Selon une enquête du journaliste d’investigation espagnol Alejandro Entrambasaguas, publiée dans le quotidien ibérique « El Debate », la justice espagnole a pris une décision radicale dans le dossier d’Ayoub Aissiou. Alors qu’il est recherché par les autorités algériennes et accusé d’être au cœur d’un réseau international de trafic de drogue lié à des services de renseignement marocains, cet homme d’affaires algérien a bénéficié d’une mesure de libération provisoire de la part de l’Audiencia Nacional espagnole.
L’homme d’affaires, né le 21 avril 1982 à El Biar, en Algérie, avait été interpellé en juillet dernier à la suite d’un mandat d’extradition émis par son pays d’origine pour des faits de faux et usage de faux, de participation à une organisation criminelle et de blanchiment d’argent. Placé en détention provisoire le 26 juillet à la prison Brians 1 de Barcelone, son incarcération sans possibilité de libération sous caution avait été initialement confirmée le 28 juillet par le Tribunal central d’instruction n° 1.
Cependant, dans un arrêt rendu le 4 septembre, la même cour est revenue sur sa décision. Jugeant que la détention sans caution n’était plus proportionnée, le tribunal lui a accordé la libération provisoire. Cette mesure s’accompagne toutefois d’un contrôle judiciaire strict imposant la désignation d’un domicile fixe avec obligation de signaler tout changement, des comparutions bihebdomadaires devant le tribunal le plus proche, l’interdiction formelle de quitter le territoire espagnol ainsi que la confiscation de son passeport.Ce revirement judiciaire fait suite à une volte-face soudaine du parquet espagnol. Alors qu’il réclamait initialement son maintien en détention face à l’appel de la défense, le ministère public a rédigé, quelques semaines plus tard, un rapport recommandant sa mise en liberté conditionnelle.
En plus de cette procédure d’extradition, « El Debate » s’est procuré la copie d’une plainte pénale ciblant directement Ayoub Aissiou. Le document l’accuse d’appartenir à une organisation criminelle d’envergure internationale opérant depuis le Brésil et la Guinée-Bissau pour acheminer de la drogue vers l’Europe et l’Afrique du Nord, en s’appuyant sur des points de passage stratégiques tels que le Maroc, le port d’Algésiras, les îles Canaries, ainsi que les enclaves de Ceuta et Melilla.La plainte désigne nommément trois acteurs clés au centre de ce dispositif. Le premier est Rubén Oliveira, dit « Xuxas », considéré comme le trafiquant de drogue le plus puissant et le plus dangereux de l’histoire du Portugal, capable d’introduire des tonnes de cocaïne en Europe en lien avec les cartels sud-américains et d’infiltrer les infrastructures portuaires et aéroportuaires de Lisbonne grâce à un vaste réseau de corruption. Le deuxième membre cité est Ayoub Aissiou lui-même, qualifié de ressortissant algérien récemment libéré sous contrôle judiciaire en Espagne. La plainte déposée contre Ayoub Aissiou décrit cette combinaison de noms comme « une structure géopolitique à haut risque qui cherche à utiliser le territoire et les identités liées à la région pour dissimuler des opérations illicites » et place Aissiou directement au sein de ce réseau, liant sa récente libération en Espagne à l’activité du réseau qu’ils dénoncent.Le document pointe la participation directe de membres des services de renseignement marocains.Le texte de la plainte qualifie cette alliance tripartite de structure géopolitique à haut risque, visant à exploiter le territoire et des identités régionales pour masquer des opérations illicites, reliant directement la libération d’Aissiou en Espagne aux activités du réseau dénoncé.En Algérie, Ayoub Aissiou accumule déjà de lourdes peines de justice. Il y a été condamné à trois reprises pour un total de 55 ans de réclusion criminelle, au titre d’infractions financières et politiques majeures.Selon les jugements consultés par « El Debate », le parcours judiciaire de l’intéressé repose sur trois volets distincts. Pour des faits de détournement de fonds publics réintroduits ensuite dans le circuit légal via un réseau de sociétés écrans destinées au blanchiment, il a écopé d’une première peine de 15 ans de prison, assortie de la confiscation de tous ses gains et du versement d’indemnités au Trésor public. Une deuxième condamnation a porté sa peine à 20 ans de prison supplémentaires pour avoir orchestré la fuite clandestine de capitaux en violation du contrôle des changes, émis des chèques sans provision pour simuler des opérations financières et financé clandestinement des partis politiques à l’aide de fonds illicites. Enfin, un dernier jugement, rendu à l’issue du seul procès où il a comparu en personne, lui a infligé 20 ans de prison de plus en mettant au jour la structure globale de son réseau de blanchiment, s’appuyant sur des dizaines de sociétés écrans, des comptes bancaires en Algérie et à l’étranger, ainsi que des actifs immobiliers destinés à dissimuler l’origine illicite des fonds.
Mohamed B.






