Au delà de tout code d’investissement, loin du juridisme et d’une démarche administrative, face aux bouleversements mondiaux: L’Algérie a surtout besoin d’une planification stratégique

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Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL

En levant certains verrous, comme la loi 49/51, controversée depuis sa création en 2009, le nouveau code des investissements algérien suscite bien des espoirs pour la relance économique. Mais, pour qu’il soit vraiment efficace, c’est tout l’écosystème éco-social du pays qu’il faudrait revoir.

L’Algérie a un nouveau code d’investissement , après tant d’autres qui n’ont eu peu d’impact sur la production et exportation hors hydrocarbures, ayant peu attiré les investisseurs étrangers, excepté dans le segment des hydrocarbures.  Car l’attrait de l’investissement à forte valeur ajoutée ne saurait résulter de lois mais d’une réelle volonté politique allant vers de profondes réformes, une stabilité du cadre juridique et monétaire permettant la visibilité, et les pays qui attirent le plus les IDE n’ont pas de codes d’investissement.  Mon expérience et mes contacts internationaux aux plus hauts niveaux montrent : que le temps est terminé, des relations personnalisées entre chefs d’État ou de ministres à ministres dans les relations internationales où dominent désormais les réseaux décentralisés ; que dans la pratique des affaires n’existent pas de sentiments mais uniquement des intérêts, et que tout investisseur est attiré par le profit, qu’il soit américain, chinois, russe, turc ou européen.   Il appartient ainsi à l’État régulateur, dont le rôle stratégique en économie de marché s’apparente à celui d’un chef d’orchestre, de concilier les coûts privés et les coûts sociaux. C’est par la méconnaissance des nouvelles règles qui régissent le commerce international que s’expliquent les nombreux litiges internationaux, avec des pertes se chiffrant en dizaines de millions de dollars.  L’économie algérienne a connu différentes formes d’organisation des entreprises publiques. Avant 1965, la forme d’autogestion était privilégiée ; de 1965 à 1980, nous avons eu de grandes sociétés nationales et de 1980 à 1988, il y a eu leur restructuration. Comme conséquence de la crise de 1986 qui vit le cours du pétrole s’effondrer, des réformes timides sont entamées en 1988 : l’État crée 8 fonds de participation, chargés de gérer les portefeuilles de l’Etat.  En 1996, l’État crée 11 holdings en plus des 5 régionaux, avec un Conseil national des privatisations ; en 2000, nous assistons à leur fusion en 5 méga holdings et la suppression du Conseil national des privatisations ; en 2001, nouvelle organisation : on crée 28 Sociétés de gestion des participations de l’État (SGP), en plus des grandes entreprises considérées comme stratégiques ; en 2004, ces SGP sont regroupées en 11 et 4 régionaux.   En 2007, une nouvelle organisation est à nouveau proposée par le ministère de l’Industrie et de la Promotion des investissements, articulée autour de quatre grands segments : des sociétés de développement économique qui relèvent de la gestion exclusive de l’État gestionnaire ; des sociétés de promotion et de développement en favorisant le partenariat avec le secteur privé international et national ; des sociétés de participation de l’État appelées à être privatisées à terme et, enfin, une société chargée de la liquidation des entreprises structurellement déficitaires. Cependant, en 2008, cette proposition d’organisation est abandonnée et est émise en 2009 l’idée de groupes industriels. Aujourd’hui, depuis 2018-2026, on semble revenir aux tutelles ministérielles laissant peu d’autonomie aux entreprises. Avec  la dominance de la démarche administrative et bureaucratique au détriment de la démarche opérationnelle économique, ces changements périodiques d’organisation démobilisent les cadres du secteur économique public, et même les investisseurs locaux et étrangers.   On assiste à un gaspillage des ressources financières ainsi qu’à un renforcement de la dynamique rentière, et cela bloque tout transfert de technologique et managérial. Ainsi l’Algérie a-t-elle les meilleures lois du monde, mais rarement appliquées.

La règle des 49/51 % instaurée en 2009, dont j’avais demandé l’abrogation et que le gouvernement algérien  a décidé d’assouplir, n’a pas permis de freiner les importations, ni de réaliser le transfert technologique et managérial..   Un bilan serein s’impose avec une réponse précise : dans quels secteurs les quelques participations ont-elles eu lieu et ont-elles permis l’accroissement de la valeur ajoutée, sachant que la croissance de par le monde repose sur l’entreprise initiée aux nouvelles technologies, se fondant sur l’économie de la connaissance à travers des réseaux décentralisés.   Quel est le gain en devises, ou alors quel est le montant des surcoûts supportés par l’Algérie ? Car l’évolution des relations économiques internationales montre que ce qui était stratégique hier peut ne pas l’être aujourd’hui, ni demain – exemple les télécommunications.   Pour les segments non stratégiques mais à valeur ajoutée importante, il serait souhaitable d’appliquer la minorité de blocage de 30 % afin d’éviter les délocalisations sauvages. Et si demain les réserves s’épuisent, il ne faut pas être un grand économiste pour prédire que ces étrangers qui ont accepté la règle des 49/51% nous abandonneront à notre propre sort avec le risque de faillites, notamment des unités à grandes capacités, l’Algérie ne maîtrisant pas les circuits de commercialisation mondiaux.   L’observation des grands espaces mondiaux montrent clairement que seules quelques grandes firmes contrôlent les circuits du commerce mondial, et il est impossible  aux opérateurs algériens de pénétrer le marché sans un partenariat gagnant/gagnant. L’essentiel, ce ne sont donc pas les lois, mais de s’attaquer au fonctionnement du système afin de déterminer les blocages qui freinent l’épanouissement des entreprises créatrices de richesses, qu’elles soient publiques, privées locales ou internationales.   L’investissement hors hydrocarbures en Algérie, porteur de croissance et créateur d’emplois, est victime de nombreux freins dont les principaux restent l’omniprésence de la bureaucratie et la corruption qui freinent la mise en œuvre d’affaires, ainsi que l’extension de la sphère informelle qui contrôle plus de 40% de la masse monétaire en circulation. Le terrorisme bureaucratique représente à lui seul plus de 50 % des freins à l’investissement, son élimination implique « l’amélioration de la gouvernance et une plus grande visibilité et cohérence dans la démarche de la politique socio-économique. -La réforme du système financier, cœur des réformes, est essentiel pour attirer l’investisseur afin de sortir de la léthargie et de la marginalisation le secteur privé, puisque les banques publiques, qui continuent à accaparer 90 % des crédits octroyés, ont carrément été saignées par les entreprises publiques du fait d’un assainissement qui, selon les données récentes (2021), a coûté au trésor public du premier ministère ces trente dernières années environ 250 milliards de dollars, sans compter les réévaluations répétées durant les dix dernières années de plus de 65 milliards de dollars, et toujours dans cette trajectoire entre 2020/2025  entraînant des recapitalisations répétées des banques malades de leurs clients.  Enfin comme frein à l’investissement hors hydrocarbures, l’absence d’un marché foncier où la majorité des wilayas livrent des terrains à des prix exorbitants, souvent sans utilités (routes, téléphone, électricité/gaz, assainissements etc.) et l’inadaptation du marché du travail à la demande, renvoyant à la réforme du système socio-éducatif et de la formation professionnelle, usines à fabriquer de futurs chômeurs.   Dans un tel contexte, prenons garde aux utopies ! L’annonce de 10 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures pour 2030 doit tenir compte non seulement de la valeur – car certaines produits, comme les engrais et autres ont vu leurs prix augmenter au niveau du marché international de 30 % à 50% – mais aussi en volume : pour établir une réelle en comparaison, le Ministère du commerce devra donc déclarer aussi les volumes (en kg ou en tonnes) des produits. C’est la seule référence pour voir s’il y a eu réellement augmentation des exportations et performances des entreprises algériennes, et pour la balance nette pour l’Algérie soustraire les matières premières importées en devises et des exonérations fiscales.  Comment ne pas rappeler que l’Algérie a engrangé centaines  des milliards de dollars en devises entre 2000 et 2025, avec une importation de biens et services, toujours en devises, pour un taux de croissance dérisoire de 2-3 % en moyenne, alors qu’il aurait dû se situer entre 9-10 %…   Malgré une dévaluation, du dinar entre 1970/2025( 5 dinars un dollar en 1970 à 155   dinars un dollar le 11 mai 2026  marché officiel et un écart de plus de 70% sur le amarré parallèle )  le blocage étant d’ordre systémique, contrairement à l’illusion monétaire, cela n’a pas permis de dynamiser les exportations, dont 97-98 % des recettes en devises proviennent toujours de Sonatrach.  Ce dérapage du dinar permet d’atténuer le montant de ce déficit budgétaire. L’Algérie, selon le FMI, fonctionnant entre le budget de fonctionnement et d’équipement, a plus de 140 dollars malgré toutes les restrictions qui ont paralysé l’appareil de production avec des impacts inflationnistes,.  Cette faiblesse du taux de croissance se répercute sur le taux de chômage   et pour éviter des remous sociaux, tous les gouvernements ont généralisé les subventions, source de gaspillage croissant des ressources financières du pays.   Les subventions implicites, constituées notamment de subventions aux produits énergétiques et des subventions de nature fiscale, représentent environ 80 % du total des subventions et que les subventions explicites représentent un cinquième du total des subventions, étant dominées par le soutien aux prix des produits alimentaires et aux logements.   C’est là un dossier très complexe que le gouvernement a décidé de revoir. Mais sans maîtrise du système d’information et la quantification de la sphère informelle, produit de la bureaucratie et favorisant les délits d’initiés – dont l’extension d’ailleurs décourage tout investisseur – et qui permet la consolidation de revenus non déclarés, en temps réel, la réforme risque d’avoir des effets pervers.

En résumé, si l’on veut que toute  ait un impact réel, il y a urgence d’une réorientation de toute la politique socio-économique  avec le retour à la confiance, sans laquelle aucun développement n’est possible, passe par une vision stratégique clairement définie , devant synchroniser la sphère réelle et la sphère financière, la dynamique économique et la dynamique sociale. L’on devra éviter l’illusion des années 1970-1990 de l’ère mécanique, étant à l’ère de l’immatérialité où les firmes éclatent en réseaux à travers un monde turbulent et instable comme une toile d’araignée.  . Ce sont autant de facteurs déterminants. Par exemple, faute de réforme adéquate, l’instabilité du taux de change et dérapage officiel accéléré du dinar freine l’attrait de l‘investissement à moyen et long terme ; le manque de visibilité risque d’amplifier les actions spéculatives, tant dans la sphère réelle (stockage de produits durables) que par l’achat de devises. Évitons cependant tant l’autosatisfaction que la sinistrose. Bien que la situation sera de plus en plus difficile sur le plan économique, l’Algérie a les moyens de la surmonter avec du réalisme, par un langage  de vérité évitant les discours démagogiques populiste.  Le dépassement de l’entropie actuelle, avec les  nouvelles reconfigurations géostratégiques qui se dessinent  se dessinent, pose la problématique de la sécurité nationale.

A.M

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