Le partenariat économique entre l’Algérie et la Mauritanie prend une nouvelle dimension dans le secteur du commerce et du transport maritime. L’accord stratégique récemment signé entre l’armateur national Cnan El Djazaïr et la Société Arabe pour les Services Généraux (SAPS), acteur majeur du paysage entrepreneurial mauritanien, est entré dans sa phase d’application, concrétisant ainsi une volonté politique et économique commune de renforcer l’intégration régionale dans le Maghreb.
Dans le port de Béjaïa, l’activité bat son plein autour du navire Sedrata. Ce cargo battant pavillon algérien a été minutieusement préparé et chargé pour acheminer vers la capitale mauritanienne une première livraison hautement symbolique. Le bâtiment assure une mission temporaire sur cette ligne commerciale en remplacement du navire Timgad, actuellement immobilisé pour des travaux de maintenance technique programmés. Cette réorganisation de la flotte démontre la flexibilité opérationnelle des armateurs algériens et leur détermination à maintenir la continuité des approvisionnements vers le Sud. Les prévisions logistiques indiquent déjà que la dynamique va s’amplifier dès le mois de septembre avec le déploiement prévu du navire Constantine, qui prendra la direction du port de Nouadhibou, le pôle économique du nord mauritanien. Cette première cargaison revêt un caractère technique bien particulier. Il ne s’agit pas d’un ciment conventionnel, mais d’un produit hautement spécialisé désigné sous la norme CRS SR5.
Ce ciment à haute résistance aux sulfates et à la corrosion chimique est spécifiquement élaboré pour répondre aux contraintes environnementales les plus sévères. Il est préconisé pour le coulage des fondations et la réalisation d’infrastructures lourdes dans des zones complexes telles que le milieu marin, les terres salines ou les sols particulièrement agressifs. Le choix de ce matériau technique souligne l’ambition des producteurs algériens de monter en gamme et d’offrir des solutions adaptées aux grands chantiers de génie civil en Afrique de l’Ouest. La concrétisation de ce voyage intervient seulement quelques jours après la signature officielle d’un contrat global portant sur le transport de près de 100 000 tonnes de matériaux de construction algériens vers la Mauritanie.
L’enjeu principal réside dans la pérennisation de la liaison maritime directe. Les opérateurs des deux pays cherchent à stabiliser ce corridor logistique pour instaurer progressivement des rotations mensuelles régulières. Cette fréquence garantie permettra aux entreprises exportatrices d’assurer des livraisons fluides et de répondre avec fiabilité aux commandes des importateurs mauritaniens. La portée de cet événement dépasse la simple dimension comptable d’une opération d’exportation. Le retour marqué du ciment algérien sur le marché mauritanien se distingue cette fois par une offre spécialisée et une organisation logistique repensée. L’embarquement depuis le port industriel de Béjaïa vers le terminal de Nouakchott, conjugué à la rotation planifiée de plusieurs navires de la marine marchande algérienne, constitue une structure commerciale solide et durable. Le déchargement imminent de cette première cargaison à Nouakchott, depuis Béjaïa représentera un test grandeur nature pour l’ensemble du dispositif.
Il s’agira de vérifier la fluidité des opérations portuaires, la rapidité des formalités douanières et l’efficacité de la chaîne de distribution locale. Le succès de cette traversée initiale validera la capacité opérationnelle du nouveau corridor maritime à transformer les conventions bilatérales en flux commerciaux constants, consolidant ainsi la position de l’Algérie comme fournisseur majeur de matériaux de construction pour ses voisins africains.
Maria T.






