Par Abderrahmane Mebtoul, Professeur des universités – Expert international – Docteur d’Etat
1.- La bonne gouvernance
Selon les rapports des nations unies et de la banque mondiale la bonne gouvernance repose Elle repose sur cinq piliers fondamentaux :-l’État de droit : où les lois sont appliquées de manière juste, équitable et prévisible pour tous ; sur la transparence où les décisions, processus et informations sont accessibles à ceux qui en ont besoin ; la responsabilité (ou redevabilité) où les dirigeants doivent rendre compte de leurs actions et décisions aux citoyens ou aux actionnaires ; la participation où toutes les composantes de la société ont voix au chapitre dans la prise de décision. Et enfin l’efficacité et l’efficience où les institutions et les entreprises produisent des résultats qui répondent aux besoins de la société tout en optimisant l’usage des ressources. Elle est le fondement du développement devant s’insérer au sein d’une véritable stratégie nationale d’adaptation au phénomène total des nouveaux enjeux géostratégiques et des nouvelles mutations économiques mondiales nous orientant vers un monde multipolaire et un nouvel ordre mondial où toute Nation qui n’avance pas recule forcément, n’existant dans toute société de situation statique (voir valeur et croissance- ouvrage du professeur Abderrahmane Mebtoul -Office des Publications Universitaires – Alger 1983-120 pages – : la théorie de la thermodynamique appliquée à l’analyse de la société et programme de l’Association Algérienne de l’Économie de Marché ADEM largement diffusée au niveau mondial en anglais-arabe et français entre 1992/1993 dont j’ai eu l’honneur d’être le président de 1992 à 2O16). Tout discours politique doit coller avec la réalité et les aspirations de la société en mutation ce qui renvoie à la refondation de l’Etat inséparable de l’accélération de la réforme globale où bon nombre de pays rentiers on constate paradoxalement que lorsque la valeur de la rente des hydrocarbures s’accroît, les réformes sont freinées, assistant à une redistribution passive de la rente pour une paix sociale éphémère. Ce couple contradictoire rente/réformes explique l’instabilité juridique et le manque de cohérence dans la réforme globale, les gagnants de demain n’étant pas forcément ceux d’aujourd’hui. C’est pourquoi, la refondation de l’Etat implique des aménagements dans l’organisation du pouvoir devant poser la problématique stratégique du futur rôle de l’Etat dans le développement économique et social et ne devant pas occulter les besoins d’autonomie de pouvoirs locaux qui doivent être restructurés en fonction de leur histoire anthropologique et non en fonction des nécessités électoralistes ou clientélistes. La refondation de l’Etat ne devant pas confondre décentralisation nécessaire avec déconcentration et ce grâce aux nouvelles technologies facilitant le rapprochement avec les citoyens éloignés. L’autonomie des pouvoirs locaux ne signifie pas autonomie vis-à-vis du pouvoir central mais un acte qui renforce le rôle de la société civile afin de transformer les collectivités locales « providence » en « commune entreprise ». Cela suppose que toutes les composantes de la société soient impliquées dans le processus décisionnel qui engage la configuration du territoire, afin de renforcer la cohésion sociale et l’efficacité économique. Une réelle décentralisation doit s’articuler autour de grands pôles économiques régionaux, pilotés par des chambres de commerce régionales regroupant entreprises publics, privées, banques, universités, centres de recherche, syndicats, réseaux de la société civile , les autorités centrales et locales servant de facilitateurs, de régulateur., étant illusoire de vouloir fonder le développement sur des réseaux de l’administration qui renforce forcément la bureaucratisation facteur de blocage et de corruption.
La considération du savoir
Outre la bonne gouvernance, l’avenir de tout pays repose sur le SAVOIR. A ce titre les expériences de bon nombre de pays développés et émergents est à méditer. Prenons le cas Algérie mais qui s’applique à l’ensemble de l’Afrique. S’il faut se féliciter en ce mois de juin 2026 de la création du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger pour le développement national , un organe consultatif placé sous l’autorité de la Présidence de la République algérienne, rappelons le peu d’impacts des différentes commissions créées de 197O à 2OOO pour attirer les compétences algériennes de ’étranger parfois avec des ministères. . Certes, ce comité regroupe des scientifiques et chercheurs de renom, mais dont la majorité sont en retraite , et il serait intéressant de leur demander pourquoi ils ont fait leur carrière à l’étranger ayant tout donné au pays d’accueil, et à leur âge pouvant seulement apporter leur expérience Pour d’autres s’étant socialisés dans des projets pointus , exceptionnellement ils peuvent être consultant mais en majorité ils ne peuvent être au niveau de ce comité, travaillant pour des institutions stratégiques donc couvert par le secret pour leur recherche, leur étant interdit de livrer leurs brevets à l’Algérie car ayant été rémunérés pour . Aussi, il ne faut pas renouveler les mêmes erreurs du passé, la diaspora scientifique étant très attentive au sort de leurs collègues en Algérie. Car il faut savoir que selon les experts chez les adultes, l’innovation connaît généralement deux pics ,le premier vers 25-35/40 ans (l’innovation conceptuelle, la tranche en Algérie qui connait pour les meilleures compétences l’exode , car le nombre d’algériens envoyés pour formation à l’étranger et qui reviennent est marginal ) et le second vers 55 ans et plus la synthèse et l’expérience). La force de la Chine, comme d’autres pays comme la Corée du Sud a su intégrer sa diaspora au sein de grands laboratoires spécialisées au niveau local.DE ce fait pour sa réussite , le récent comité devra travailler d’une manière permanente et non sporadique en étroite collaboration avec les compétences locales via la création de laboratoires , et surtout éviter cet exode massif de cerveaux de jeunes par des actions concrètes pour retenir ce reste. Cet exode n’est pas propre à l’Algérie car en Afrique, il représente une perte majeure de compétences et de capitaux humains, bien plus important que toutes les richesses de matières premières où chaque année, des dizaines de milliers de diplômés qualifiés (médecins, ingénieurs, chercheurs) quittent le continent pour les pays industrialisés à cause du chômage, du manque d’infrastructures, de la mauvaise gouvernance et de rémunérations souvent insuffisantes
En conclusion, l’Algérie, pays à fortes potentialités, peut devenir horizon 2030 ,sous réserve de profondes réformes, un pays pivot facteur de la sécurité des espaces méditerranéens et africains. La solution est essentiellement interne et il appartient aux citoyens algériens et à eux seuls de réaliser cette espérance afin de réaliser un développement harmonieux conciliant l’efficacité économique et une profonde justice sociale au sein d’un monde en plein bouleversement, en n’oubliant jamais que la richesse d’une Nation provient du travail. Afin de réaliser un développement harmonieux au sein d’un monde en pleine transformation, il ne faut jamais oublier que la richesse d’une Nation provient du travail et non d ‘une rente éphémère. D’où l’importance de profondes réformes. Comme le rappelle justement l’économiste indien professeur à Harvard, prix Nobel d’Économie, Sen, A.K, Prix Nobel d’économie, «pas de bonne économie sans vraie démocratie tenant compte des anthropologies culturelles » car lorsqu’un Etat émet des lois qui ne correspondent pas à l’état de la société, ou veut agir par la violence celle-ci enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner établi par un contrat de confiance beaucoup plus solide et crédible que celui que l’on veut lui imposer.( voir Abderrahmane Mebtoul- Institut Français des Relations Internationales IFRI le poids de la sphère informelle au Maghreb Paris 2013)
A.M






