Dans la première déclaration officielle émanant du gouvernement malien depuis la réconciliation avec l’Algérie, il y a près d’un mois, le Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maïga, est sorti du silence pour affirmer qu’« il n’y a pas de rupture diplomatique » entre les deux pays. Il a également souligné l’existence d’une « convergence totale de vues » entre les dirigeants des deux nations concernant la crise sécuritaire qui secoue la région du Sahel.
S’exprimant sur les ondes de la télévision publique malienne (ORTM 1) au sujet des différends qui ont marqué les relations bilatérales ces derniers mois, Maïga a déclaré : « Le Mali et l’Algérie sont unis par des liens historiques et partagent une frontière commune de plus de 1 300 kilomètres », traduisant ainsi le dégel manifeste entre Bamako et Alger.
Le chef de l’exécutif a ajouté, dans ce sillage : « Aujourd’hui, nous devons nous réjouir et saluer la parfaite harmonie de vues entre le colonel Assimi Goïta, président de la Transition et chef de l’État du Mali, et le président Abdelmadjid Tebboune, président de la République algérienne démocratique et populaire. » Selon le Premier ministre malien, cet accord porte notamment sur des « principes fondamentaux », à savoir le respect de la souveraineté des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la lutte contre le terrorisme.
Les deux pays avaient annoncé, le 10 du mois dernier, le retour de leurs ambassadeurs respectifs dans les deux capitales après plus d’un an de rappel pour consultations, faisant suite à la destruction par les autorités algériennes d’un drone malien ayant franchi la frontière sud de l’Algérie, et ce, malgré des avertissements adressés à la partie malienne en avril 2025. Rappelle-t-on.
Selon le Premier ministre malien, les deux nations aspirent au « vivre-ensemble au sein d’une région paisible et sécurisée », à l’abri des défis terroristes auxquels le Sahel est confronté. Il a souligné que la partie française porte une part de responsabilité dans l’effondrement sécuritaire régional en raison de l’échec de son intervention militaire déclenchée en 2013, laquelle a entraîné une complexification de la situation sécuritaire, un constat d’échec reconnu par la parlementaire française, Sophia Chikirou du parti France insoumise qui a appelé à s’appuyer sur l’Algérie pour restaurer l’influence française dans la région.
Abdoulaye Maïga a été formé en Algérie, à l’École nationale d’administration (ENA), où il a obtenu en 2005 un diplôme en « Diplomatie et Droit international ». Il est ensuite revenu en Algérie pour préparer une thèse en gestion d’entreprise au niveau de l’Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP).
Illustrant l’importance des relations bilatérales, le chef du gouvernement malien a récité un extrait de l’hymne national algérien en langue arabe : « Nous nous sommes dressés pour la vie ou la mort, et nous avons juré que l’Algérie vivrait. Soyez-en témoins ! Soyez-en témoins ! », avant d’en expliciter le sens en français. Il l’a comparé à un passage de l’hymne national de son propre pays, qui partage selon lui les mêmes valeurs de sacrifice pour la patrie. Tout en réaffirmant la volonté de son pays de surmonter les séquelles de la crise diplomatique et sécuritaire qui a ébranlé les relations bilatérales, il a reconnu la complexité de la tâche en déclarant : « La diplomatie n’est pas un fleuve tranquille ». Il a rappelé que les diplomates ont pour mission essentielle de défendre les intérêts de leurs pays respectifs, tout en soulignant l’existence de facteurs favorisant le renforcement des liens.
Il faisait ici référence au rôle de l’Algérie, qui a accueilli de nombreux cadres et responsables maliens actuels venus y poursuivre leurs études. Le Premier ministre a particulièrement mis en avant les liens professionnels et académiques qui unissent les dirigeants des deux pays, rappelant que plusieurs d’entre eux ont étudié à l’École nationale d’administration d’Alger.
Le chef du Gouvernement malien, Abdoulaye Maïga a exprimé le souhait que « ces liens aient un impact positif et que les relations entre le Mali et l’Algérie se renforcent », réitérant avec insistance qu’« il n’y aura aucune rupture diplomatique entre les deux pays ». Ces déclarations du chef du gouvernement malien, empreintes d’un ton d’apaisement et de réconciliation, sont les premières du genre depuis le déclenchement de la crise au printemps dernier. Elles constituent un signal fort indiquant que les relations bilatérales entrent dans une nouvelle phase de sérénité, susceptible de jeter les bases d’un retour de la coopération au Sahel, un espace où l’Algérie a toujours joué un rôle moteur en tant que puissance majeure de la région, forte de ses capacités et de ses atouts considérables.
Mohamed B.






