Durant cette période estivale, les températures grimpent, les vacances s’enchaînent et la routine alimentaire s’envole. Mais entre fortes chaleurs, pièges de la malbouffe et tentations des produits ultra-transformés, l’été est aussi la période de tous les dangers pour le système digestif.
Lors de cet entretien, le Dr Nacer Eddine Benabdesslam, nutritionniste, a gentiment accepté de répondre aux questions de L’Écho d’Algérie.
L’Écho d’Algérie : Dr Nacer Eddine, merci d’avoir accepté notre invitation. Avant d’entrer dans le vif du sujet, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Dr Nacer Eddine Benabdesslam : Tout d’abord, je tiens à remercier L’Écho d’Algérie pour cette invitation. Je suis Benabdeslam Nacer Eddine, docteur-chercheur en nutrition et pathologie, et biotechnologue des compléments alimentaires.
Mon travail et mes recherches au quotidien visent à faire le lien entre la recherche académique et scientifique et la réalité de nos assiettes ou de nos habitudes alimentaires, particulièrement dans le contexte algérien (plats traditionnels, habitudes locales), afin de mieux optimiser la prise en charge des maladies métaboliques. C’est le cœur de mon axe de recherche. L’objectif est également de guider le grand public vers une alimentation plus équilibrée, plus saine et plus variée.
Avant de répondre à la première question, j’aimerais préciser un détail concernant la différence entre intoxication alimentaire, toxi-infection alimentaire et intoxination alimentaire. Ce ne sont pas les mêmes pathologies, et il est important de clarifier ce point. L’intoxication alimentaire est la forme la plus classique : elle survient lorsqu’un aliment contient une ou plusieurs toxines, et ses symptômes sont généralement très aigus, marqués par des vomissements. La toxi-infection alimentaire est la contamination d’un aliment par une bactérie vivante qui attaque les intestins et y fabrique des toxines ; elle se manifeste par des diarrhées et s’avère généralement contagieuse si les mains ou les surfaces ne sont pas bien nettoyées. Enfin, l’intoxination alimentaire est une forme hybride qui associe la présence de bactéries et de leurs toxines ; les symptômes sont identiques, mais elle présente l’avantage de ne pas être contagieuse.
L’Écho d’Algérie : Comment profiter de l’été sans risquer l’intoxication alimentaire ?
Dr Nacer Eddine Benabdesslam : Il faut savoir que l’été est la meilleure saison pour la prolifération bactérienne, avec des températures très élevées qui dépassent même les 40 °C. Pour minimiser les risques d’intoxication, il faut premièrement respecter la chaîne du froid et garder les plats cuisinés au réfrigérateur. Il convient également de veiller strictement à l’hygiène des mains et des surfaces, et de bien choisir les établissements si l’on est amené à manger au restaurant. Les produits laitiers sont particulièrement sensibles et risquent de devenir avariés s’ils ne sont pas bien conservés au frais.
L’Écho d’Algérie : Justement, durant cette période, quels sont les aliments les plus à risque et les premiers réflexes à adopter ?
Dr Nacer Eddine Benabdesslam : Comme je viens de le mentionner, les produits laitiers sont très sensibles à la rupture de la chaîne du froid. Il y a aussi toute la charcuterie, les viandes et les poissons. D’ailleurs, ces produits doivent être bien cuits pour écarter tout risque tout en préservant leur valeur nutritionnelle. Il faut également faire très attention aux boissons, aux œufs et à tous les produits préparés à base d’œufs. Enfin, les fruits qui contiennent beaucoup d’eau se contaminent très vite, car les bactéries se multiplient rapidement sur les surfaces humides.
L’Écho d’Algérie : Le pique-nique est le roi de la plage, mais comment transporter le repas sans briser la chaîne du froid ?
Dr Nacer Eddine Benabdesslam : Lors des pique-niques, surtout en cette période, la chaleur et l’humidité de la plage sont deux facteurs déclenchants majeurs pour les bactéries, ce qui génère un risque énorme de contamination et d’infection.
À ce sujet, je peux donner quelques recommandations. Il faut s’équiper d’une glacière assez rigide qui conserve bien la température, ou d’un sac isotherme performant pour les petites sorties rapides. Dans les deux cas, et surtout pour la glacière, il faut la garnir soit de bouteilles d’eau congelées, soit de glace. Placez toujours vos sacs isothermes ou vos glacières à l’ombre, sous un parasol par exemple, sans les laisser en contact direct avec le soleil car cela augmente la température interne.
Concernant la nourriture, il faut privilégier les aliments qui résistent mieux à la chaleur. Évitez les tomates, les oignons ou les concombres coupés à l’avance en raison de leur fort taux d’eau. Optez plutôt pour de la salade verte, des poivrons ou des carottes. L’idéal est de ne pas les râper ou les couper à l’avance, mais de les préparer directement sur place et d’effectuer l’assaisonnement au dernier moment, de préférence avec du citron, du vrai vinaigre et de l’huile d’olive. Ce sont des antioxydants naturels qui prolongent la durée de conservation. On peut également composer des salades variées associant crudités, légumes cuits et légumineuses, préparées en salade et non en sauce.
L’Écho d’Algérie : Street-food, restos de plage et autres. Quels indices doivent nous alerter pour éviter les troubles digestifs ?
Dr Nacer Eddine Benabdesslam : En cette période estivale, il est vivement recommandé d’éviter au maximum la fréquentation des fast-foods et des restaurants situés à proximité immédiate des plages. Si toutefois vous vous trouvez dans l’obligation d’y manger, il faut éviter rigoureusement la mayonnaise, la harissa ainsi que les sauces maison. Il convient aussi d’être très vigilant avec les salades composées et les salades de fruits. Ces aliments restent souvent exposés sur les comptoirs ou sont conservés dans des réfrigérateurs soumis à des ouvertures incessantes, et ces variations répétées de température favorisent directement la prolifération bactérienne.
L’Écho d’Algérie : Pour bien s’hydrater quand il fait chaud, l’eau suffit-elle toujours ?
Dr Nacer Eddine Benabdesslam : L’eau pure ne suffit pas toujours à couvrir l’ensemble des besoins de l’organisme, car celui-ci possède une limite maximale de tolérance quant au volume d’eau qu’il peut assimiler par heure. Absorbée en trop grande quantité d’un coup, l’eau est rapidement éliminée par les voies urinaires sans profiter pleinement au corps. La clé repose sur une consommation régulière et fractionnée : il est recommandé de boire l’équivalent d’un verre d’eau toutes les heures ou deux heures tout au long de la journée, sans attendre de ressentir la soif, car cette sensation constitue déjà le signal d’un début de déficit hydrique.
Les apports en eau passent également par l’alimentation. Les fruits et légumes de saison à forte teneur en eau représentent d’excellents alliés, à l’image de la pastèque, du melon, du citron, du concombre, de la tomate, de l’oignon ou de la betterave. Pour optimiser la rétention d’eau, notamment chez les sportifs ou lors de journées particulièrement humides, l’eau gazeuse apporte une quantité appréciable de minéraux et d’oligo-éléments indispensables. Ajouter une légère pincée de sel, un peu de sucre, du jus de citron ou un filet de vinaigre à son eau aide également l’organisme à bien la fixer et prévient la déshydratation excessive.
L’Écho d’Algérie : Comment éviter le piège des « calories vides » et des pics de sucre ?
Dr Nacer Eddine Benabdesslam : Cette saison est caractérisée par la consommation de glaces, de sodas et de jus industriels. C’est ce qu’on appelle les « calories vides », parce qu’elles n’apportent que du sucre, un peu d’eau, du gaz pour les sodas, ainsi que des conservateurs, des colorants et des exhausteurs de goût pour les jus. Le point commun entre ces produits est qu’ils procurent une illusion de fraîcheur parce qu’ils sont froids, mais la réalité cachée est qu’ils contiennent un taux important de sucres rapides.
Cela provoque généralement des pics de glycémie. Malheureusement, on ne peut pas ressentir l’hyperglycémie ou le pic de glycémie à moins de faire un contrôle médical, mais il est certain que cela cause ce genre de perturbations. Un pic de glycémie est ensuite généralement suivi d’une chute brutale, ce qui réactive la sensation de soif, entraîne un coup de fatigue et ouvre encore plus l’appétit.
En pratique, il vaut mieux consommer les fruits tels quels et éviter les jus, même s’ils sont naturels. De préférence, mangez les fruits plutôt que de les boire. Un fruit entier apporte des minéraux, des vitamines et des fibres alimentaires. Les fibres ralentissent l’absorption du sucre dans le sang et favorisent la satiété, ce qui est une excellente chose.
L’Écho d’Algérie : La routine des enfants s’effondre en vacances. Comment limiter la casse face aux produits ultra-transformés ?
Dr Nacer Eddine Benabdesslam : Concernant la routine des enfants pendant les vacances, il ne serait pas pratique d’interdire carrément les aliments ultra-transformés ou industriels, car c’est impossible et cela crée de la frustration, avec le risque de développer des troubles du comportement alimentaire.
Il vaut mieux appliquer ce que nous recommandons en tant que nutritionnistes, surtout avec les enfants et les adolescents : la règle des 80/20. C’est-à-dire 80 % d’aliments bruts, nutritifs, complets et naturels, et 20 % de plaisir comme les glaces ou les boissons fraîches. Pour limiter la casse, l’astuce consiste à anticiper leurs fringales. On sait tous que la plage et la mer ouvrent l’appétit, il vaut donc toujours mieux apporter quelque chose de rassasiant comme de la pastèque, du melon, des raisins ou des fruits secs tels que des noix, des amandes et des cacahuètes, ce qui permet de calmer la faim efficacement.
Mouhamed B.






