Le projet de gazoduc atlantique reliant le Nigeria au Maroc suscite de vives réserves quant à sa faisabilité et à son véritable objectif commercial. Présenté comme une solution pour approvisionner le continent européen, il s’apparente en réalité davantage à un réseau de distribution régional pour l’Afrique de l’Ouest qu’à une conduite d’exportation directe.
S’étendant sur près de 6 800 kilomètres, dont plus de 5 100 kilomètres en milieu marin, ce tracé nécessite un investissement titanesque estimé à environ 26 milliards de dollars, pour une initiative qui n’a d’ailleurs toujours pas franchi l’étape de la décision finale d’investissement. De surcroît, le passage de l’infrastucture par le Maroc et 13 pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) alourdit considérablement les risques géopolitiques et les contraintes administratives. Cette traversée d’une longue chaîne de pays intermédiaires implique également qu’une part importante des flux gaziers serait naturellement absorbée par les besoins de consommation locaux. Au terme de ce long parcours, la question de la quantité réelle de gaz qui subsisterait pour alimenter le marché européen reste entièrement posée.
Face aux incertitudes du tracé atlantique, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réinscrit la question du transport du gaz africain dans un cadre strictement économique et pragmatique en mettant en avant le Gazoduc Transsaharien (TSGP).
L’option transsaharienne repose sur une structure simplifiée et directe de 4 200 kilomètres reliant seulement trois pays, le Nigeria, le Niger et l’Algérie. Dès la sortie du territoire nigérien, le gaz pénètre en Algérie pour se raccorder au hub stratégique de Hassi R’Mel et intégrer le réseau de transport transméditerranéen déjà opérationnel à destination de l’Europe. Ce projet vise une capacité d’acheminement initiale de 20 milliards de mètres cubes par an, extensible à près de 30 milliards selon l’évolution de la demande. Outre la réduction des distances, des coûts et des intermédiaires, le TSGP se distingue par sa maturité d’exécution, le tronçon algérien étant entré dans sa phase effective de réalisation sur le terrain le 4 juin 2026. L’adossement aux infrastructures existantes confère ainsi au projet transsaharien un avantage concurrentiel déterminant pour acheminer efficacement les ressources énergétiques africaines vers les marchés internationaux.
Rym Hamzaoui






