La justice espagnole examine actuellement la demande d’extradition émise par les autorités algériennes à l’encontre de l’homme d’affaires Ayoub Aissiou, visé par plusieurs condamnations pour des affaires de corruption et de malversations financières.
L’«Audiencia Nacional » procède au contrôle des conditions légales préalables, notamment la qualification juridique des faits reprochés, leur gravité ainsi que l’absence de motifs de refus d’extradition prévus par le droit international. Dans ce contexte, la magistrature espagnole a rejeté la demande de mise en liberté provisoire introduite par la défense du propriétaire de l’ancienne chaîne de télévision « El Djazairia One ». L’homme d’affaires reste donc maintenu en détention préventive en Espagne, dans l’attente d’une décision définitive sur son extradition qui devrait intervenir au cours de la deuxième quinzaine du mois de septembre. Selon les informations rapportées par le journal « The Objective », Ayoub Aissiou a été interpellé le 25 juillet dernier par les forces de sécurité espagnoles à l’aéroport Josep Tarradellas Barcelone-El Prat. Son arrestation est survenue à son arrivée sur un vol en provenance de Casablanca, alors qu’il comptait rejoindre des membres de sa famille installés en Catalogne. Présenté à un juge d’instruction de l’Audiencia Nacional, il a immédiatement été placé en détention provisoire. Les autorités algériennes avaient formalisé leur requête par la voie diplomatique le 3 juin 2026, sur la base d’un mandat d’arrêt émis le 9 avril par le juge d’instruction du Pôle économique et financier d’Alger. Résidant en France depuis 2019, l’intéressé y bénéficie par ailleurs du statut de demandeur d’asile. Cette procédure s’inscrit dans le prolongement d’un lourd dossier judiciaire en Algérie. En décembre 2025, le Pôle économique et financier du tribunal de Sidi M’Hammed avait prononcé à son encontre une peine de 20 ans de prison par contumace, une sentence intégralement confirmée en appel au mois de mars 2026. L’affaire a également impliqué des membres de sa famille et donné lieu à des décisions de confiscation portant sur plusieurs biens immobiliers et avoirs financiers liés au dossier. Ayoub Aissiou s’était fait connaître au cours de la dernière décennie comme un investisseur présent dans divers secteurs d’activité en Algérie, notamment l’importation, la transformation laitière, la métallurgie et la promotion immobilière, avant de se lancer dans le paysage médiatique en créant la chaîne « El Djazairia One » en 2012. Selon la même source, le juge Santiago Pedraz a motivé le maintien en détention d’Aissiou par la nécessité de garantir sa présence à la disposition de la justice espagnole durant toute l’instruction du dossier d’extradition. Son avocat, Maître César Aguirre, avait sollicité une libération sous caution en affirmant que son client présentait des garanties financières et morales suffisantes pour écarter tout risque de fuite. Il a également mis en avant sa situation de demandeur d’asile sur le territoire français. Les accusations portées par la justice algérienne reposent sur des infractions financières de gravité majeure, incluant la complicité de faux en écriture publique, l’usage de faux ainsi que le blanchiment d’argent commis en bande organisée. Le dossier évoque notamment l’utilisation présumée de procurations notariales falsifiées pour la gestion de biens immobiliers, couplée au transfert illégal vers l’étranger des revenus générés par ces patrimoines. Il appartient désormais souverainement à la justice espagnole de statuer sur le bien-fondé juridique de cette extradition.
Sarah Cheriet






