Par Abderrahmane MEBTOUL, Professeur des universités, expert international
Pour situer les dernières déclarations du Minière du commerce extérieur concernant le PPI et les anomalies pour certains dossiers, il faut dresser la cartographie des entreprises économiques de l’Algérie. Selon les données du registre du commerce, entre 2024/2025, nous avons 2.419 913 opérateurs économiques inscrits dont 2 145 557 commerçants (soit 89 % du total), les personnes morales (entreprises) : représentant 274 356 structures (soit 11 % du total), les entreprises de production 374 748 unités.
Le nombre global de PME est estimé à plus de 1,48 million d’unités actives (dont une majorité écrasante de très petites entreprises sous forme de petites SARL ou TPE à gestion souvent familiale .Pour preuve le nombre d’emplois entre 1 et 9 personnes a été évalué à 99,36%, entre 1O/49 emplois à 0,55% et 25O emplois et plus O, O9%. Pour les PME, il faut compter environ 32 PME pour 1 000 habitants. Le secteur des PME est dominant avec près de 70%, suivi du secteur du BTPH avec 11%, le secteur de l’industrie étant en 3ème position avec 9% et le secteur de l’agriculture avec 1O%. Concernant les sociétés par actions SPA signe de développement, elles sont minoritaires , quelques centaines où nous avons des SPA cotées en Bourse (SGBV / COSOB dont : Biopharm SPA (Industrie pharmaceutique) -Alliance Assurances (Assurance) -EGH El Aurassi (Hôtellerie et tourisme) -Saidal (Groupe pharmaceutique public) -CPA (Crédit Populaire d’Algérie) (Banque) -BDL (Banque de Développement Local) (Banque) -AOM Invest SPA (Investissement et gestion d’actifs hôteliers/touristiques) -Ayrade SPA (Technologies de l’information, hébergement web et solutions Cloud) -Moustachir SPA (Conseil et ingénierie financière) CRAPC Expertise SPA (Expertise et ingénierie). Les autres exemples notables de SPA non cotés en bourse sont : Sonatrach (Le plus grand groupe pétrolier d’Afrique, fonctionnant sous un statut par actions spécifique), Sonelgaz, l’électricité ayant le monopole sur et la distribution de gaz -Mobilis (ATM – Algérie Télécom Mobile SPA) -Djezzy (Optimum Telecom Algérie SPA) -Ooredoo (Wataneya Telecom Algérie SPA) -Madar Holding SPA (Anciennement SNTA, agroalimentaire, emballage, investissements) -Fiat El Djazaïr SPA (Production et distribution automobile) -Ardis SPA (Grande distribution et hypermarchés -Cevital SPA (Agroalimentaire et industrie) -Sonelgaz et ses filiales (Énergie) -Air Algérie (Transport aérien) et laquasi-totalité des institutions financières en Algérie adoptent le statut de SPA : BEA (Banque Extérieure d’Algérie) -BNA (Banque Nationale d’Algérie) -BADR (Banque de l’Agriculture et du Développement Rural) -CNEP-Banque (Caisse Nationale d’Épargne et de Prévoyance) -SAA (Société Algérienne d’Assurances) CAAR (Compagnie Algérienne d’Assurance et de Réassurance).
Qu’en est-il généralement d’un Plan Pluriannuel d’Investissement (PPI) ?
C’est est un outil un outil de pilotage budgétaire, d’analyse financière prospective consistant à tester la faisabilité des projets et à définir les priorités grâce à un plan d’investissements sur 5 ans minimum, couplé à un programme de financement. le PPI prévoyant plusieurs simulations basses, moyennes et hautes. Le PPI doit être mis à jour tous les ans et prendre en compte les modifications et réalisations au cours de l’exercice et ce afin d’optimiser les dépenses et les prioriser correctement. Plus exactement le PPI instauré par le ministère du commerce extérieur est régi par le Décret exécutif n° 15-306 qui fixe les règles générales d’attribution des licences automatiques et non automatiques avec comme exigence pour les opérateurs d’avoir un Registre du commerce, une facture proforma, un extrait de rôle et des mises à jour fiscales/sociales (CNAS/CASNOS où les demandes se font via les Directions du Commerce de Wilaya ou les plateformes dédiées pour encadrer le commerce extérieur. L’objectif vise à instaurer un triple contrôle numérique et bancaire et avant toute domiciliation auprès d’une banque, l’opérateur doit obtenir le visa de son PPI. Il existe quelques différences entre les licences d’importation utilisées massivement par le passé et le Programme Prévisionnel d’Importation (PPI) (introduit en juillet 2025) : les licences fonctionnaient comme un rationnement quantitatif direct par produit, tandis que le PPI est un outil de planification globale basé sur les besoins réels et la traçabilité des entreprises. Dans l’ancien système dans le contingentement l’Etat fixe les quotas globaux ou des interdictions strictes produit ou secteur et dans le nouveau système l’opérateur soumet sa propre estimation de besoins semestrielle ou annuelle selon son activité. Concernant la mode de l’octroi , dans l’ancien système il y a attribution des quotas d’importation comme méthode centralisée ; dans le nouveau système il y a validation d’un calendrier via de plateformes toujours centralisées après des audits des capacités réelles de l’opérateur. Concernant le contrôle ; pour l’ancien système , une règle simple bloquer ou limiter l’accès de certaines marchandises dans le nouveau système vérifier si la taille de l’entreprise , le nombre de salariés et l’outil de production est conforme à la demande et enfin concernant le champs d’application, pour l’ancien système , il était appliqué aux marchandises courantes et à la revente à l’état et pour le nouveau système aux matières premières , aux équipements et aux services .
Les outils d’intelligence artificielle utilisés récemment par le Ministère du commerce s’assurent que les volumes financiers demandés correspondent strictement aux besoins tant du demandeur à travers son compte d’exploitation que de l’économie nationale. Lors du traitement des Programmes Prévisionnels d’Importation (PPI) pour le second semestre de l’année 2026 (soit une période de 6 mois), la plateforme numérique du ministère a enregistré 1 013 dossiers suspects qui s’inscrivent dans une enquête plus large visant près de 4 000 micro-entreprises.
Les anomalies constatées sont premièrement le non corrélation entre les effectifs employés et le montant des importations demandés
Répartition par effectif :
149 opérateurs (0 salarié) : ~484 millions de dollars.
949 entreprises (1 salarié) : ~21,8 milliards de dollars.
851 opérateurs (2 salariés) : ~88,7 milliards de dollars.
722 entreprises (3 salariés) : ~15,5 milliards de dollars.
641 opérateurs (4 salariés) : ~1,7 milliard de dollars.
649 entreprises (5 salariés) : ~13,8 milliards de dollars.
Deuxièmement, il a été détecté de nombreuses anomalies dans le formulaire, 278 opérateurs ont téléversé la même déclaration de salariés de la CNAS ; 277 opérateurs ont partagé la même attestation de la CASNOS. 240 opérateurs ont utilisé le même extrait de rôle fiscal. 60 opérateurs ont fourni un bilan comptable strictement identique. 56 opérateurs se sont enregistrés avec le même Numéro d’Identification Fiscale (NIF). 38 opérateurs ont présenté la même liste de biens éligibles aux avantages de l’AAPI (Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement). 25 opérateurs ont partagé le même certificat d’enregistrement auprès de l’AAPI. 25 opérateurs ont joint le même relevé d’identité bancaire (RIB) et 14 opérateurs ont fourni le même document relatif au programme complémentaire de l’entreprise.
Donc le montant en devises des demandes cumulées est de 130,32 milliards de dollars formulé par seulement 4000 petites entreprises ou micro-entreprises soit près de 260 milliards de dollars pour une année presque l’équivalent du PIB ce qui pose problème puisque la facture globale annuelle des importations réelles de toute l’Algérie n’a jamais dépassé les 70 milliards de dollars et donc qu’un petit groupe de micro-entreprises demande le double de ce budget pour seulement six mois est irréaliste.
A ce titre il est intéressant à titre de comparaison d’analyser le ratio importations totales sur le PIB de certains pays où le taux des importations de biens et de services en Algérie s’établit à environ 22,1 % du PIB pour l’année 2025 selon les données de la BM.
En 2025, le taux des importations totales de biens et de services par rapport au PIB mondial s’élève à 28,5 %, d’après les dernières données de la Banque mondiale. Le taux des importations totales sur le PIB en Afrique s’établit historiquement à une moyenne continentale d’environ 26 % à 28 %. Cependant, pour l’année 2025, cette dynamique se traduit par des volumes globaux précis : le PIB global de l’Afrique a atteint environ 3 120 milliards de dollars tandis que le commerce des marchandises importées est estimé à près de 800 milliards de dollars, ce qui donne un ratio d’importations de biens d’environ 25,6 % du PIB à l’échelle du continent. En 2025, le taux des importations totales de biens et services en pourcentage du PIB de l’Afrique du Sud s’élève à environ 29,5 %. Le taux d’importations totales sur le PIB du Brésil s’est établi à environ 17,47 % en 2025. En 2025, le taux des importations totales par rapport au PIB du Nigeria s’élevait à environ 18,7 %. En 2025, le taux des importations totales (biens et services) par rapport au PIB de l’Allemagne s’élève à environ 38,1 % (ou 38,08 % selon les dernières données de la Banque mondiale et d’Eurostat. En 2025/2026, le taux des importations totales par rapport au PIB de l’Inde s’élève approximativement à 19,6 %. En 2025, le taux des importations totales de biens et services en Espagne s’élève à 32,80 % du PIB, selon les données d’Eurosta. En 2025, le taux des importations de marchandises par rapport au PIB en Italie était d’environ 26,24 % (soit environ 592,4 milliards d’euros d’importations de marchandises). En 2025, le taux des importations totales de biens et services par rapport au PIB en Tunisie s’élève à 54,79 %. Les importations de biens et services du Maroc représentent environ 51 % du PIB selon les données de la World Bank Wit EN 2024. En 2025, le taux des importations totales de marchandises par rapport au PIB du Maroc s’est établi à environ 64,5 %. Le taux des importations totales par rapport au PIB des États-Unis se situe généralement entre 11 % et 15 % selon les années, s’établissant à environ 11,4 % pour l’année 2025. Le taux des importations totales de biens et de services en pourcentage du PIB de la Chine s’élève à 16,9 % pour l’année 2025 selon les données de la BM. En France, le taux des importations totales de biens et services par rapport au PIB s’élève à 33,8 % (chiffre de référence environ 14 % à 15 % de son PIB, tandis que le total des échanges extérieurs (importations et exportations confondues avec le reste du monde) atteint environ 30 % du PIB de l’UE. En 2025, les importations totales de la Russie se sont élevées à environ 399,8 milliards de dollars, représentant près de 15 % à 16 % du Produit Intérieur Brut (PIB). En Arabie saoudite, le taux des importations totales de biens et services représente environ 24 % du produit intérieur brut (PIB). Le taux des importations de biens et services en Égypte s’élève à environ 31,5 % du PIB pour l’année 2025, selon les estimations de la Banque Mondiale.
Qu’en est-il des contraintes du PPI et les risques de trafics d’influence ?
L’instauration des Programmes Prévisionnels d’Importation (PPI) par le ministère du Commerce extérieur (notamment en Algérie) qui a un objectif noble visant à réguler les flux de devises et à encourager la production locale. Cependant, ce dispositif génère d’importantes incidences négatives sur l’approvisionnement national en raison de lourdeurs bureaucratiques et de blocages opérationnels car le taux d’intégration tant des entreprises publiques que privées en 2025 ne dépasse pas 15%, la majorité du corps économique étant irrigué directement ou indirectement par la rente des hydrocarbures qui avec les dérivées représente environ 97/98% des entrées en devises de l’Algérie. Comme se pose la cohérence gouvernementale, ce dispositif ne devant pas relever d’un seul ministère mais s’insérer dans le cadre plus global d’une planification stratégique. Comme ces anomalies ne datent pas d’ aujourd’hui puisque en tant que haut magistrat premier conseiller et directeur générale des études économiques à la Cour des comptes entre 1980/1983 ,ayant été chargé du programme anti pénuries par la présidence de l’époque, nous avons constaté les mêmes anomalies et préconisé un tableau de la valeur afin de préserver les réserves de change et de lutter contre les surfacturations. Etant un processus transitoire , l’on devra être conscient de sept (7) facteurs négatifs, à savoir, des effets de monopole car l’obtention exclusive d’une licence pour certains produits crée des rentes de situation et élimine la concurrence, la gestion des contingents non automatiques peut nourrir des réseaux de corruption, bien la loi algérienne qualifie l’abus de position ou l’intervention auprès d’un fonctionnaire pour l’obtention indue d’avantages (tels qu’une licence) de trafic d’influence passible de lourdes peines de prison. Le PPI impose de planifier strictement les importations à l’avance. Or, les entreprises ne peuvent pas anticiper les besoins urgents, comme l’achat d’une pièce détachée en cas de panne technique. Cela peut paralyser des outils de production locaux transformant un manque d’intrants en pénurie de produits de large consommation sur le marché. Et même lorsque les entreprises déclarent la totalité de leurs besoins théoriques dans leur PPI, les autorités n’accordent souvent de réponses favorables que pour une fraction de ces demandes, limitant l’accès aux matières premières essentielles. La nécessité d’obtenir la validation du PPI avant toute domiciliation bancaire complexifie les processus. Les processus d’achat deviennent longs et incertains, empêchant les entreprises de saisir des opportunités commerciales à l’international. Les secteurs manipulant des intrants à durée de vie courte, dangereux ou sous forte tension mondiale ne peuvent plus s’engager à long terme avec des fournisseurs étrangers en raison des délais d’attente des autorisations. Les retards de validation génèrent des frais de stockage et de manutention supplémentaires et face à l’imprévisibilité du dispositif réglementaire national, les fournisseurs étrangers tendent à majorer leurs tarifs unitaires pour compenser le risque et ces coûts additionnels sont répercutés sur le prix final payé par le consommateur. Le système faute de moyens humains et surtout de compétences fait face à des dérives massives qui retardent le traitement des dossiers.
En conclusion , l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui regroupe 166 États ou territoires douaniers autonomes (depuis l’accession du Timor-Leste et des Comores) pour ne citer que les grands pays comme les USA, la Chine, la Russie ,le Brésil, l’Inde, la Turquie , la majorité des pays européens représentant environ 98 % des échanges de marchandises et de services à l’échelle globale, le montant total du commerce mondial en 2025 ayant atteint un record de 35 000 milliards de dollars intègre explicitement la pratique des licences d’importations mais de manière temporaire dans ses règles à travers l’Accord sur les procédures de licences d’importation, ce recours aux licences se divisant en deux grandes catégories administratives : les licences automatiques qui sont utilisées par la majorité des pays à des fins purement statistiques ou de suivi douanier, accordées systématiquement à l’importateur et les licences non-automatiques servant à appliquer des restrictions directes. Mais l’OMC prévoit un encadrement international réglementé afin d’éviter des barrières protectionnistes déguisées, les pays membres de l’OMC ayant l’obligation légale de notifier leurs procédures sur la Plate-forme afin de garantir la transparence internationale Pour le cas Algérie, il s’agira d’éviter les contraintes bureaucratiques, et les délits d’initiés par une totale transparence.
A. M.






