Vitamine D : les grandes études bousculent les idées reçues

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Avaler chaque matin une capsule de vitamine D est devenu un réflexe pour des millions de personnes à travers le monde. Présentée depuis des années comme un allié incontournable pour protéger les os, renforcer l’immunité ou prévenir certaines maladies chroniques, cette supplémentation s’est imposée dans les habitudes de consommation comme un geste de prévention presque automatique. Pourtant, les conclusions des plus vastes études scientifiques réalisées sur le sujet remettent aujourd’hui en question l’intérêt réel d’une prise systématique chez les personnes ne souffrant d’aucune carence avérée.

Au cœur de ce débat figure l’étude américaine VITAL (VITamin D and OmegA-3 TriaL), considérée comme la plus grande recherche clinique menée à ce jour sur la vitamine D. Réalisé sous la direction de la professeure JoAnn Manson, cet essai clinique randomisé, en double aveugle contre placebo, a porté sur 25.871 adultes américains âgés de plus de 50 ans pour les hommes et de plus de 55 ans pour les femmes, dont plus de 5.000 Afro-Américains. Les participants ont reçu quotidiennement 2.000 UI de vitamine D3 pendant une durée médiane de 5,3 ans afin d’évaluer les effets de cette supplémentation sur la prévention du cancer et des maladies cardiovasculaires. Les résultats, publiés en 2019 dans le New England Journal of Medicine, ont fortement ébranlé les certitudes établies autour de cette vitamine.

L’étude conclut en effet à l’absence de réduction significative des cancers invasifs, des maladies cardiovasculaires, des accidents vasculaires cérébraux ou encore de la mortalité générale chez les personnes en bonne santé recevant une supplémentation. Quelques années plus tard, d’autres analyses issues de l’essai VITAL ont également remis en question les bénéfices supposés de la vitamine D sur la santé osseuse. Les chercheurs ont conclu que la supplémentation en vitamine D seule ne réduisait pas le risque de fractures totales, de fractures non vertébrales ni de fractures de la hanche chez des adultes ne présentant ni ostéoporose ni carence diagnostiquée. Ces résultats concernent précisément le profil des consommateurs qui achètent des compléments alimentaires de manière préventive en pharmacie ou en automédication.

Cette remise en cause intervient alors que le marché mondial des suppléments de vitamine D représente plusieurs milliards de dollars. Selon les estimations citées dans l’étude, ce marché devrait atteindre 5,67 milliards de dollars en 2026 avec une croissance annuelle de près de 9 %. Les spécialistes expliquent cette explosion de la consommation par un élargissement progressif des critères définissant la « carence » en vitamine D au cours des dernières années, conduisant des millions de personnes aux taux pourtant normaux à être considérées comme « insuffisantes » et donc susceptibles d’être supplémentées. Les auteurs rappellent toutefois que ces résultats ne remettent pas en cause le rôle fondamental de la vitamine D dans le fonctionnement de l’organisme. Cette molécule reste indispensable au métabolisme osseux et au système immunitaire. Les recherches montrent notamment qu’elle interagit avec plus de 200 gènes liés en grande partie aux mécanismes immunitaires.

Ce que les grandes études contestent, en revanche, c’est l’idée qu’une supplémentation systématique chez des personnes non carencées puisse améliorer leur état de santé ou prévenir des maladies graves. Les chercheurs soulignent également qu’une supplémentation injustifiée peut comporter certains risques. Des cas d’hypercalcémie sévère liés à un mésusage de compléments alimentaires contenant de la vitamine D ont notamment été signalés chez des nourrissons en 2022. Même si les surdosages restent rares chez l’adulte aux doses habituelles, les spécialistes mettent en garde contre l’image souvent perçue comme totalement inoffensive des compléments dits « naturels».

Les données scientifiques disponibles montrent néanmoins que certaines catégories de population peuvent tirer un réel bénéfice d’une supplémentation ciblée. Les personnes souffrant d’une carence confirmée, les individus âgés institutionnalisés, notamment les femmes en établissements de soins de longue durée, ou encore certains patients exposés à un risque accru d’infections respiratoires constituent les principaux groupes concernés. Chez ces patients, l’association vitamine D et calcium peut contribuer à réduire le risque de fractures et améliorer certains paramètres de santé. Les experts insistent ainsi sur la nécessité de distinguer les personnes réellement carencées de celles qui prennent des suppléments par simple précaution. Pour ces patients, la supplémentation demeure pertinente lorsqu’elle est encadrée médicalement et adaptée aux besoins réels.

Certaines analyses complémentaires de l’étude VITAL ouvrent par ailleurs de nouvelles pistes de réflexion. Les chercheurs ont observé que les personnes présentant un indice de masse corporelle normal semblaient bénéficier d’une légère réduction du risque de cancer sous supplémentation, contrairement aux personnes en surpoids ou obèses. Les scientifiques expliquent cette différence par le rôle du tissu adipeux, susceptible de stocker la vitamine D et de réduire sa disponibilité dans l’organisme.

Au final, les grandes études internationales invitent aujourd’hui à une approche plus nuancée de la vitamine D. Les chercheurs rappellent que cette dernière agit avant tout comme un traitement destiné à corriger une insuffisance réelle et non comme une garantie universelle de prévention pour des personnes déjà en bonne santé.

Neila M

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