Le transport maritime en Algérie en léthargie: La nomination d’un nouveau directeur général de Serport  permettra-t-elle de dynamiser le secteur ?

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Professeur des universités- Expert international- Dr d’Etat 1974  Abderrahmane Mebtoul 

Le transport maritime achemine la majorité  du commerce mondial en volume constituant  le pilier des flux mondiaux  en reliant les grands pôles économiques à bas coût et son importance  stratégique touche l’économie, la géopolitique, la sécurité des États et l’environnement mondial le montre actuellement les tensions  du  détroit d’Ormuz  Le transport terrestre représentant entre 15/20% le transport aérien  moins de 1/2 % en tonnage ,mais beaucoup plus en valeur , 20 à 40 fois plus cher que le transport maritime  qui  assure  entre 77/80% du trafic mondial .

Pour l’Algérie qui accuse  un retard important  la nomination d’un nouveau directeur général  de Serport le 10 août 2026 permettra t-elle  de donner un nouveau souffle au transport maritime en léthargie, conditionnée par  une nouvelle gouvernance intersectorielle   ?

1.-. Pour les détroits les plus importants du monde qui sont des passages maritimes stratégiques pour le commerce mondial et l’énergie, nous avons :  le détroit  de  Malacca, situé entre la Malaisie et l’Indonésie reliant  l’océan Indien à la mer de Chine méridionale étant l’artère maritime la plus active de la planète pour le commerce entre l’Asie et l’Occident, le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, permettant  de relier le golfe Persique à l’océan Indien entre 20/30 % selon la conjoncture économique de la production mondiale d’ ‘hydrocarbures  transitant par ce passage clé ; le détroit de de Gibraltar , situé entre l’Espagne et le Maroc, il permettant la liaison entre  l’océan Atlantique et la mer Méditerranée étant une porte d’entrée stratégique i pour la navigation européenne et africaine, le détroit de    Bab-el-Mandeb, situé entre la corne de l’Afrique et le Moyen-Orient, il reliant  l’océan Indien à la mer Rouge, menant ensuite vers le canal de Suez,  le  Bosphore et les Dardanelles, situés en Turquie, unissant la mer Noire à la mer Méditerranée via la mer de Marmara, contrôlant les accès maritimes de l’Europe de l’Est  et le   Pas de Calais (La Manche)  entre la France et le Royaume-Uni, étant l’un des couloirs maritimes les plus denses au monde pour le transport de marchandises en Europe du Nord. Enfin nous avons les canaux maritimes ,le  Canal de Suez reliant  la mer Méditerranée à la mer Rouge en Égypte, évitant le contournement de l’Afrique et le  Canal de Panama reliant  l’océan Atlantique à l’océan Pacifique à travers l’isthme de Panama, évitant le contournement de l’Amérique du Sud.

Les tarifs du transport maritime ne forment pas un montant fixe, mais fluctuent selon plusieurs critères selon  l’offre et la demande , les prix changent radicalement selon qu’il s’agit d’un trajet trans pacifique, transatlantique ou Europe-Asie  et selon les types de transport . En effet, le coût  s’évalue différemment pour un conteneur complet (FCL), du groupage (LCL) ou du vrac (pétrole, matières premières). Par ailleurs le  marché mondial maritime  subit régulièrement des pressions économiques et géopolitiques et face à cet environnement instable    les compagnies maritimes ajustent leurs offres en modulant le nombre de rotations ou en pratiquant des annulations de traversées (blank sailings  En effet, les perturbations  du transport maritime    peuvent  paralyser l’approvisionnement  mondial et faire augmenter  les coûts d’assurance et de transport :parcourir des milliers de milles marins supplémentaires engendre une hausse massive des dépenses en carburant (bunkers et en  zone de conflit comme la mer Noire ou le Moyen-Orient, pour certaines escales, la prime assurance représente désormais près de 2 % de la valeur totale du navire avec en plus, l’embauche d’équipes de protection privées à bord qui alourdit la facture globale des armateurs    Ainsi avec les tensions géostratégiques les tarifs des conteneurs sur l’indice mondial World Container Index (WCI) affichent des hausses de près de 70 % sur un an en raison des tensions au Moyen-Orient  et  les tarifs spot sur l’axe Asie-Côte Ouest des États-Unis ont augmenté  de plus de 200 %, tandis que l’axe Asie-Europe subit une augmentation supérieure à 60 % par rapport aux niveaux de base.  Le montant global ou prix du fret maritime mondial n’existe pas sous la forme d’un chiffre unique total, car il varie constamment selon les routes, les types de navires et les cargaisons. Cependant, l’indice de référence mondial du conteneur (comme le Drewry World Container Index ou le Shanghai Containerized Freight Index) évolue autour de 3 205 points en août 2026, avec des tarifs spécifiques oscillant par exemple entre 1 450 et 1 500 dollars pour un conteneur sur la route Chine–États-Unis, et dépassant 3 700 à 5 100 dollars sur les axes Asie–Europe Aussi, face ace  à ces tensions  les entreprises modifient leurs stratégies pour privilégier la proximité (nearshoring) et sécuriser leurs flux.. Le secteur maritime générant  environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l’Organisation Maritime Internationale, dans le cadre  de la transition énergétique afin d’éviter  la pollution des océans  et des mers, le secteur maritime cherche à réduire son empreinte carbone pour atteindre les objectifs de neutralité climatique  et  l’adoption de carburants alternatifs. (OMI) ayant  validé un cadre réglementaire « Net-Zéro » prévoyant un mécanisme mondial de tarification du carbone  en  écologisation des ports par  une meilleure qualité de l’air et la protection des écosystèmes marins Cependant, la transition se heurte à des impasses techniques et économiques

2.-.-Quel sont les plus grands ports  dans le monde et la  place de l’Afrique

Pour les  10 des ports mondiaux en conteneurs,  l’Asie domine, nous avons :  le Port de Shanghai (Chine) numéro 1 mondial gérant plus de 50 millions d’EVP par an et un tonnage global dépassant les 740 millions de tonnes, le  Port de Ningbo-Zhoushan (Chine) premier mondial  avec plus de 1,2 milliard de tonnes de marchandises traitées, et environ 35 millions d’EVP, le Port de Singapour (Singapour) , principal hub d’Asie du Sud-Est, traitant près de 39 millions d’EVP et plus de 530 millions de tonnes de fret, le  Port de Shenzhen (Chine) : Puissance logistique majeure de la province du Guangdong, avec environ 30 millions d’EVP, le Port de Qingdao (Chine), dépassant les 28 millions d’EVP., le Port de Guangzhou / Canton (Chine) , 25 millions d’EVP, le Port de Busan (Corée du Sud) plus de 22 millions d’EVP, le  Port de Tianjin (Chine) plus de 450 millions de tonnes de marchandises et environ 21 millions d’EVP,  le Port de Hong Kong (Chine)  entre  14 à 17 millions d’EVP annuellement ,  le Port de Jebel Ali / Dubaï (Émirats arabes unis) , le  plus grand port du Moyen-Orient, traitant plus de 14 millions d’EVP et suivi de loin par le  Port Kelang (Malaisie) 14,6 millions d’EVP, le port de Rotterdam (Pays-Bas) 13,8 millions d’EVP  et  Anvers-Bruges (Belgique) avec 13,5 millions d’EVP.

Qu’en est-il en Afrique ? Les grands hubs portuaires en Afrique sont :Tanger Med (Maroc),  premier port d’Afrique et de la Méditerranée pour les conteneurs, gérant plus de 10 millions d’EVP., Port-Saïd et Alexandrie (Égypte)  reliant l’Asie et l’Europe ; ,Lagos / Lekki (Nigéria) ;  le Port d’Abidjan (Côte d’Ivoire), le Port de Lomé (Togo) ; le Port de Dakar (Sénégal)., le port Durban (Afrique du Sud),  le port de   Djibouti (République de Djibouti) , le port de  Mombasa (Kenya) et le port Dar es Salaam (Tanzanie)  L’Afrique possède un secteur de transport maritime très actif qui gère plus de 90 % de son commerce extérieur, mais le continent dispose de flottes marchandes nationales très limitées. Le marché est principalement dominé par de grands armateurs internationaux (comme MSC, Maersk ou CMA CGM), et une part importante des infrastructures portuaires bénéficie d’investissements étrangers.   Le transport maritime représente plus de 80 % à 90 % du commerce extérieur de l’Afrique. Malgré un littoral immense et une position géographique centrale, le continent ne pèse que pour environ 5 % de la capacité portuaire mondiale et dépend largement de flottes étrangères pour acheminer ses marchandises. Or la majorité des pays africains sont caractérisés  par la dépendance externe souvent à plus de 90%  des tarifs de fret et taxes portuaires souvent onéreux et des  capacités de traitement inégales selon les façades maritimes.  L’Accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine cherche à stimuler le commerce intra-africain, ce qui augmentera fortement la demande de transport maritime et nécessitera de nouvelles flottes.   Pour, l’Algérie où ’il était prévu au départ  un mégaprojet de port  à « El Hamdania », près de Cherchell, dans la wilaya de Tipaza, projet datant de  2015 qui devrait être connecté aux réseaux  ferroviaires  et  routiers   vers l’Afrique via  à la route de l’Unité Africaine ,   qui a été délocalisé, déclaration officielle en juin 2025  à Boumerdès, actuellement en stand-by  le cout du transport maritime a été évalué à environ  38 milliards de dollars  entre 2012 et 2022 pour acheminer ses importations de marchandises, cette lourde facture en devises profitant  aux armateurs étrangers qui dominent très largement le marché national pour plus de 95% et cela a continué jusqu’à  cette année 2026. Bien que   disposant   d’une façade maritime de 1622 km, composée de 11 ports de commerce , et 46 ports de pêche  entre 14 wilayas côtières, gérés par Serport dont le gouvernement vient de nommer le 10 août 2026, un nouveau directeur général , ces infrastructures  ne répondent pas  majorité aux normes internationales rendant   urgent leur  mise à niveau. Car selon Banque mondiale, les ports algériens se situent dans la seconde moitié du classement international, les deux principaux ports classés le  port d’Annaba ,  occupant la 16e place à l’échelle africaine et le 270e rang mondial et le  port d’Alger se classant  à la 379 ème place mondiale  et au 44e rang en Afrique

En conclusion, la planète  recèle environ 71 % de la surface   pour un volume total d’environ 1,4 milliard de kilomètres cubes mais  97 % de cette eau est salée (océans et mers) et seulement 2,8 % est de l’eau douce, dont la majeure partie est piégée dans les glaciers et les  terres émergées ne représentent que les 29 % restants.  La terre compte cinq grands océans , l’ océan pacifique  , 165 250 000 km². l’océan Atlantique   2,4 millions de kilomètres carrés sans ses mers bordières, et jusqu’à près de 106 millions de kilomètres carrés, l’océan  Antarctique  14 millions de kilomètres carrés et quant aux mers nous avons  la    mer des Philippines : environ 5 000 000 km², la mer d’Arabie (ou mer d’Oman) : environ 3 600 000 km², la mer  de Chine méridionale : environ 3 500 000 km², la mer   des Caraïbes  environ 2 750 000 km², la mer  Méditerranée : environ 2 500 000 km² et la mer de Béring : environ 2 300 000 km² .La   délimitation des zones maritimes  établit les frontières entre les espaces sous juridiction de plusieurs États côtiers, régie principalement par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) signée à Montego Bay en 1982 : les eaux intérieures , la mer  territoriale , la zone  contiguë  , la zone économique exclusive (ZEE) avec des droits souverains sur les ressources économiques.. Cependant, devant revoir le droit maritime international, les  sources de conflits  avec des enjeux économiques , l’accès aux ressources halieutiques (pêche) et aux hydrocarbures sous-marins (pétrole et gaz) exacerbent les tensions, nécessitant une frontière maritime concertée comme le montre récemment  l’Arctique est qui est  devenu le théâtre d’une vive compétition géopolitique et militaire entre les grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine et pays européens), attisée par le réchauffement climatique qui libère de nouvelles routes maritimes et des ressources naturelle. L’histoire économique a montré que la domination des  mers a permis à certaines nations d’asseoir  leurs puissances au niveau mondial  et d’une manière générale,  sans le transport maritime , l’approvisionnement global en énergie, en matières premières et en biens de consommation ont des incidences immédiates sur l’économie mondiale. Et cela interpelle l’Algérie et la nomination d’un nouveau directeur général  de Serport le 10 août 2026 permettra-t-elle  de donner un nouveau souffle au transport maritime en léthargie , conditionnée par  une nouvelle gouvernance intersectorielle ?

A.M

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