Par Abderrahmane Mebtoul, Pr des universités- Expert international- Dr d’Etat 1974 en management
Rappelons qu’ une loi des finances n’est qu’un document comptable retraçant les recettes et les dépenses annuelles d’un pays et ne saurait remplacer la planification stratégique qui en Algérie fait cruellement défaut, les équilibres macro financiers et macro sociaux entre 2026/2028 étant largement tributaire de l’évolution des recettes d’hydrocarbures, les exportations hors hydrocarbures hors dérivées hydrocarbures étant marginales ne dépassant pas 1 milliard de dollars en 2025 ,les réserves de change de l’Algérie ayant clôturé le premier trimestre 2026 à environ 40,3 milliards de dollars (hors or) , la flambée des prix du fait de la guerre au Moyen Orient pouvant contribuer à les stabiliser sous réserves d’une plus grande rigueur dans la gestion des dépenses publiques
1.-Evolution du déficit budgétaire de 2021 aux prévisions de 2026
Les principaux indicateurs du cadrage macroéconomique à moyen terme de la loi de finances 2026, sont le prix de référence fiscal du baril de pétrole brut est fixé à 60 dollars et le prix de marché du baril de pétrole brut est de 70 dollars, Objectif de croissance de 4,1 % en 2026, et l’inflation à 2,9 %.
L’évolution du solde recettes dépenses entrée 2021 et 2026 contenu dans les différentes lois de fiances :est le suivant – 2021 : des recettes budgétaires évaluées à 5 331,8 milliards de dinars et des dépenses totales de 8 113 milliards de dinars soit un déficit de 21,4 milliards de dollars ; 2022 : des recettes de 5 683,22 milliards de dinars et des dépenses totales de 9858,40 milliards de dinars. soit un écart de 32,17 milliards de dollars ;2023 : des recettes budgétaires de 7 901,90 milliards de dinars et des dépenses totales de 13 786,80 milliards de dinars. soit un déficit de 45,26 milliards de dollars ; 2024 : des recettes de 9.105,3 milliards de DA et des dépenses de 15.292,47 milliards de DA soit un déficit de 47,60 milliards de dollars ; 2025 en Algérie prévoit des recettes budgétaires de 8 523,1 milliards de DA et des dépenses de 16 794,6 milliards de DA, soit un écart de 63,62 milliards de dollars ; 2026, les recettes devraient atteindre 8 009 milliards de dinars,(61,60 milliards de dollars) 19% du PIB et les dépenses 17 636 milliards de dinars, 42% du PIB (135,66 milliards de dollars ) soit un déficit de 9627 milliards de dinars soit au cours de décembre 2025 74,06 milliards de dollars où avec -un taux de consommation prévu à 70%, les dépenses budgétaires devraient atteindre 12.345,7 mds DA environ 95 milliards de dollars en 2026,- en hausse de 5%par rapport à la clôture de 2025, la masse salariale, y compris celle des EPA, s’élève à 5.926 mds DA en 2026, – 45,58 milliards de dollars soit 33,6% du budget de l’Etat avec un déficit structurel pour les entreprises publiques , un rapport du premier ministre (source APS) ayant montré un assainissement de 250 milliards de dollars entre 2000/2020 et ces assainissements ayant continué entre 2021/2025 , 80% de ces entreprises étant revenus à la case de départ montrant que ce n’est pas uniquement une question de capital argent. Un taux de chômage en prenant en compte les demandes d’allocation chômage rapportées à la population active, environ 13,5 millions (source ministère du travail) est d’environ 15% mais incluant les emplois rente et touchant de plus en en plus les diplômés du fait que le système socio éducatif est non adapté à l’environnement économique devant s’adapter à l’avenir aux impacts de l’intelligence artificielle, les transferts sociaux avoisinent les 6.000 milliards de dinars soit 46,15 milliards de dollars soit 14,33% du PIB reconduisant , les exonérations fiscales sur des produits de large consommation tels que l’huile brute de soja, le café, les légumes secs ces mesures ayant été décidées pour exonérer ces produits de droits de douane afin de contenir la hausse des prix. Ces transferts non ciblées, sont permis grâce à la rente des hydrocarbures
Le prix du marché ou le fiscal retenu par la loi de finance 2025/206 , étant un artifice comptable car pour assurer l’équilibre budgétaire, , pour le FMI l’Algérie a besoin d’un baril entre 140/150 dollars et la dévaluation rampante du dinar tant par rapport au dollar que l’euro (la banque d’Algérie parle de glissement) a eu comme l’accroissement de l’inflation importé pour les produits non subventionnés, le taux officiel se limitant aux produits de première nécessité, biaisés par les subventions, ne reflétant pas la réalité, devant être actualisé , le besoin étant historiquement daté.
Les cours officiels (cotations commerciales de la Banque d’Algérie) et parallèles (marché noir au Square Port-Saïd) du dinar algérien (DZD) le 14 juillet 2026 accusent un écart considérable de plus de 75% . Sur le marché officiel, l’Euro s’échange autour de 152,10 DA, tandis que le Dollar US autour de 133,00 DA et sur le marché informel, l’Euro se négocie à environ 276,00 DA pour l’achat et 278,00 DA pour la vente, et le Dollar US est coté à 240,00 DA, n’ayant pas permis de dynamiser les exportations hors hydrocarbures, comme le montre les lois économiques , comme cela se passe en Chine , montrant que le blocage est d’ordre systémique. C’est un artifice comptable car diminuant artificiellement le déficit budgétaire en accroissant les taxes de produits importés et en augmentant les recettes hydrocarbures converties en dinars dévalués
Pour l’Algérie qui a une population en 2025 de 47,5 millions d’habitants, les exportations algériennes ont été ( données provisoires) à environ 44 milliards de dollars et les importations 60 milliards de dollars soit au total importations – exportations un montant entre 100 et 110 milliards de dollars avec comme principaux fournisseurs (importations) , la Chine qui arrive en tête (20% – 23% des parts de marché), suivie de près par la France, l’Italie , le Brésil et la Turquie et pour les clients (exportations), les pays européens arrivant en tête Espagne , Turquie , qui absorbent la majeure partie des exportations algériennes dont les recettes à environ 80% proviennent de cette zone, mais avec des accords importants liant l’Algérie aux USA surtout dans l’énergie et la Russie (coopération surtout militaire ), l es échanges entre l’Algérie de l’Allemagne étant marginales, le . montant total des marchandises et services expédiés par l’Allemagne vers l’Algérie s’est établi à 2,37 milliards de dollars en 2025 et les exportations algériennes vers l’Allemagne ont atteint 1,58 milliard de dollars , l’’Algérie pour 2025 représentant 5,72% du PIB de l’Allemagne et dans les échanges globaux commerciaux de l’Allemagne un taux très faible 0,13%. Soulignons sans compter que la coopération avec l’Europe porte également sur les énergies renouvelables dont le développement de l’hydrogène des technologies de pointe maitrisées par l’Allemagne .dont le SouthH2 Corridor , le pipeline transcontinental de 3400 km visant à acheminer jusqu’à 5 millions de tonnes d’hydrogène par an, les exportations algériennes en 2025 d’environ 40 milliards de mêmes cubes gaz à l’Europ lui permettent de conserver sa place de 2eme grand fournisseur et de figurer dans le top 10 mondial des pays exportateurs, la structure des exportations étant constituées d’environ 70% par canalisation notamment à travers le Transmed via Italie qui s’est imposée comme le principal client avec environ 21 milliards de mètres cubes gazeux en 20025 et l’Espagne via le Medgaz d’une capacité de 10,5 milliards de mètres cubes gazeux, les exportations par GNL représentant environ 30%.
2.- Pour un développement durable, il faut résoudre quatre équations :
Premièrement, ce déficit alimente t-il les dépenses non créatrices de valeur et dans ce cas l’accélération du processus inflationniste est inévitable, c’est une loi économique applicable à tous les pays sans exception, surtout en cas de stagnation comme en 2024/2025 ou de baisse des recettes des hydrocarbures en 2026 qui servent de tampon social ou une grande fraction sera t-elle affectée aux activités productives. Tout est fonction des recettes des hydrocarbures où en cas de baisse des recettes, il y a risque d’accroissement des tensions budgétaires . Aussi s’imposent une nouvelle gouvernance centrale et locale , la valorisation savoir et de profondes réformes au sein d ‘une planifications stratégique qui fait cruellement , la création de la valeur reposant sur des entreprises productives loin des injonctions administratives
Deuxièmement il faut avoir un fort taux de croissance devant attirer les IDE ce qui suppose une visibilité dans la politique socio-économique, l’amélioration du milieu des affaires et la lutte contre la bureaucratie étouffante et l’émergence de segments hors hydrocarbures concurrentiels en termes de coût et qualité au niveau tant interne qu’au niveau international. . Le produit intérieur brut pour 2022 a été de 225,6 milliards de dollars, en 2023, de 247,6 milliards de dollars , en 2024 263,6 milliards de dollars, de 286 en 2025, et selon la loi de finances 2026, le produit intérieur brut (PIB), en valeur courante, devrait dépasser les 300 milliards de dollars . Or les exportations hors hydrocarbures sont en en stagnation , 7 milliards de dollars en 2022, 5,01 en 2023, 4,7 en 2024, et environ 5 milliards de dollars en 2025 mais dont 67% sont des dérivées d’hydrocarbures
Troisièmement,, lié à l’axe précédent, la LF 2026 mise surtout sur les recettes fiscales hors hydrocarbures étant prévu que la fiscalité des hydrocarbures budgétisée devrait diminuer, passant au cours constant de 130 dinars un dollar de 20,75 milliards de dollars en 2026 à 19,90 milliards de dollars en 2027 et à 19,30 milliards de dollars. Or , un projet après sa mise en exploitation réelle , son seuil de rentabilité, sous réserve qu’il s ‘insère dans la logique des valeurs internationales et de la levée des contraintes bureaucratiques, n’est atteint qu’au bout de 3 ans pour les PMI/PME et 5/7 ans pour les grands projets.
Quatrièmement, constatant la stagnation de la fiscalité ordinaire, qui ne représente que 10% du PIB, soit environ 4.300 milliards de dinars la LF 2026 prévoit pour plus de justice sociale élargir l’assiette fiscale ce par l’inclusion du marché parallèle mais le grand problème qui se pose à l’Algérie comment intégrer la masse minutaire hoirs banques ?. Pour 2025, la masse monétaire en circulation hors banques (monnaie fiduciaire) en Algérie dépasse 9 654 milliards de dinars (environ 62,68 milliards de dollars), selon les données de la Banque d’Algérie , , ce volume de cash représentant une part importante de la masse monétaire globale,, montrant qu’il reste un long parcours pour bancariser cet argent, la numérisation n’étant qu’un moyen , la solution redonner confiance sans laquelle aucune mesure et aucun développement fiable ne peut se concrétiser . Aussi se pose cette question de l’efficacité de la mesure introduites dans le PLF 2026 où pour lutter contre l’informel où il est prévu une amnistie fiscale à 10% et des garanties de non-poursuites judiciaires contre les personnes qui accepteraient de déposer leur argent dans les banques, procédure permettant la déclaration des montants cachés contre le paiement d’un impôt raisonnable et la garantie de ne pas être poursuivi, disposition valable une année, jusqu’au 31 décembre 2026.
3.-le rapport du FMI de juin 2026 : de vives tensions budgétaires sans réformes structurelles 2026/2030
Le déficit budgétaire a plus que triplé entre 2021 et 2025/2026 et le risque, si on attire pas les investissements directs étrangers à valeur ajoutée et non de simples fournisseurs marchands en cas de baisse des recettes d’hydrocarbures, serait de recourir à la planche à billets qui aurait un effet inflationniste dévastateur remettant en cause la nécessaire cohésion sociale. Face à un monde turbulent et instable et à des besoins sociaux internes croissants, l’Algérie étant fortement connectée à l’économie mondiale -importation/exportation, le taux de croissance via la dépense publique, le taux d’emploi, les réserves de change, le corps social étant irrigué essentiellement par la rente des hydrocarbures, une Nation ne pouvant distribuer plus que ce qu’elle produit, afin d’éviter de vives tensions sociales à terme, il y a urgence de gérer efficacement les finances publiques pour assurer la stabilité et le développement économique à moyen et long terme. Il est utile de rappeler que lors de sa mission de consultations conclue le 30 juin 2026, le FMI a salué certes la sortie de l’Algérie de la liste grise du GA , tablant sur une croissance du PIB de 3,8 % et un PIB nominal d’environ 317 milliards de dollars pour 2026 notant que directement et indirectement le PIB est largement irrigué par la rente des hydrocarbures. Le FMI recommande de résorber l’excès de liquidité bancaire et d’ajuster les taux pour contenir ces pression et un ajustement à travers l’élargissement de l’assiette fiscale, la numérisation pour intégrer le secteur informel et le ciblage des subventions aux ménages vulnérables, de profondes réformes structurelles afin d’alléger les procédures administratives, de stimuler la concurrence et d’améliorer le climat des affaires par l’encouragement du secteur privé productif pour stimuler la croissance hors hydrocarbures. En Algérie, le taux d’intégration tant des entreprises tant publiques que privées algériennes entre 2023/2025 ne dépasse pas 15%. Il s’agit d’éviter le mythe du bureaucrate qui pense que faire de nouvelles lois et reposer son action sur l’administration, sans intermédiations politiques et sociales collant avec la réalité sociologique du pays, résout tous les problèmes, et de s’éloigner du mythe monétaire de l’équilibre de la balance commerciale afin de préserver les réserves de change . C’est une vision statique, et non dynamique, où on assiste à des pénuries et hausse de prix pour les produits non subventionnés allant entre 2023 à 2026 jusqu’à 200/300% comme les pièces détachées tout secteur confondu, du fait de la gestion administrative et des restrictions d’importations , qui paralysent le tissu économique, faute de la faiblesse de la production nationale (15% taux d’intégration secteur public et secteur privé)
A.M






