Dans les grands embouteillages d’Alger, c’est devenu une scène de tous les jours. Dès que la circulation s’arrête comme près de la faculté de droit à Saïd Hamdine ou au feu rouge de Tafourah, à titre d’exemple, de jeunes hommes arrivent entre les voitures.
En cette période de forte chaleur, ils marchent au milieu du trafic avec des packs d’eau bien fraîche pour en vendre aux conducteurs. Ce qui ressemble à première vue à un service de dépannage improvisé est en réalité un phénomène urbain alarmant, où l’économie informelle croise la prise de risque maximale.
Pour ces vendeurs d’un genre particulier, la congestion routière n’est pas un calvaire, mais un marché. Les fortes chaleurs et la stagnation prolongée dans les habitacles créent une demande immédiate. En exploitant la vulnérabilité de conducteurs assoiffés et impatients, ces marchands ambulants réalisent un bénéfice rapide.
Cependant, cette opportunité économique s’appuie sur une anarchie totale. Contrairement au commerce informel classique qui occupe les trottoirs, celui-ci s’empare directement de la chaussée, transformant des voies rapides en véritables bazars à ciel ouvert. Le véritable problème de ce phénomène réside dans le danger mortel qu’il génère chaque jour. Sur les autoroutes, la transition entre un bouchon dense et une reprise soudaine de la circulation est souvent brutale et imprévisible.
Les vendeurs, obnubilés par la pièce de monnaie qu’un chauffeur leur tend à travers la vitre, slaloment sans protection entre des véhicules en mouvement. Un écart de trajectoire, un freinage d’urgence ou un simple moment d’inattention, et le drame survient instantanément. Le risque ne pèse d’ailleurs pas uniquement sur la vie de ces jeunes hommes. Pour les conducteurs, la présence d’un piéton là où il ne devrait absolument pas être crée une tension et un stress supplémentaires. Un automobiliste surpris peut faire une manœuvre brusque pour éviter un vendeur tombé ou distrait, risquant ainsi de percuter le véhicule voisin ou de provoquer un suraccident en chaîne.
Ce commerce à la sauvette s’inscrit dans un contexte plus large d’incivisme et de non-respect chronique des règles élémentaires de la route. Il fait écho aux comportements déplorables de certains conducteurs qui empruntent sans vergogne les bandes d’arrêt d’urgence, coupent les lignes continues ou forcent le passage dans les intersections encombrées. D’un côté, des piétons bafouent les règles de sécurité élémentaires pour vendre une simple bouteille. De l’autre, des automobilistes acceptent de valider cette pratique par leur achat, parfois au détriment de la fluidité et de la sécurité générale de tous les usagers.
Face à ce constat, la répression seule peine à éradiquer le problème sur le long terme. Si la présence policière aux grands carrefours comme Tafourah permet de dissuader temporairement les vendeurs, le phénomène se déplace simplement quelques centaines de mètres plus loin, vers des tronçons moins surveillés. Une solution durable nécessite une approche globale combinant une sensibilisation accrue des automobilistes, rappelant qu’acheter sur l’autoroute équivaut à encourager la mise en danger d’autrui.
Sarah Cheriet






