Énergie: Sonatrach vise le zéro méthane pour sécuriser 5,5 milliards m³ de gaz

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Face à la nouvelle réglementation européenne sur le méthane (UE 2024/1787) applicable dès 2027, l’Algérie envisage verdir sa chaîne gazière pour maintenir sa compétitivité sur le marché européen. En réponse à cette contrainte commerciale majeure, le groupe national Sonatrach et l’italien Eni renforcent leur partenariat pour accélérer la décarbonation des infrastructures algeriennes et italiennes.

Le premier défi concerne l’adaptation des installations existantes aux exigences de détection des fuites. La trajectoire européenne s’articule en trois temps : l’application des règles d’équivalence en 2027 pour les contrats signés ou renouvelés, l’obligation d’afficher la densité exacte de méthane par unité d’énergie en août 2028, puis le plafonnement strict de cette densité dès 2030. Pour se conformer à ces paliers, Sonatrach a déjà amorcé une transition technique à travers plusieurs sites clés. Dès 2024, une évaluation énergétique complète a été menée sur le complexe ZCINA, suivie en 2025 par le lancement du programme LDAR au niveau du complexe de liquéfaction GL2Z d’Oran. Ce dispositif exploite des caméras thermiques à infrarouge capables de localiser les émissions invisibles à l’œil nu, un procédé complété par l’imagerie satellitaire pour surveiller les torchages à l’échelle nationale. Le deuxième enjeu réside dans la conciliation entre l’augmentation des volumes exportés et la réduction drastique de l’empreinte carbone.

La stratégie commerciale conjointe de Sonatrach et d’Eni prévoit d’injecter plus de 8 milliards de dollars d’investissements pour augmenter la production gazière de 5,5 milliards de mètres cubes par an à l’horizon 2028. Une part significative de ces capitaux, soit 1,35 milliard de dollars, est allouée au périmètre de Zemlet El Arbi dans le bassin de Berkine pour un contrat d’une durée de 30 ans. Augmenter la production tout en abaissant la quantité de gaz brûlé ou évaporé constitue une équation complexe. L’objectif fixé par la stratégie climat de Sonatrach est clair : ramener le taux de torchage sous la barre de 1 % et viser zéro émission de méthane d’ici 2030. Enfin, le troisième axe repose sur la valorisation économique du gaz récupéré. Dans un contexte où la Banque mondiale estime à 167 milliards de mètres cubes le volume de gaz torché dans le monde en 2025, la captation des fuites représente une opportunité financière directe. Chaque mètre cube de gaz préservé sur le sol algérien peut être réinjecté dans les réseaux d’exportation vers l’Europe, que ce soit par les gazoducs sous-marins ou sous forme de gaz naturel liquéfié depuis les terminaux de Skikda et d’Arzew.

Cette démarche d’optimisation s’étend également à d’autres partenaires continentaux, comme l’illustre l’accord signé en juin 2026 avec l’allemand VNG pour accroître les livraisons gazières à destination de l’Allemagne à partir de 2027. En transformant la contrainte réglementaire européenne en levier d’efficacité industrielle, l’Algérie consolide sa position de partenaire énergétique fiable et durable. L’aboutissement concrétisé des projets de décarbonation sur le terrain déterminera la capacité du pays à préserver ses parts de marché face aux exigences environnementales de ses clients historiques.

Mohamed B.

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