La pression qui pèse sur le marché automobile algérien pourrait connaître une nette accalmie dans les prochains mois. Selon des indicateurs récents, une trajectoire baissière se dessine sur les tarifs des véhicules, portée conjointement par la chute des prix sur le marché intérieur chinois et le repli des coûts du fret maritime international. Ces facteurs ont alimenté les prévisions des spécialistes et des observateurs du secteur, qui anticipent l’arrivée de modèles d’entrée de gamme autour du seuil symbolique des 100 millions de centimes.
Invité à décrypter ces perspectives, l’expert et consultant international en développement économique, Abderrahmane Hadef, invite toutefois à ne pas réduire ce phénomène à la seule baisse des frais de transport. S’exprimant dans les colonnes du quotidien « El Khabar », il rappelle que le coût de l’acheminement maritime ne représente plus qu’une fraction marginale (souvent inférieure à 10 %) du prix final d’un véhicule.
Pour l’analyste, la véritable clé d’explication réside dans la stratégie commerciale offensive déployée par Pékin. Confronter à une compétition acharnée sur la scène internationale notamment avec les États-Unis, l’industrie chinoise a accéléré sa projection à l’exportation afin de verrouiller ses parts de marché mondiales. « En l’espace de quelques années, la Chine est passée du statut de pays importateur dépendant des transferts de technologie à celui de géant mondial de l’automobile, capable de rivaliser avec les constructeurs historiques tout en affichant des coûts de production inégalés », a-t-il indiqué.
Dans ce sens, Hadef souligne que « cette démarche s’inscrit dans une logique d’implantation durable à long terme, et non dans une simple opération conjoncturelle. » Dans ce schéma, l’Algérie fait figure de cible prioritaire. Avec un besoin structurel estimé entre 150 000 et 400 000 véhicules par an, le marché national offre un volume d’absorption considérable qui suscite la convoitise des marques chinoises. Pour les opérateurs de l’Empire du Milieu, l’enjeu dépasse le simple écoulement de stocks, il s’agit de bâtir un hub stratégique. Grâce à sa position géographique centrale, l’Algérie est perçue comme la porte d’entrée naturelle pour conquérir le marché continental africain. Concernant la mesure autorisant l’importation des véhicules d’occasion de moins de trois ans, le consultant estime qu’elle joue un rôle de soupape de sécurité pour répondre à la demande immédiate face au déficit d’offre. Cependant, il met en garde contre l’impact de ce dispositif sur les équilibres macroéconomiques, appelant à un suivi rigoureux pour éviter d’alourdir inutilement la facture des importations et de fragiliser la balance commerciale à moyen terme.
Maria T.






