Algérie-Sénégal: La ligne maritime à l’épreuve du couloir commercial

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Le port autonome de Dakar marque une étape charnière de son développement. L’installation de la nouvelle direction générale, confiée à Doune Pathé Mbengue, intervient à un moment où le Sénégal ambitionne de consolider sa position de hub logistique majeur en Afrique de l’Ouest. En parallèle, l’Algérie cherche activement à ancrer sa présence commerciale sur le marché sénégalais et au-delà.

Cependant, au-delà des changements administratifs, le véritable enjeu stratégique pour Alger et Dakar réside dans la concrétisation opérationnelle d’un projet clé, la consolidation de la ligne maritime directe entre l’Algérie et le Sénégal pour en faire un couloir commercial permanent et performant.

Sur le papier, l’infrastructure existe déjà. La compagnie nationale algérienne CNAN EL DJAZAIR intègre officiellement Dakar dans ses liaisons vers l’Afrique de l’Ouest, affichant une fréquence d’environ un voyage chaque mois avec un temps de transit maritime estimé à 06 jours. De son côté, la plate-forme portuaire sénégalaise a démontré sa puissance logistique en traitant près de 850 000 équivalents 20 pieds (EVP) au cours de l’année 2025, contre environ 265 000 en 2008. Cette croissance spectaculaire démontre le rôle central que joue Dakar dans le ravitaillement du pays et de son arrière-pays ouest-africain.

Pourtant, la simple existence d’un service maritime ne garantit pas automatiquement l’établissement d’un flux marchand fluide. Pour qu’un opérateur économique algérien s’engage durablement, il a besoin de prévisibilité. Cela implique d’avoir un accès transparent aux noms des navires, aux dates exactes d’appontage et d’extinction des réservations, au coût global des manutentions, ainsi qu’aux détails sur l’agent consignataire chargé de prendre en main la marchandise à l’arrivée. De plus, l’équation économique de cette ligne maritime repose sur la résolution d’une contrainte majeure, le fret de retour. Un navire quittant l’Algérie plein et revenant à vide fragilise considérablement la rentabilité et la régularité du service. L’avenir de cette route dépend impérativement d’un commerce bidirectionnel équilibré, où le Sénégal exporte également vers le marché algérien des produits recherchés tels que les arachides, la noix de cajou ou d’autres denrées agricoles. Sur le plan industriel, la dynamique est déjà enclenchée. Plusieurs entreprises algériennes de premier plan multiplient les partenariats stratégiques dans la région. Dans ce sens, l’entreprise algérienne pionnière dans la fabrication des câbles d’énergie ENICAB a conclu un accord de distribution au Sénégal, tandis qu’ANABIB et FONDAL ont établi des contrats de représentation avec CFTS West Africa. Dans le même secteur, GISB Electric a signé un partenariat régional couvrant le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Ces initiatives démontrent que la demande et les marchandises existent. L’objectif immédiat est désormais le groupage des cargaisons afin d’éviter que chaque exportateur ne cherche des solutions isolées. Une programmation mensuelle mutualisée apporterait au transporteur la garantie de volumes constants. L’intégration des produits algériens dans les nouveaux réseaux de distribution sénégalais, tels que les Boutiques de Référence ou la future Centrale d’Achat, constitue un levier déterminant. Une telle synergie assurerait des commandes régulières et sécuriserait le remplissage des conteneurs. L’arrivée de la nouvelle direction du port de Dakar dépasse donc le simple cadre managérial. L’épreuve de vérité résidera dans la capacité des acteurs publics et privés la CNAN, les autorités portuaires, DP World, les douanes et les transitaires à synchroniser leurs efforts pour transformer une destination maritime ponctuelle en un axe d’exportation pérenne vers l’Afrique de l’Ouest.

Sarah Cheriet

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