Le texte sera soumis aujourd’hui au vote des députés: Une nouvelle loi pour professionnaliser le secteur de l’information

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Après un large débat au sein de la chambre basse du Parlement, le projet de loi organique relatif à l’Information sera soumis aujourd’hui au vote des députés qui auront à se prononcer sur le texte.

Lors de présentation, le ministre de la Communication, Mohamed Bouslimani, avait précisé que le projet de cette loi organique «s’inscrit dans le cadre de la concrétisation de l’un des 54 engagements du président de la République dans le volet relatif à l’information, visant à consacrer la liberté et le pluralisme de la presse, mais aussi garantir le respect des règles de professionnalisme et de l’éthique professionnelle, en faire un pilier de la pratique démocratique et la protéger de toutes formes de dérive». Dans ce cadre, le ministre a mis en avant l’importance que revêt le projet de loi, de par «le rôle essentiel des médias dans la formation et l’orientation de l’opinion publique, notamment dans le cadre des développements impressionnants des technologies de l’information et de la communication (TIC)».

La révision du cadre législatif relatif à l’information vise à «renforcer le choix démocratique, élargir le champ des libertés publiques et consacrer le principe du droit à l’Information, élément essentiel pour la transmission et la réception des différentes informations, idées et opinions dans le cadre du respect des constantes nationales». Ce texte tend, entre autres, à «répondre aux aspirations du citoyen à accéder à une information fiable et crédible, mais également à répondre au besoin des professionnels de l‘Information dans l’organisation de leur activité», considérant que le «relèvement par la scène médiatique nationale des défis du nouveau millénaire exige une réforme globale des méthodes de travail, à travers l’établissement de nouvelles règles juridiques qui assurent un équilibre entre la liberté et la responsabilité». Au volet presse écrite et électronique, le projet de loi prévoit «l’instauration du régime déclaratif qui repose sur l’application simplifiée pour la création de médias, au lieu du régime d’octroi d’agréments en vigueur». Le texte de loi prévoit également la création d’une autorité de régulation de la presse écrite et électronique, «une instance publique qui jouit d’une autonomie financière et qui s’acquitte des missions de régulation de l’activité de la presse écrite et électronique», poursuit le ministre. Quant au domaine de l’audiovisuel, M. Bouslimani a rappelé que le projet de loi prévoit «l’amendement des statuts de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), en lui octroyant un caractère spécifique, tout en élargissant ses missions pour englober la régulation et le contrôle des services de la communication audiovisuelle sur internet». Par ailleurs, il a indiqué que ce projet «a tenu compte de la garantie d’une pratique médiatique professionnelle assurant l’équilibre entre la liberté de la presse et la responsabilité professionnelle, à travers la mise en place de garanties qui consacrent le droit du journaliste à la liberté d’expression et à la recherche d’informations». Ces garanties, poursuit le ministre, «octroient au journaliste la protection juridique de ses œuvres et préservent son droit de ne pas diffuser toute information, article ou travail ayant fait l’objet de  modifications substantielles sans son consentement». Ce projet de loi, ajoute M. Bouslimani, «renforce le droit du journaliste d’accéder à l’Information et de protéger ses sources en reconnaissant son droit au secret professionnel et en faisant obligation aux organismes à l’effet de faciliter son accès à l’information», de même qu’il prévoit la promotion du travail journalistique à travers la définition des concepts d’activité journalistique et de journaliste professionnel, tout en assurant la formation.

Le ministre de la Communication a, en outre, précisé que le texte de loi prévoyait «la pénalisation de toute forme de violence ou d’intimidation lors de l’exercice par le journaliste de ses fonctions», et faisait «obligation au média de souscrire à une police d’assurance au profit de chaque journaliste dépêché dans des zones pouvant mettre sa vie en danger, et lui accorder le droit de refuser le travail en l’absence de celle-ci sans que son refus constitue un manquement à ses devoirs professionnels».

Concernant la lutte contre les pratiques irresponsables, le premier responsable du secteur a indiqué que le projet de loi organique proposait «la création d’un conseil supérieur d’éthique professionnelle, auquel sera confiée la responsabilité de la régulation, de l’intervention et de l’élaboration d’une charte permettant l’adoption d’une pratique journalistique responsable et la contribution à la promotion de l’autorégulation». Le projet de loi insiste dans sa teneur sur «l’exclusion des détenteurs de l’argent sale de tout investissement dans le domaine de la presse, en astreignant les médias à déclarer la source des financements pour la gestion des entreprises, justifier la possession d’un capital national et interdire le financement et l’apport financier direct ou indirect en provenance de parties étrangères». Le projet de loi évoque la question du droit de réponse et de rectification dans tous les médias, les modalités d’exercice de ce droit ayant été soumises à des lois en fonction de la nature de chaque activité avec la définition des parties habilitées à exercer ce droit. Concernant les infractions commises dans le cadre de l’activité d’information, le projet de loi prévoit des amendes allant de 100.000 DA à deux millions de dinars en sus de la fermeture définitive des locaux, en vertu d’une décision judiciaire et la confiscation des équipements selon la gravité de l’infraction».

Il prévoit, aussi, de «maintenir le caractère prescriptible des actions publiques et civiles relatives aux délits de presse écrite, électronique et audiovisuelle, après 6 mois de la date du délit, «incombant la responsabilité à la personne physique quant aux infractions commises dans le cadre de l’exercice de l’activité. A rappeler que le projet de loi comprend quatre axes à savoir, les statuts du journaliste, les conditions et modalités d’octroi de la carte de journaliste professionnel, les modalités d’accréditation du journaliste relevant d’un média de droit étranger, et la composition, organisation et fonctionnement du Haut conseil d’éthique professionnelle. Répondant aux questions des députés, M. Bouslimani a indiqué que son département «a œuvré en associant les professionnels de la presse des secteurs privé et public, pour parvenir à une loi durable qui consacre la rupture avec les anciennes pratiques et favorise l’émergence d’une presse professionnelle crédible au service du citoyen algérien». Le texte garantit «un libre exercice de l’activité médiatique dans le respect des cadres juridiques en conformité avec la Constitution», a-t-il assuré, affirmant que «ce projet prévoit, dans sa majorité, des dispositions protégeant tous les intervenants en la matière en établissant des règles assurant l’équilibre entre les droits, les libertés et les devoirs». S’agissant de l’aspect socio-professionnels, notamment la définition d’une grille de salaire pour les professionnels du secteur, objet de plusieurs intervention des députés, M. Bouslimani a affirmé que «la législation relative au travail a soumis la définition de la classification professionnelle, les horaires et leur répartition, ainsi que les salaires minimums et les indemnités relatives à l’ancienneté et aux heures supplémentaires outre les conditions du travail, aux conventions collectives élaborées dans le cadre de négociations entre l’employeur et l’instance représentant les travailleurs». Le projet de loi a veillé à la mise en place d’un statut pour le journaliste, étant un métier à caractère particulier, à travers lequel il sera procédé à la définition des droits et engagements du journaliste. Ce texte fait également la distinction entre «le journaliste et le journaliste professionnel en accordant la qualité de journaliste à toute personne exerçant l’activité de journaliste dans un organe de presse, tout en reconnaissant son droit à jouir de tous les droits accordés à cette catégorie à savoir: le contrat de travail, la propriété intellectuelle, la formation continue et le secret professionnel», alors que «l’acquisition de la qualité de journaliste professionnel demeure tributaire d’une série de conditions dont le niveau scientifique, l’expérience et le fait de faire du journalisme la seule source de ses revenus».En vue de garantir la stabilité et la durabilité des dispositions de la loi organique, le ministère a «soumis les conditions et les modalités d’octroi de la carte de journaliste professionnel à la réglementation qui fixera, notamment la durée de la formation, les spécialités, et les documents justifiant l’exercice de l’activité de journaliste, à l’instar des rapports, articles, enquêtes, programmes réalisés et l’attestation d’affiliation à la Sécurité sociale». Evoquant les peines prévues pour les infractions commises dans le cadre de l’exercice des activités de presse, le ministre a précisé que les peines sont limitées à des amendes sans peines privatives de liberté en vue de se conformer à la Constitution et renforcer les garanties d’exercice de la profession de journalisme étant donné que les peines prévues pour de tels crimes sont passibles de la prison en vertu du droit commun. Néanmoins, le journaliste, explique le ministre, «est tenu de respecter les lois de la République et redevable juridiquement en cas de délit de droit commun».

T. Benslimane