Contrairement aux années précédentes lorsque les coupures d’eau faisaient partie des inquiétudes récurrentes durant les fêtes religieuses, cette question n’a quasiment pas pesé cette année sur le quotidien des ménages durant les 3 jours de l’Aïd El Adha. Dans la plupart des régions d’Algérie, les robinets ont continué à couler normalement tout au long de l’Aïd.
Une situation qui tranche avec les appréhensions habituelles à cette période, souvent marquée par une forte hausse de la consommation liée aux besoins des ménages et aux opérations de nettoyage après le sacrifice du mouton. Sur le terrain, beaucoup de familles racontent une même scène simple mais révélatrice, pas besoin de remplir des bidons à l’avance, ni de surveiller la moindre baisse de pression. L’eau était là pour accomplir les différentes tâches qu’exige cette fête du sacrifice qui s’accompagne d’un ensemble de rites précis. Une stabilité qui, faut-il le rappeler, n’est pas totalement le fruit du hasard. Il est vrai que les pluies enregistrées depuis le début de l’année ont redonné un peu d’air aux barrages et amélioré leur niveau de remplissage. Une progression qu’il qualifie d’«importante à l’échelle du système hydraulique national». Pour lui, la répartition géographique reste toutefois contrastée. Il fait remarquer que «les barrages de l’Est demeurent les mieux remplis avec près de 58%, tandis que ceux du Centre affichent environ 20%». À l’Ouest, les volumes dépassent les 40% de la capacité de stockage. Autre élément qui a largement contribué à améliorer l’approvisionnement des différentes régions d’Algérie en eau potable: les nouvelles stations de dessalement mises en service récemment. À Oran, Tipasa, Boumerdès, Bejaïa et El Tarf, ces installations ont commencé à changer la donne. Elles ont apporté des volumes supplémentaires d’eau potable et ont permis de moins dépendre des seules réserves des barrages, souvent fragilisées par les périodes de sécheresse. Dans le même esprit, l’expert souligne que les grands projets de transfert d’eau, l’utilisation des eaux non conventionnelles et le dessalement constituent aujourd’hui les piliers de la sécurité hydrique en Algérie. S’agissant du dessalement de l’eau de mer, le programme engagé par les pouvoirs publics a permis de porter la part de cette ressource de 20 à 42% de la consommation algérienne. En outre, d’autres usines de dessalement sont en cours de réalisation dans plusieurs wilayas, notamment Tlemcen, Mostaganem, Tizi Ouzou, Chlef, Jijel et Skikda. En attendant, 16 wilayas sont alimentées à partir de 19 stations et de plusieurs unités monoblocs. «Le taux d’alimentation à partir de ces stations devrait atteindre 60% à l’horizon 2030, avec une production de 2 milliards m³/an dans le cadre de l’extension du programme national vers 35 wilayas», précise l’expert. Pour lui, cette évolution traduit une transformation progressive du modèle hydrique national, dans un contexte où les effets du changement climatique rendent la question de l’eau «de plus en plus stratégique». La gestion de l’eau ne peut pas se limiter aux infrastructures, insistant sur la réhabilitation de la notion vitale de l’eau à travers l’information, la formation et l’éducation. «La mobilisation de l’eau doit s’inscrire dans un programme intégré qui inclut la protection des sols, des forêts et l’aménagement des bassins versants», précise-t-il. C’est pourquoi, selon lui, plusieurs actions doivent être menées simultanément, à commencer par la mobilisation des ressources, l’économie de l’eau, la lutte contre l’érosion et la prévention des inondations. La cogénération (dessalement et agriculture) «permet d’associer production d’énergie et dessalement, notamment sur les zones littorales». Cette orientation permettra, dit-il, «de réorienter une partie des eaux des barrages vers l’intérieur du pays et les Hauts-Plateaux», ce qui constitue, selon lui, «un appui important pour l’agriculture». Il précise également que «la réutilisation des eaux usées traitées peut permettre d’économiser près de 0,9 milliard m³ d’eau», tout en rappelant que «les techniques modernes d’irrigation, comme le goutte-à-goutte, permettent des économies allant de 10 à 20%».
Maya.T






