Les Émirats arabes unis traverseraient une crise économique et diplomatique sans précédent, marquée par une chute brutale de la fréquentation hôtelière, un ralentissement du marché de l’emploi et de l’immobilier ainsi que par un durcissement des contrôles imposés aux transferts financiers par certains pays de la région. Cette situation intervient sur fond d’accusations récurrentes visant Abou Dhabi concernant son implication dans des actions de déstabilisation de plusieurs États.
Dans un article publié lundi, le média allemand Deutsche Welle (DW) est revenu sur les lourdes conséquences de la situation sécuritaire au Moyen-Orient sur l’économie émiratie, notamment sur les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie. Selon DW, le taux d’occupation des hôtels à Dubaï aurait enregistré une chute spectaculaire, passant de 80 % à environ 10 %. Cette baisse témoignerait des difficultés auxquelles est confronté l’un des principaux moteurs économiques de l’émirat. Face au recul de la fréquentation, certains établissements hôteliers auraient fermé leurs portes de manière anticipée, officiellement pour effectuer des « rénovations planifiées ».
D’autres complexes auraient lancé des offres de « séjours locaux » afin d’attirer les résidents des Émirats arabes unis et de compenser la diminution du nombre de visiteurs étrangers. Le média allemand décrit une situation particulièrement difficile pour les entreprises dépendant directement de l’activité touristique et des flux internationaux. Le ralentissement affecterait aussi bien les grands établissements que les travailleurs occupant des emplois précaires dans les différents services liés à l’hôtellerie.
Citant le New York Times, DW a également évoqué les difficultés rencontrées par de nombreux travailleurs étrangers à bas salaire en raison de la raréfaction des emplois dans les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie. Des journalistes présents à Dubaï auraient notamment rapporté avoir vu des personnes faire du porte-à-porte pour tenter de trouver un emploi. Cette situation illustrerait la dégradation du marché du travail et la vulnérabilité accrue d’une importante partie de la main-d’œuvre étrangère. À ces difficultés s’ajoutent les pressions inflationnistes, qui auraient entraîné une hausse des prix des matières premières et de nombreux produits importés. L’économie émiratie, fortement dépendante des importations, subirait directement les conséquences de cette augmentation des coûts.
Le marché immobilier, autre pilier de l’économie des Émirats arabes unis, connaîtrait également une baisse importante. Les prix des biens immobiliers auraient reculé, alimentant davantage les inquiétudes quant à la solidité du modèle économique du pays. L’auteur de l’article de DW estime qu’au regard des chiffres publiés et des mesures prises par les autorités émiraties, l’économie du pays semble traverser de sérieuses difficultés. Certaines de ces dispositions sont présentées comme le signe d’une situation nécessitant des réponses urgentes. Le quotidien belge Le Soir avait déjà évoqué, en juillet dernier, les difficultés du secteur dans un article intitulé « Le marché immobilier en difficulté à Dubaï ».
Selon le journal, les ventes de logements avaient chuté, au deuxième trimestre, de 31 % en volume et de 45 % en valeur par rapport à la même période de l’année précédente. Le recul aurait été particulièrement prononcé dans le segment de l’immobilier de luxe, longtemps considéré comme l’une des vitrines économiques de Dubaï. Au-delà des difficultés économiques, les Émirats arabes unis seraient également confrontés à une dégradation de leurs relations avec certains partenaires régionaux. L’agence Reuters a notamment fait état d’un renforcement, par l’Arabie saoudite, de la surveillance des transferts bancaires à destination des Émirats.
Dans un article consacré à cette question, Reuters a indiqué que Riyad avait soumis les transferts financiers vers les Émirats arabes unis à des niveaux supplémentaires de contrôle réglementaire, habituellement réservés aux pays considérés comme présentant un risque élevé de flux financiers illicites. L’agence de presse s’est appuyée sur les témoignages de trois personnes présentées comme ayant une connaissance directe du dossier. Ces mesures n’auraient toutefois pas été annoncées publiquement par les autorités saoudiennes.
Le renforcement de ces contrôles pourrait expliquer les difficultés rencontrées, au cours des derniers mois, par plusieurs entreprises souhaitant transférer des fonds depuis des comptes bancaires domiciliés en Arabie saoudite vers les Émirats arabes unis. Ces problèmes avaient été révélés une première fois en juillet par Bloomberg et le Financial Times. Certaines opérations auraient été retardées, bloquées ou retournées, compliquant les transactions des entreprises et des particuliers concernés.
Selon deux sources citées par Reuters, le dispositif mis en place placerait désormais les Émirats arabes unis parmi les pays considérés par l’Arabie saoudite comme présentant un « haut risque » en matière de criminalité financière. Le média Middle East Eye a abondé dans le même sens dans un article consacré au renforcement des règles encadrant les transferts financiers saoudiens vers les Émirats arabes unis. Selon ce média, cette décision apparaîtrait comme le dernier signe en date de la montée des tensions entre les deux pays du Golfe, dont les relations auraient connu une dégradation progressive. Plusieurs sources ont également indiqué au Financial Times que des paiements effectués par des banques saoudiennes vers des comptes domiciliés aux Émirats arabes unis et appartenant à des entreprises ou à des particuliers établis à Dubaï avaient été retournés ou bloqués depuis le mois de mai.
La conjugaison du recul de l’activité touristique, des difficultés du marché du travail, de la baisse de l’immobilier et du durcissement des contrôles financiers accentue ainsi la pression sur les Émirats arabes unis. Elle révèle également, selon les médias cités, un isolement diplomatique croissant sur fond de tensions régionales et d’accusations liées à la criminalité financière et à la déstabilisation de plusieurs États.
Synthese Soraya H/Ag






