Patrimoine écrit: 34 000 manuscrits sortent de l’ombre

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À la veille de l’ouverture du colloque international sur le patrimoine manuscrit, prévu à partir de ce lundi à Alger sous le thème « Les chemins de l’encre en Algérie : civilisation et patrimoine », la cheffe du service des manuscrits à la Bibliothèque nationale d’Algérie, Fettouma Ben Yahia, a mis en lumière les avancées réalisées dans le cadre du programme national de recensement, de catalogage et de numérisation des manuscrits lancé en 2023.

Intervenant dimanche dans l’émission L’Invité du matin de la Chaîne I de la Radio algérienne, Mme Ben Yahia a souligné que cette rencontre scientifique constitue une étape importante dans la valorisation du patrimoine manuscrit national. Elle a rappelé que cette démarche s’inscrit dans le cadre des orientations des pouvoirs publics visant à préserver et à promouvoir cet héritage culturel exceptionnel. Le colloque sera notamment l’occasion de présenter le bilan des actions menées au cours des trois dernières années. À ce titre, la responsable a révélé que près de 34 000 manuscrits ont été recensés à travers le pays grâce aux missions de terrain conduites par la Bibliothèque nationale dans différentes régions d’Algérie.

Une participation internationale et 58 communications scientifiques

Cette manifestation réunira des chercheurs, universitaires et experts venus de plusieurs pays, dont le Pakistan, l’Égypte, la Tunisie, la Mauritanie, le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite. Ils participeront aux côtés de spécialistes algériens de la numérisation, de la restauration et de la fabrication de l’encre. Le programme prévoit 58 conférences scientifiques réparties sur deux journées. Les interventions porteront sur les manuscrits, les techniques de conservation, les méthodes de restauration ainsi que les mécanismes de valorisation de ce patrimoine. Parmi les temps forts annoncés figurent une communication consacrée à l’inventaire des manuscrits algériens conservés en Tunisie, une autre animée par un expert britannique spécialisé dans l’imagerie numérique des manuscrits et détenteur de plusieurs brevets dans ce domaine, ainsi que des interventions consacrées au commerce des manuscrits, à leur préservation et à leur entretien.

Les « chemins de l’encre », mémoire des circulations du savoir

Revenant sur le thème choisi pour cette édition, Fettouma Ben Yahia a expliqué que l’expression « Les chemins de l’encre » renvoie aux itinéraires empruntés au fil des siècles par les savants et les étudiants pour acquérir le savoir, copier les manuscrits ou les transporter lors de leurs déplacements scientifiques et commerciaux. Ces circulations ont contribué à enrichir le patrimoine manuscrit algérien et à lui conférer une diversité remarquable, reflet des échanges intellectuels qui ont marqué l’histoire du pays.

Un patrimoine aux spécificités régionales

La responsable a également souligné la richesse et la diversité des traditions manuscrites algériennes. Selon elle, les techniques de fabrication de l’encre diffèrent d’une région à l’autre, notamment entre le Nord et le Sud du pays. De même, les manuscrits et les styles calligraphiques utilisés témoignent de particularités culturelles propres à chaque espace géographique.

Les campagnes de terrain menées par la Bibliothèque nationale ont permis la découverte de nombreux manuscrits rares et encore inédits conservés par des familles algériennes. Des collections précieuses ont notamment été identifiées à Aïn Salah, tandis que d’autres documents exceptionnels ont été recensés dans la wilaya de Relizane. Fettouma Ben Yahia a souligné que le manuscrit algérien se distingue par des caractéristiques propres, tant au niveau de la composition des encres que des formes d’écriture employées. Elle a ajouté que les régions sahariennes recèlent un patrimoine manuscrit particulièrement abondant, héritage de leur rôle historique en tant que centres de rayonnement intellectuel ayant accueilli des étudiants et des érudits venus de différentes contrées. Les opérations de recensement ont également permis d’identifier un type d’écriture locale spécifique dans la wilaya de Djanet, connu sous l’appellation « Kel Essouf », qui signifie en langue targuie « les gens du marché ».

Accélérer la numérisation et la préservation

Abordant les efforts engagés pour protéger ce patrimoine, Mme Ben Yahia a indiqué qu’une instruction du Premier ministre a été édictée afin de renforcer la valorisation et la numérisation des manuscrits détenus par les familles algériennes. Cette démarche prévoit également l’accompagnement des propriétaires de bibliothèques privées à travers un soutien technique et scientifique destiné à assurer la conservation des documents, leur restauration et leur protection contre les risques de dégradation. L’objectif est de préserver ce patrimoine exceptionnel et d’en garantir la transmission aux générations futures conformément aux standards internationaux en matière de sauvegarde des manuscrits.

Malia Sahli

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