À la veille du 70e anniversaire de l’historique Congrès de la Soummam de 1956, le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA) publie un catalogue scientifique trilingue (Arabe-Amazigh-Anglais) marquant la tenue d’un colloque international d’envergure. Intitulée « Culture de la Résistance : entre Histoire, Mémoire et Imaginaire », cette manifestation placée sous le Haut Patronage du Président de la République Abdelmadjid Tebboune se propose de réinterroger les dynamiques historiques, littéraires et patriotiques qui ont forgé la conscience nationale algérienne. L’événement débutera aujourd’hui et se poursuivra jusqu’au 20 août 2026, entre la ville de Béjaïa et le site mémorial d’Ifri Ouzellaguen.
Dans son mot d’ouverture, le Secrétaire Général du Haut Commissariat à l’Amazighité, Si El Hachemi Assad, apporte une définition conceptuelle rigoureuse de ce qu’il nomme la culture de la résistance. Selon le responsable institutionnel, cette culture ne se limite pas à un simple affrontement armé ponctuel dans l’histoire moderne, mais constitue le véritable fil conducteur de la trajectoire civilisationnelle du peuple algérien à travers les siècles. Elle exprime une volonté ininterrompue de défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale, la dignité humaine et l’identité collective face aux velléités d’asservissement.
M. Assad met en relief le rôle capital joué par les traditions orales, la poésie, les arts et les écrits savants dans le maintien de cette flamme patriotique. La transmission intergénérationnelle du patrimoine immatériel a permis de préserver la mémoire des luttes et d’assurer une continuité intellectuelle. L’organisation du colloque a ainsi pour ambition de dépasser le cadre purement commémoratif pour édifier un espace académique exigeant, axé sur la production théorique et l’analyse critique des sources. Un accent particulier est mis sur la complémentarité des deux langues nationales, l’Arabe et Tamazight, qualifiées de réceptacles vivants de l’âme algérienne et de garantes de la cohésion nationale.
L’éditorial souligne également l’impact universel de la Révolution algérienne, dont les principes fondamentaux continuent d’inspirer les mouvements d’émancipation à travers le monde, tout en rappelant la volonté de l’État d’honorer la mémoire des martyrs en consolidant la recherche scientifique. En sus, le programme élaboré sous la direction scientifique du Dr Lahcen Mohamed Zeghidi et du Professeur Farid Benramdane se déploie selon une logique chronologique et thématique structurée.
La première session plénière explore les prémices historiques de la résistance en Afrique du Nord, depuis la période numide incarnée par des figures antiques jusqu’aux développements majeurs de la guerre de libération de 1954-1962. Les chercheurs y analysent notamment la résistance cognitive opposée par les élites locales aux tentatives d’assimilation culturelle et d’effacement mémoriel. La deuxième session plénière est entièrement consacrée au Congrès de la Soummam du 20 août 1956, analysé comme le moment fondateur de la rationalisation politique et de l’organisation administrative de la Révolution. Les communications interrogent les notions de légitimité, de représentativité politique et de souveraineté institutionnelle, tout en abordant les contentieux mémoriels complexes entre l’Algérie et l’ancienne puissance coloniale dans une perspective historique comparative. La troisième plénière, orientée vers les manifestations littéraires et symboliques, étudie les représentations de la lutte dans les littératures algérienne, maghrébine et postcoloniale.
Une attention particulière y est accordée aux figures héroïques féminines dans l’œuvre d’Assia Djebar, ainsi qu’aux enjeux de la traduction vers la langue amazighe des textes fondamentaux de la Révolution, au premier rang desquels figure la plateforme de la Soummam. Les travaux du troisième jour s’organisent autour de deux ateliers d’investigation spécialisés.
Le premier atelier est dédié au patrimoine oral et aux modes de transmission populaire, englobant la poésie de Kabylie, les chants guerriers de l’Aurès-Nememcha, la poésie du Melhoun et les contes traditionnels. Le second atelier examine les représentations biographiques de grandes figures telles que l’Émir Abdelkader, Lalla Fatma N’Soumer, Apulée de Madaure ou Donat, tout en déconstruisant les récits biaisés de l’historiographie coloniale. L’événement rassemble un corps d’intervenants de renommée internationale, parmi lesquels figurent Dr. Fafa Lang Dampha de Gambie, représentant le Centre Panafricain des Cultures et Langues, le Professeur émérite italien Attilio Mastino, expert reconnu de l’Afrique romaine, ainsi que l’historien français Gilles Manceron, spécialiste des questions mémorielles franco-algériennes. Aux côtés de nombreux universitaires algériens, ces chercheurs contribuent à réaffirmer la dimension transdisciplinaire et universelle de la culture de la résistance.
Rym Hamzaoui






