L’Algérie poursuit le renforcement de sa stratégie nationale de lutte contre le cancer à travers une approche reposant sur la prévention, le dépistage précoce, la modernisation des structures de santé et l’accélération de la numérisation du secteur. C’est ce qu’a affirmé la sous-directrice des services hospitaliers au ministère de la Santé, la docteure Lamia Yacef, soulignant que la commission sectorielle de coordination chargée de la prise en charge du cancer œuvre à améliorer les mécanismes de suivi et de traitement des patients, tout en consolidant les dispositifs de prévention et de détection précoce.
Intervenant dans l’émission «Dhif Essabah» de la Chaîne 1 de la Radio algérienne, la responsable a expliqué que cette démarche s’inscrit dans le cadre de l’attention particulière accordée par les hautes autorités du pays, sous la conduite du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, au dossier de la lutte contre le cancer. Elle a rappelé que les orientations issues du Conseil des ministres du 3 mai 2026 ont mis l’accent sur l’adoption d’une approche nationale globale fondée sur la prévention, la rapidité du dépistage, l’efficacité des traitements et le renforcement des capacités des structures sanitaires.
Dans ce cadre, la commission sectorielle de coordination a pour mission de promouvoir une prise en charge optimale des patients atteints de cancer, d’unifier les protocoles thérapeutiques, d’améliorer le parcours de soins et de renforcer la numérisation afin de garantir un suivi précis et continu des malades. Cette stratégie prévoit également le développement des services de radiothérapie, le soutien à la formation ainsi qu’à la recherche scientifique dans le domaine de l’oncologie. La docteure Yacef a indiqué que cette commission veillera également à rationaliser l’utilisation des ressources financières allouées à ce secteur stratégique, conformément aux objectifs de la stratégie nationale de prise en charge du cancer. L’objectif est d’assurer une meilleure efficacité dans l’orientation des moyens vers les programmes nationaux les plus performants et les plus utiles pour les patients.
Elle a, en outre, mis en avant les avancées réalisées dans le domaine de la numérisation, notamment à travers les différentes plateformes numériques appelées à entrer en service prochainement. Parmi elles figurent la plateforme du Fonds cancer et le dossier électronique du patient, qui devront permettre un meilleur suivi médical et administratif des malades. Des systèmes destinés à améliorer la gestion des pannes techniques seront également déployés afin d’assurer la continuité et la qualité des prestations sanitaires. Selon la responsable, cette nouvelle étape constitue un tournant important dans le processus de réforme du système national de santé, dans la mesure où elle permettra de coordonner les efforts des différents intervenants du secteur autour d’une vision stratégique claire à l’horizon 2035. Évoquant l’évolution de la situation en Algérie, la docteure Yacef a affirmé que l’évaluation de l’expérience nationale en matière de dépistage précoce a révélé des progrès significatifs dans les infrastructures thérapeutiques et dans l’intégration de la philosophie de prévention au sein des politiques sanitaires. L’Algérie a ainsi considérablement renforcé les centres spécialisés dans le traitement du cancer et assuré la gratuité de la radiothérapie et de la chimiothérapie.
Elle a ajouté que l’État a également modernisé les équipements hospitaliers grâce à l’introduction de technologies médicales relativement avancées comparativement aux années précédentes. La gratuité des soins demeure, selon elle, l’un des principaux atouts du modèle algérien, notamment face aux coûts très élevés des traitements dans plusieurs pays. La responsable a par ailleurs révélé que l’Algérie enregistre annuellement entre 55.000 et 56.000 nouveaux cas de cancer, avec un taux d’incidence variant entre 103 et 150 cas pour 100.000 habitants.
Selon les projections, ce chiffre pourrait atteindre 70.000 nouveaux cas par an d’ici 2030. Cette hausse continue est attribuée à plusieurs facteurs, parmi lesquels le tabagisme, les changements des habitudes alimentaires, le vieillissement de la population, les facteurs héréditaires ainsi que l’absence de diagnostic précoce dans certains cas. Face à cette situation, les autorités misent sur un programme national de dépistage précoce ciblant particulièrement les cancers du sein, du col de l’utérus et du côlon. Le renforcement des infrastructures hospitalières constitue également un axe majeur de cette stratégie, avec la décision de créer un hôpital spécialisé dans la prise en charge du cancer dans chaque wilaya afin de réduire la pression sur les grands centres spécialisés. La docteure Yacef a également fait état de plusieurs projets en cours de réalisation, notamment six centres spécialisés dans les wilayas de Laghouat, Djelfa, Médéa, Béjaïa, Oran et Tiaret.
Elle a aussi insisté sur la nécessité d’augmenter le nombre d’accélérateurs linéaires, actuellement estimé à 39 dans le secteur public et 14 dans le secteur privé, afin d’atteindre un taux de deux accélérateurs pour un million d’habitants. Concernant les nouvelles techniques thérapeutiques, la responsable a souligné que l’Algérie connaît actuellement une avancée qualitative dans le traitement des tumeurs grâce à l’introduction de systèmes de radiothérapie guidée de haute précision, à l’image de la technologie «Halcyon», qui permet de réduire la durée des séances à quelques minutes seulement. Elle a enfin évoqué l’introduction de la radiothérapie moléculaire via la médecine nucléaire utilisant les isotopes «Lutétium-177», ainsi que le recours aux techniques de radiofréquence thermique comme alternatives thérapeutiques de précision dans le traitement de certaines tumeurs.
Yasmine Derbal






