Accident de Boumerdès: Une nouvelle politique routière doit s’imposer en urgence

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L’accident dramatique survenu dans la wilaya de Boumerdès vient confirmer une réalité devenue saisissante, a indiqué Bachir Messaitfa, ancien ministre délégué à la Prospective et aux Statistiques et président de la Fondation Algérienne « Industrie de Demain ». Les accidents de la circulation en Algérie ne relèvent plus de simples faits divers, mais constituent désormais un véritable phénomène social dont les répercussions sur l’opinion publique seront dévastatrices, a-t-il affirmé.

Avec un bilan tragique de 27 morts et 33 blessés, ce seul drame dépasse largement la moyenne quotidiennedes décès enregistrés ces dernières années, a-t-il indiqué. Un tel chiffre constitue une alerte statistique majeure qui doit inciter à poser un diagnostic lucide sur le « terrorisme routier » et à concevoir sans délai des politiques prospectives à la hauteur des enjeux, précise l’ancien ministre.Pour traiter le mal, il convient d’en comprendre les causes réelles, a souligné Bachir Messaitfa. « Le parc automobile national dépasse aujourd’hui les sept millions de véhicules et s’accroît quotidiennement de plusieurs centaines d’unités, ce qui représente environ 149 véhicules pour 1 000  habitants à l’échelle nationale, et jusqu’à 345 véhicules pour 1 000  habitants dans les grandes villes. Cette densité engendre mécaniquement des facteurs de risque bien identifiés », a-t-il précisé. Le facteur humain demeure le principal responsable de près de 85 % des drames, et ce, en raison de l’imprudence des conducteurs, des excès de vitesse, des dépassements dangereux, du manque d’expérience, du téléphone et d’autres facteurs. À cela s’ajoute la part non négligeable du facteur technique, qui atteint un seuil préoccupant de 7 % , a-t-il affirmé, alimentée par la vétusté d’un parc de transport collectif dont certains véhicules dépassent 20 ans de circulation, la prolifération de pièces de rechange contrefaites et le manque des laboratoires de qualité et contrôle aux portes des frontières.

Pour Bachir Messaitfa, la qualité des infrastructures routières et les défauts de maintenance expliquent environ 3 % des sinistres, a-t-il indiqué.

Face à ce constat, la Fondation Algérienne « Industrie de Demain » préconise depuis plusieurs années une feuille de route globale axée sur la prospective et l’anticipation à l’horizon 2050, a-t-il rappelé. La première urgence réside dans la création d’une cellule intersectorielle de veille routière réunissant les ministères des Transports, de l’Intérieur, de l’Éducation, de la Santé ou encore des Travaux publics, et d’autres départements afin de constituer une base de données statistiques fiables et de guider les décisions publiques, a-t-il indiqué. Parallèlement, il est indispensable d’assainir le marché des pièces détachées par des contrôles douaniers renforcés et de faire intervenir les autorités religieuses pour édicter un avis d’interdiction formel concernant les infractions les plus meurtrières, telles que la vitesse excessive ou le téléphone au volant, a-t-il affirmé.

Pour réduire la dépendance à la voiture individuelle, l’État doit investir massivement dans des transports collectifs modernes, attractifs et compétitifs, à l’image du train à grande vitesse, du développement des réseaux de métro urbain et de lignes ferroviaires interurbaines de haute qualité, a préconisé Bachir Messaitfa. Cette mutation passe également par une régulation ciblée du prix des carburants au profit des transporteurs professionnels formés et respectueux des normes de sécurité, a-t-il indiqué. Sur le plan législatif et sécuritaire, le code de la route doit être modernisé pour intégrer une dissuasion intelligente fondée sur la numérisation et le contrôle à distance, a-t-il affirmé. Les contrevenants s’exposeraient ainsi à des sanctions administratives et économiques directes, incluant des restrictions sur les transactions financières, les ventes de véhicules ou les déplacements internationaux, a-t-il précisé. Seule cette alliance entre vigilance constante, rigueur technique et planification prospective permettra d’instaurer un système de circulation apaisé et de préserver ainsi des milliers de vies humaines tout en épargnant à la collectivité des coûts économiques abyssaux, a conclu Bachir Messaitfa.

Maria T.

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