Considéré comme le pilier incontournable de l’industrie énergétique en Algérie, le gisement stratégique de Hassi R’Mel entre dans une phase déterminante de son cycle d’exploitation. Alors que le déclin naturel des pressions internes menace la stabilité des débits, la compagnie nationale Sonatrach déploie une stratégie d’investissement ambitieuse pour préserver une capacité d’extraction de 188 millions de mètres cubes par jour. Ce vaste programme industriel, dont l’entrée en phase d’exploitation opérationnelle est prévue à partir d’octobre 2026, répond à un double défi : garantir la sécurité énergétique de l’Algérie et consolider son statut de partenaire de premier plan auprès de l’Union européenne dans un paysage gazier mondial en pleine recomposition.
D’après le rapport d’analyse publié par le cabinet d’études britannique Wood Mackenzie le 3 août 2026, Hassi R’Mel demeure le cœur névralgique de l’économie gazière nationale. Le cabinet spécialisé rappelle que ce champ de taille gigantesque génère à lui seul près de la moitié du gaz commercial produit par le pays. Au-delà de sa fonction d’extraction, le site fait office de hub central pour la collecte, le traitement et la redistribution des volumes vers les réseaux régionaux et les infrastructures d’exportation. Les analystes de Wood Mackenzie soulignent que l’évaluation de cet actif emblématique ne se résume pas à ses volumes instantanés, mais intègre une analyse économique globale incluant les réserves prouvées et probables dites 2P au 1er janvier 2026, la modélisation des dépenses de fonctionnement et d’investissement jusqu’à la fin de la décennie, la gestion des flux de trésorerie ainsi que la maîtrise des émissions carbone. L’enjeu majeur de cette initiative réside dans la préservation d’un outil de production déjà existant et amorti.
Dans l’industrie des hydrocarbures, prolonger la durée de vie économique d’un gisement mature offre un rendement bien plus rapide et maîtrisé que l’exploration de nouveaux champs, dont les phases de découverte et de développement s’étalent généralement sur plusieurs années. Après plus de six décennies d’extraction continue, la baisse graduelle de la pression dans le réservoir exige une compression mécanique accrue pour maintenir les volumes commercialisables. Sans ces travaux d’infrastructure, des quantités considérables de ressources risqueraient d’être définitivement piégées sous terre. Pour surmonter cette contrainte géologique, Sonatrach a attribué le projet d’extension de la phase trois du boosting de Hassi R’Mel à un consortium composé de Baker Hughes, intervenant via Nuovo Pignone International, et de la société Tecnimont, dans le cadre d’un contrat signé le 23 mai 2024. Le chantier prévoit la mise en place de trois stations de compression réparties sur les zones Centre, Nord et Sud du gisement, armées de vingt turbocompresseurs de grande capacité, parallèlement au redimensionnement du réseau de collecte et à l’implantation d’unités spécialisées dans le traitement des condensats. À la fin du mois de juillet 2025, l’avancement global des travaux atteignait 51 %, selon les bilans officiels communiqués par la direction de Sonatrach. La mise en service progressive des équipements suivra un calendrier rigoureux. La station centrale ouvrira le bal en octobre 2026, suivie du site nord en janvier 2027, puis de l’installation sud en avril de la même année.
Ce déploiement échelonné permettra d’amorcer le retour sur investissement dès le dernier trimestre 2026, avant que l’ensemble du dispositif n’atteigne son plein régime opérationnel au cours de l’année 2027. À terme, cette démarche vise à pérenniser un rythme de production annuel théorique de 68,6 milliards de mètres cubes. Bien que les volumes réellement commercialisés fassent l’objet d’ajustements techniques liés aux arrêts de maintenance, à la consommation interne des installations et au réinjection, le projet permettra à terme de récupérer 121 milliards de mètres cubes de gaz sec supplémentaires, accompagnés de 7 millions de tonnes de condensats et de 3 millions de tonnes de gaz de pétrole liquide. La valorisation de ces sous-produits liquides apporte une rentabilité financière complémentaire déterminante pour la viabilité du projet. Cette stabilisation de l’offre gazière s’inscrit dans un contexte international marqué par une recherche accrue de sécurité d’approvisionnement en Europe.
Selon la Commission européenne, les livraisons de gaz algérien vers les pays membres ont atteint environ 35 milliards de mètres cubes en 2025, matérialisées par les flux acheminés par gazoducs et par les cargaisons de gaz naturel liquide. L’Italie et l’Espagne bénéficient en particulier d’une proximité géographique stratégique grâce aux liaisons directes du corridor tunisien et du gazoduc Medgaz. Face aux impératifs d’abandon progressif du gaz russe et à l’application stricte des réglementations européennes sur la réduction des émissions de méthane, l’Algérie réaffirme son rôle de fournisseur fiable et régulier. En définitive, si les récentes projections de Wood Mackenzie prévoient une augmentation globale de la production commerciale algérienne à 120 milliards de mètres cubes d’ici 2027 sous l’impulsion de nouveaux gisements dans le Sud-Ouest, le succès de cette dynamique repose intégralement sur le maintien en puissance de Hassi R’Mel. Sans les investissements de compression engagés par Sonatrach, les apports des nouvelles découvertes serviraient prioritairement à combler le déclin du géant gazier au lieu de générer une croissance nette des volumes disponibles pour le marché national et l’exportation.
Merryam M.






