Après les espagnoles, les Allemands dénudent Abu Dhabi: Les Émirats arabes unis au cœur du scandale

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Après les graves révélations du journal espagnol « El Independiente » sur le rôle central des Émirats arabes unis auprès des trafiquants de drogue acheminant la cocaïne vers l’Europe, ainsi que sur le rôle de leur secteur financier au service d’organisations criminelles, l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP), l’un des centres de réflexion les plus influents et proches des cercles décisionnels à Berlin, vient d’accuser Abu Dhabi d’être « l’un des acteurs extérieurs les plus agressifs » dans les conflits de la Corne de l’Afrique et au Maghreb, dans une publication signée par le Dr. Gerrit Kurtz, le politicien et chercheur dans la prévention des conflits et la diplomatie internationale. 

L’étude menée par les experts allemands ne dépeint pas Abou Dhabi sous les traits d’un allié économique classique cherchant simplement à développer son réseau marchand et maritime. Elle pointe plutôt du doigt une puissance à la tête d’un système transnational fournissant une aide matérielle, tactique et monétaire à divers groupes armés. Ce dispositif s’appuie parallèlement sur l’exploitation des ressources aurifères issues des théâtres de guerre ainsi que sur la prise de contrôle de points d’appui clés le long des côtes de la mer Rouge et de l’océan Indien. Au cœur de cette stratégie, le territoire soudanais occupe une place primordiale. Dr. Gerrit dans son analyse souligne en effet que la monarchie émiratie constitue le pilier fondamental du ravitaillement de la milice des Forces de soutien rapide, dirigée par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti. Cet approvisionnement continu s’est maintenu en dépit de la détérioration du contexte sécuritaire au Moyen-Orient, notamment lors des affrontements opposant l’Iran à l’alliance américano-israélienne. Le rapport évoque la chute de la ville d’El Fasher au Nord-Darfour en octobre 2025 et les massacres qui ont suivi, décrits dans des rapports ultérieurs de l’ONU comme présentant des « caractéristiques de génocide » contre des groupes non arabes, notamment les Masalit et les Zaghawa. L’accusation ne se limite pas à la couverture politique, l’analyse fait état d’un pont aérien et logistique allant des aéroports émiratis et du port de Bosaso au Puntland vers l’est de la Libye (notamment Al-Koufra), puis vers le Tchad et les zones sous contrôle des FSR, en violation de l’embargo sur les armes imposé au Darfour.

En parallèle, l’économie d’Abou Dhabi profite, selon le rapport, de l’or soudanais extrait des zones de conflit via des circuits de contrebande et des transferts financiers qui alimentent l’économie de guerre.

Libye : de Haftar au corridor soudanais

Le rapport fait remonter les racines de l’intervention émiratie en Libye à 2014 avec le soutien aux forces de Khalifa Haftar. Ce soutien a atteint son paroxysme lors de l’offensive sur Tripoli entre 2019 et 2020, contribuant à prolonger la guerre et à enraciner la présence d’autres forces étrangères. Al-Koufra est ensuite devenue un nœud de ravitaillement majeur vers le Soudan. Les auteurs mentionnent une coordination passée avec le groupe russe Wagner comprenant le transport logistique, des systèmes de défense aérienne et des drones, ainsi que des frappes aériennes attribuées aux Émirats contre le gouvernement de Tripoli reconnu internationalement, faisant d’Abou Dhabi un belligérant direct et non un simple bailleur de fonds.

Somalie et Éthiopie : ports, drones et camps d’entraînement

En Somalie, la présence émiratie remonte au financement d’une société militaire privée sud-africaine pour créer la force de police maritime du Puntland vers 2010 sous prétexte de lutte contre la piraterie. Le rapport estime que cette force s’est transformée en instrument d’influence et que le port de Bosaso a été utilisé par la suite pour le transit d’armes et de combattants. Abou Dhabi soutient également des forces au Somaliland dans le cadre de la course au contrôle des ports de la Corne de l’Afrique. En Éthiopie, les Émirats ont fourni au gouvernement d’Abiy Ahmed des drones sophistiqués pendant la guerre du Tigré en 2021. Cela est présenté comme une exception relative car il s’agissait d’un soutien à un gouvernement central reconnu. Cependant, l’analyse révèle l’existence d’un camp d’entraînement lié aux FSR à Benishangul-Gumuz (ouest de l’Éthiopie) et le détournement d’équipements via Berbera et des bases éthiopiennes, raccordant le théâtre soudanais aux autres dynamiques de la Corne de l’Afrique.

Mercenaires transfrontaliers et recrutement de mineurs

L’un des passages les plus sévères du rapport traite de sociétés de sécurité émiraties, dont « Global Security Services Group », qui ont organisé le recrutement de centaines de mercenaires colombiens et leur transit via une base militaire aux Émirats vers le Soudan. Lorsque Washington a imposé des sanctions en 2025 contre les parties impliquées, il a été précisé que ces mercenaires servaient d’opérateurs d’artillerie, de pilotes de drones et d’instructeurs, et que certains avaient entraîné des enfants au combat au sein des FSR. L’Organisation onusienne, Human Rights Watch a ultérieurement documenté des filières similaires passant par des installations à Abou Dhabi.

Ports, prêts et « l’or toxique »

L’analyse ne réduit pas la motivation à l’hostilité envers l’islam politique ou la rivalité avec l’Arabie saoudite et l’Iran, bien qu’elle souligne cette dimension idéologique et le soutien aux forces locales opposées aux Frères musulmans. Elle lie le réseau militaire à une stratégie économique : des groupes comme « DP World » et « Abu Dhabi Ports » gèrent ou développent des infrastructures en Somalie, au Sénégal, en Tanzanie, au Mozambique, en Angola et en Égypte, tandis que les prêts et investissements servent d’outils d’influence (promesses de financements massifs au Tchad, à l’Éthiopie et au Kenya). Le plus grave, selon les auteurs, est que l’or en provenance des zones de guerre (notamment du Soudan) est devenu le pilier de cette économie d’influence : il est acheminé clandestinement par les pays voisins puis réinjecté sur les marchés émiratis, transformant les buitins de guerre en liquidités internationales.

Double diplomatie et pression sur l’Europe

Aussi, le rapport allemand accuse Abou Dhabi de participer aux conférences de paix de Berlin sur la Libye en 2020 aux formats du « Quad » sur le Soudan tout en poursuivant des vols de fret militaire les jours mêmes de ces réunions, selon des sources de renseignement et des données de vol. Il relève un fossé entre les engagements humanitaires annoncés (se chiffrant en centaines de millions) et les contributions réelles limitées aux plans de l’ONU.

Le rapport de l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP), ne considère pas les Émirats comme un partenaire fiable pour la stabilité de l’Afrique, mais comme un acteur qui aggrave les guerres, démantèle les États et renforce les économies de conflit. Cette analyse adresse également une critique directe à l’Allemagne et à l’Europe pour leur indulgence envers Abou Dhabi pour des motifs économiques et sécuritaires, malgré les preuves accumulées de soutien à des entités accusées de crimes de guerre et de génocide contre l’humanité, de violation des embargos et de sabotage des processus de paix. Il appelle à réévaluer cette relation bilatérale, y compris par des prises de position publiques et des sanctions ciblées.

Mohamed B.

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