Longtemps associé aux enfants turbulents et aux difficultés scolaires, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) demeure encore largement méconnu chez l’adulte. Pourtant, derrière les oublis fréquents, les retards répétés, la procrastination ou le sentiment de ne jamais réussir à « se poser », peut se cacher un trouble susceptible de bouleverser la vie quotidienne, le travail et les relations. Témoignages et éclairages de spécialistes permettent de mieux comprendre ce fonctionnement atypique, ainsi que les solutions susceptibles d’améliorer la qualité de vie des personnes concernées. Lorsque l’on évoque le TDAH, l’image qui vient généralement à l’esprit est celle d’un petit garçon en difficulté scolaire, incapable de rester assis et perturbant l’organisation de la classe. Pendant longtemps, ce trouble a en effet été considéré comme propre à l’enfance et touchant principalement les garçons. En réalité, le TDAH concerne aussi bien les filles que les garçons et, dans près d’un cas sur deux, il persiste à l’âge adulte. On estime ainsi que 2 à 4 % de la population adulte serait concernée par ce trouble.
D’importantes difficultés d’organisation
Selon le professeur Nader Perroud, « le TDAH se manifeste tout au long de la vie ». Durant l’enfance, son intensité et ses conséquences peuvent varier en fonction de l’environnement dans lequel évolue la personne. Lorsque le cadre familial, notamment parental, est favorable, structurant et conciliant, le trouble peut rester discret. Ses manifestations existent, mais elles sont contenues par l’accompagnement et l’organisation mis en place autour de l’enfant. Une fois adulte, la situation peut cependant changer brutalement lorsque la personne doit apprendre à se débrouiller seule. Le trouble était donc déjà présent, mais il ne s’exprimait pas de manière suffisamment visible et ne constituait pas encore un handicap important dans la vie quotidienne. L’exemple typique est celui d’un adolescent qui quitte le domicile familial pour poursuivre ses études. Du jour au lendemain, il doit ranger son appartement, faire ses courses, préparer ses repas, payer ses factures, respecter ses horaires et organiser seul l’ensemble de ses journées. Il peut alors découvrir qu’il éprouve de grandes difficultés à accomplir toutes ces tâches. Chez l’adulte, le TDAH se traduit en effet par des problèmes importants de planification et d’organisation du quotidien. La personne peut vivre dans le désordre, perdre régulièrement ses objets personnels, comme son portefeuille, ses clés ou ses lunettes, arriver en retard à ses rendez-vous ou ne pas parvenir à atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés. À force d’essayer de rattraper les oublis et les retards, elle finit souvent épuisée, stressée et complètement désorientée. Chez l’adulte, le TDAH peut globalement se présenter sous trois grandes formes. La première, dite « hyperactive ou impulsive », se caractérise par une agitation souvent intériorisée. Les pensées se bousculent, le besoin d’être constamment occupé est intense et la personne éprouve de grandes difficultés à se détendre. Cette forme peut également se manifester par un besoin permanent d’activité, une impulsivité principalement verbale, le fait de parler sans réfléchir ou d’interrompre fréquemment les autres. Elle peut aussi entraîner certaines conduites à risque, comme des dépenses incontrôlées ou une conduite imprudente. La deuxième forme, dite « à inattention prédominante », se traduit notamment par des difficultés à se concentrer, une attention fluctuante, une forte distractibilité et un esprit qui vagabonde. Ces manifestations peuvent être associées à des oublis fréquents, des erreurs d’inattention, une tendance à remettre les tâches au lendemain et une mauvaise gestion du temps. La troisième forme, appelée « combinée », associe l’hyperactivité et l’impulsivité aux difficultés attentionnelles. Elle serait la forme la plus fréquemment observée. Dans ces trois formes, une dérégulation émotionnelle est également souvent présente. Elle peut se manifester par de l’irritabilité, des changements d’humeur rapides ou une forte émotivité. Le trouble peut aussi s’accompagner d’une baisse de l’estime de soi, de conflits relationnels, de difficultés conjugales, de troubles du sommeil ou encore de comportements addictifs liés notamment à la nourriture, aux vidéos ou aux séries. La procrastination figure également parmi les manifestations les plus fréquentes du TDAH chez l’adulte. Les personnes concernées ont tendance à reporter certaines tâches, même lorsqu’elles sont importantes ou urgentes. Elles éprouvent aussi souvent de grandes difficultés à supporter l’ennui et cherchent en permanence une activité ou une stimulation.
Le travail, un cadre structurant mais parfois conflictuel
La structuration des journées constitue un facteur particulièrement important pour contenir les difficultés liées au TDAH. Les obligations professionnelles et familiales imposent des repères réguliers : se lever et partir travailler à heures fixes, effectuer ses courses en rentrant, organiser les repas ou encore s’occuper des devoirs des enfants. Lorsque ces contraintes disparaissent, notamment au moment de la retraite, la personne peut soudainement perdre les repères qui rythmaient son quotidien. À cet âge, les enfants ont également souvent quitté le domicile familial, ce qui peut accentuer le sentiment de vide et la désorganisation. C’est parfois à ce moment-là que les difficultés deviennent particulièrement importantes chez une personne atteinte de TDAH. La disparition des routines et des obligations peut augmenter le risque de troubles anxieux, de dépression ou d’addiction. Le milieu professionnel peut donc apporter une structure utile, mais il peut aussi devenir une source de difficultés. Les problèmes d’attention, d’organisation, de ponctualité ou de gestion des priorités peuvent entraîner des incompréhensions et provoquer des tensions ou des conflits dans le cadre du travail. Le tempérament des personnes atteintes de TDAH est également susceptible de compliquer la vie de couple. Lorsque le trouble est bien pris en charge, avec un traitement adapté et un accompagnement approprié, la vie commune peut se dérouler de manière apaisée. En revanche, lorsque les manifestations du TDAH sont particulièrement intenses, les relations conjugales peuvent devenir beaucoup plus difficiles.
Un traitement pour réduire les efforts de compensation
De nombreux adultes atteints de TDAH semblent fonctionner correctement au travail, en couple ou au sein de leur famille. Mais cet équilibre apparent repose souvent sur des efforts de compensation considérables et particulièrement épuisants. Certaines personnes doivent relire plusieurs fois les mêmes documents, travailler davantage pour parvenir aux mêmes résultats, multiplier les listes de tâches, utiliser de nombreux Post-it et mettre en place diverses stratégies d’organisation. Elles doivent également lutter en permanence contre les sources de distraction et contre une fatigue mentale souvent très intense. Ces efforts constants sont éprouvants sur les plans physique et psychologique. À long terme, ils peuvent fragiliser la personne et augmenter le risque d’épuisement professionnel ou de dépression. C’est notamment pour réduire ces tensions et limiter les efforts nécessaires à la compensation que les traitements à base de méthylphénidate, comme la Ritaline, peuvent être prescrits dans certains cas, après une évaluation médicale. L’objectif est également de prévenir les conséquences d’un épuisement prolongé, notamment le burn-out et la dépression.
En inhibant la recapture de la dopamine, le méthylphénidate contribue à améliorer la circulation de l’information dans le cerveau. Il peut ainsi favoriser une amélioration de l’attention et de la vigilance. Sa prescription doit toutefois s’inscrire dans une prise en charge médicale adaptée à la situation de chaque patient.
Neila M






