques à forte valeur ajoutée, capables de soutenir la trajectoire de croissance hors hydrocarbures.
Secteur minier et infrastructures connexes : Le plan financier assure la continuité du financement pluriannuel des mégaprojets structurants, notamment l’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet et le projet de phosphate intégré (PPI). Ces investissements englobent également les infrastructures de soutien vitales, telles que la construction de nouvelles lignes ferroviaires lourdes, le déploiement d’unités de transformation industrielle, les raccordements énergétiques et les installations portuaires dédiées à l’exportation.
Agriculture et sécurité hydraulique : L’allocation des ressources vise la souveraineté alimentaire et la résilience climatique. Les priorités portent sur l’accroissement de la productivité dans les filières de base (céréales, lait, huiles végétales), l’extension des superficies irriguées, l’aboutissement du programme national de dessalement d’eau de mer et la modernisation des stations de traitement des eaux usées pour l’usage agricole.
Santé, éducation et transformation numérique : L’État maintient son engagement dans les secteurs sociaux tout en accélérant la numérisation globale des services publics. Ce chantier prioritaire prévoit l’interconnexion complète des bases de données fiscales, douanières et domaniales pour accroître l’efficacité administrative.
Sur le plan macroéconomique, les proforma budgétaires prévoient une accélération de la croissance économique globale, estimée à 4,4 % en 2027 (contre 4,1 % projetés pour 2026), sous l’impulsion de la dynamique industrielle et agricole hors hydrocarbures.
Maintien du soutien au pouvoir d’achat et maîtrise des équilibres
Fidèle aux orientations sociales de l’État, le cadrage budgétaire confirme la reconduction intégrale des mécanismes de transfert social. L’État continuera de financer la subvention des produits de première nécessité, la gratuité des soins et les programmes publics d’accès au logement, sans introduire de nouvelle pression fiscale directe sur le budget des ménages. Toutefois, le ministère des Finances souligne la nécessité de coupler ce soutien social à un accroissement significatif de l’offre de biens et services locaux, condition préalable pour contenir durablement les tensions inflationnistes et préserver la valeur réelle des revenus.
Déficit budgétaire et optimisation des recettes publiques
Sur le volet des recettes, la programmation budgétaire anticipe des revenus globaux de 8 187,2 milliards de dinars pour l’exercice 2027, marquant une progression de 178,2 milliards de dinars par rapport aux 8 009 milliards de dinars budgétisés pour 2026. Pour résorber l’impasse budgétaire sans recourir à une hausse des taux d’imposition, l’administration financière mise sur une rationalisation du recouvrement fiscal, un renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale et la pleine digitalisation des douanes et des impôts. En ce qui concerne la fiscalité pétrolière, les recettes sont projetées à 2 588,4 milliards de dinars en 2027 (en légère baisse par rapport aux 2 697,9 milliards de dinars de 2026). Ces estimations reposent sur un prix de référence prudent de 60 dollars le baril de pétrole (pour un prix de marché moyen estimé à 70 dollars) retenu dans le cadre budgétaire pluriannuel 2026-2028.
Meryam M.






