Lors d’une conférence de presse animée, hier, le procureur général près la cour de Boumerdès a dévoilé les premiers résultats de l’enquête judiciaire relative au tragique accident de bus survenu le 31 juillet dernier.
Ce drame d’une rare violence a coûté la vie à 28 personnes et causé de nombreuses blessures. Selon le bilan actualisé fourni par le magistrat, 19 blessés ont pu quitter les structures hospitalières après avoir reçu les soins nécessaires, tandis que 17 autres demeurent toujours sous prise en charge médicale. L’instruction préliminaire a permis de faire la lumière sur l’emploi du temps particulièrement chargé du conducteur dans les heures précédant la tragédie. Selon le procureur général, le chauffeur s’était rendu la veille à Jijel dans le cadre d’un voyage touristique, avant de regagner la ville d’El Eulma peu avant minuit, ne bénéficiant ainsi que de très peu de repos avant de reprendre le volant à destination de la wilaya de Boumerdès, tôt le matin vers 05h00. L’enquête s’est également penchée sur le statut juridique et l’exploitation commerciale du véhicule. Le propriétaire de l’autocar, le nommé Abderrezak Youssefi, utilisait habituellement le véhicule dans le cadre du transport universitaire sous contrat durant l’année académique. Pendant la saison estivale, la gestion de l’autocar était cédée, via une convention de vente temporaire, à l’agence de voyage « Barbar Tours » pour l’organisation de séjours touristiques.Revenant sur les circonstances exactes de l’accident, le représentant du ministère public a précisé que le drame s’est produit sur la voie de contournement d’El Karma à Boumerdès, qui présente une déclivité marquée par une pente de 7 %. L’infrastructure, mise en service en août 2025, ne présentait aucune anomalie apparente au moment des faits, aucune fissure, ni présence d’huile ou de sable n’a été constatée sur la chaussée. Les équipements de sécurité, notamment les glissières de protection ainsi que la signalisation d’avertissement relative à la descente, étaient parfaitement en place, et les conditions météorologiques étaient particulièrement favorables. Les expertises techniques réalisées sur le véhicule apportent des éléments majeurs à l’enquête. L’inspection approfondie des six pneumatiques n’a révélé aucun défaut d’usure ou anomalie technique susceptible de compromettre la tenue de route ou la dynamique de l’autocar. Toujours, s’agissant de l’aspect technique, le représentant du ministère publica ajouté que l’examen du système de freinage de service et de secours n’a enregistré aucune défaillance antérieure à l’accident. De même, le contrôle du système de direction n’a révélé aucun défaut préalable. Quant à l’examen du système d’aide au freinage moteur par ralentisseur électromagnétique, il a fait ressortir la présence de pannes majeures antérieures à l’accident, son efficacité ne dépassant pas 50 %.En outre, le Procureur de la République a révélé que le chauffeur conduisait l’autobus sous l’emprise de diverses substances psychotropes. L’expertise de son téléphone portable a également mis en évidence un enregistrement vocal d’un appel de 4 minutes, datant de la nuit du 30 juillet à 21h00, contenant les propos : « Il faut y aller doucement avec les freins jusqu’à ce qu’on la répare samedi ».D’autres enregistrements d’une conversation datés du même jour ont aussi été retrouvés, comprenant les phrases : « J’ai besoin de comprimés de « saroukh » (Ecstasy/Prégabaline)… Combien t’en faut-il ? … Il m’en faut 4 … À combien il te les a faits ? … 220 DA ».
Mohamed B.






