La route Tindouf-Zouerate: Futur poumon économique de l’Afrique de l’Ouest

0
85

Sur près de 840 kilomètres de désert aride, le chantier titanesque reliant Tindouf en Algérie à Zouerate en Mauritanie se poursuit avec une intensité soutenue. Si l’échéance initiale fixée à juillet 2026 est désormais dépassée en raison de contraintes géographiques exceptionnelles, les équipes sur le terrain redoublent d’efforts pour concrétiser cette route stratégique reliant les deux pays. 

Ce projet d’envergure internationale symbolise non seulement un exploit d’ingénierie en milieu hostile, mais représente également le maillon manquant d’une intégration économique continentale tant attendue.

Les conditions climatiques extrêmes et la nature du sol saharien imposent un rythme de travail rigoureux et une logistique sans faille. Avant même d’envisager la pose de la moindre couche d’asphalte, les entreprises algériennes chargées des travaux doivent exécuter un ensemble de tâches lourdes et complexes. Le processus exige des opérations massives de terrassement, de décapage et de nivellement du terrain, couplées à l’ouverture et l’exploitation de carrières rocheuses. Il est en effet indispensable de concasser la roche sur place pour produire les granulats nécessaires, puis d’acheminer des millions de tonnes de matériaux vers des chantiers dispersés sur des centaines de kilomètres, très loin de toute base d’approvisionnement conventionnelle.

Les données opérationnelles témoignent de l’ampleur du travail accompli dans ce contexte rigoureux. Au printemps 2026, le taux d’avancement du premier tronçon de 320 kilomètres atteignait environ 45,91 %, tandis que le groupe public Cosider affichait un taux d’exécution de près de 52 % sur le segment qui lui est attribué. Ces chiffres traduisent la complexité d’un chantier où la viabilisation du sol primordiale conditionne la durabilité future de l’infrastructure. Pour soutenir cette cadence, des moyens matériels considérables sont mobilisés. Au cours du mois d’août 2026, la filiale Cosider Carrières a notamment lancé un appel d’offres pour l’acquisition d’une station de concassage mobile d’une capacité minimale de 200 tonnes par heure, accompagnée d’pelles chenillées et de personnel qualifié. Cette initiative illustre parfaitement l’enjeu crucial de la maîtrise de la chaîne logistique directe, depuis l’extraction minière jusqu’à la préparation des intrants. Sur le terrain, la réalité quotidienne montre une cohabitation poignante entre passé et avenir. La circulation des poids lourds et des voyageurs continue d’emprunter des pistes désertiques sinueuses et éprouvantes, tandis que la nouvelle voie bitumée prend forme à leurs côtés. Les travaux s’étendent déjà sur plus d’une centaine de kilomètres au sud de la ligne frontalière, grignotant progressivement le paysage rocailleux pour céder la place à une route moderne aux normes internationales.

Pour le commerce algérien et mauritanien, l’achèvement complet de cet axe routier constituera un véritable tournant stratégique. Il transformera radicalement la nature des flux commerciaux en substituant aux traversées risquées du désert un itinéraire terrestre sécurisé, fluide et entièrement asphalté. En reliant Tindouf à Zouerate, puis en prolongeant le tracé vers Atar, Nouakchott et au-delà vers le Sénégal, cette route offrira un accès direct aux vastes marchés de l’Afrique de l’Ouest. Elle concrétisera ainsi la volonté de positionner la région comme un carrefour marchand incontournable et un pont d’échanges durable entre le Maghreb et le continent africain.

Sonia Stambouli

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici