Exercice illégal de la médecine: Soins clandestins : le ministère sonne l’alerte

0
118

Le ministère de la Santé met en garde contre la multiplication des formations, ateliers pratiques et activités médicales organisés en dehors des établissements de santé et des structures légalement agréées. Injections, traitements au laser, implants dentaires ou actes esthétiques : derrière certaines offres largement relayées sur les réseaux sociaux se cachent des pratiques illégales susceptibles d’exposer les citoyens à de graves complications.

Dans un communiqué rendu public mercredi, le ministère de la Santé a rappelé aux organisateurs de formations, aux professionnels de santé et à l’ensemble des intervenants du secteur qu’aucune activité médicale ou thérapeutique ne peut être pratiquée en dehors des établissements de santé ou des structures légalement agréées. Cette mise en garde concerne en particulier les sessions de formation et les ateliers pratiques comportant des interventions réelles sur des personnes. Le ministère insiste sur le fait qu’un acte médical demeure soumis aux mêmes exigences légales et sanitaires, qu’il soit réalisé dans le cadre d’un soin classique, d’une démonstration ou d’une formation professionnelle.

Hôtels, salles de formation et espaces privés concernés

Le département de la Santé précise que les hôtels, les établissements touristiques, les salles de conférences ou de formation, les espaces publics ou privés ainsi que tout autre lieu non destiné ou non autorisé à accueillir des activités de santé ne peuvent servir de cadre à la réalisation d’actes médicaux. Le communiqué vise notamment les formations qui associent un enseignement théorique à des applications pratiques sur des personnes. Certaines de ces sessions sont annoncées et promues sur des sites Internet ou sur les réseaux sociaux, parfois sous la forme de « master class », de démonstrations professionnelles ou d’ateliers de perfectionnement.  Or, dès lors qu’une intervention est effectuée sur une personne, il ne s’agit plus d’une simple présentation pédagogique. Une injection, un traitement au laser, la pose d’un implant ou tout autre acte thérapeutique constitue une pratique médicale qui doit être réalisée par une personne habilitée et au sein d’une structure légalement autorisée. Le ministère cite expressément les injections, les traitements au laser, l’utilisation de certains dispositifs médicaux ou paramédicaux, les implants dentaires, les soins parodontaux ainsi que les actes dermatologiques et esthétiques. Ces interventions relèvent, par leur nature, de la médecine, de la médecine dentaire ou des autres professions de santé réglementées.

Un professionnel habilité et une structure agréée

La compétence de la personne qui réalise l’acte ne constitue pas l’unique condition exigée. Le lieu dans lequel l’intervention est pratiquée doit également répondre aux normes imposées aux établissements de santé. Un médecin ou un chirurgien-dentiste ne peut donc transformer une chambre d’hôtel, une salle de conférence, un institut de beauté ou un espace privé en lieu de soins. La présence d’un professionnel diplômé ne suffit pas, à elle seule, à rendre légale une activité médicale organisée dans une structure non agréée. Un établissement de santé autorisé doit garantir des conditions précises d’hygiène, d’asepsie et de sécurité. Il doit notamment permettre la stérilisation et la traçabilité du matériel, la conservation adaptée des médicaments et des produits injectables, la gestion des déchets médicaux ainsi que la prise en charge rapide d’une éventuelle complication. Ces garanties sont d’autant plus importantes que certains incidents nécessitent une intervention immédiate. Une réaction allergique sévère, une hémorragie, un malaise, une obstruction vasculaire ou une détresse respiratoire ne peuvent être correctement pris en charge dans un espace dépourvu de médicaments d’urgence, d’équipements appropriés et de personnel qualifié.

Ce que prévoit la législation algérienne

La loi n° 18-11 du 2 juillet 2018 relative à la santé encadre strictement l’exercice des professions médicales. Son article 166 subordonne l’exercice d’une profession de santé à plusieurs conditions, parmi lesquelles la détention du diplôme requis ou d’un titre reconnu équivalent. Les professionnels concernés sont également tenus de s’inscrire au tableau de l’ordre correspondant à leur profession. L’article 185 considère comme exerçant illégalement une profession de santé toute personne qui ne remplit pas les conditions fixées par la législation et la réglementation en vigueur. L’article 186 assimile notamment à l’exercice illégal de la médecine le fait, pour une personne non habilitée, de procéder à l’établissement d’un diagnostic ou à l’administration d’un traitement. La loi vise également le professionnel diplômé qui prête son concours à une personne non autorisée et s’en rend complice. Le même article concerne toute personne non autorisée par le ministère de la Santé qui exerce au sein d’une structure ou d’un établissement de santé privé. L’exercice illégal des professions de santé est sanctionné conformément aux dispositions de l’article 243 du Code pénal, en vertu de l’article 416 de la loi relative à la santé. Par ailleurs, la création, l’ouverture ou l’exploitation d’un établissement de santé sans l’autorisation des services compétents est punie, selon l’article 414, d’une peine de deux à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende allant de 1 à 2 millions de dinars.

Des complications parfois irréversibles

Les actes pratiqués par des personnes non habilitées ou dans des espaces inadaptés peuvent provoquer des infections, des abcès, des réactions allergiques, des brûlures, des hémorragies ou des lésions nerveuses. Dans le domaine de la médecine esthétique, une injection mal réalisée peut entraîner une asymétrie, une déformation, une migration du produit ou une nécrose cutanée. Lorsque le produit est accidentellement injecté dans un vaisseau sanguin, il peut interrompre l’irrigation des tissus. Certaines zones du visage, notamment le nez, le front et le contour des yeux, présentent des risques particulièrement élevés pouvant aller, dans de rares cas, jusqu’à une atteinte de la vision. Les traitements au laser ne sont pas non plus dépourvus de danger. Un appareil mal réglé ou utilisé sans évaluation préalable de la peau peut provoquer des brûlures profondes, des cicatrices permanentes, des troubles de la pigmentation ou des lésions oculaires. En matière de soins dentaires, la pose d’un implant nécessite un examen clinique, une imagerie adaptée et des conditions rigoureuses d’asepsie. Une intervention effectuée dans un cadre inapproprié peut entraîner une infection, une atteinte nerveuse, une hémorragie, une lésion osseuse ou l’échec de l’implant. La réutilisation d’un matériel mal stérilisé ou le non-respect des protocoles d’hygiène expose également les patients à la transmission de maladies infectieuses, notamment les hépatites B et C et, dans certaines circonstances, le VIH.

Des produits dont l’origine échappe à tout contrôle

L’exercice clandestin de la médecine peut aussi s’accompagner de l’utilisation de médicaments, de produits injectables ou de dispositifs médicaux achetés en dehors du circuit légal. Le produit administré peut être contrefait, périmé, mal conservé ou présenter une concentration différente de celle annoncée. Il peut également contenir des substances non déclarées ou toxiques. En l’absence d’un emballage identifiable et d’un numéro de lot, toute traçabilité devient impossible en cas de complication. La toxine botulinique, par exemple, n’est pas un simple produit cosmétique, mais un médicament dont l’administration exige une qualification médicale et un dosage précis. Une mauvaise utilisation peut provoquer une faiblesse musculaire, des troubles de la vision ainsi que des difficultés à parler, à avaler ou à respirer.

Aux États-Unis, 22 victimes et 11 hospitalisations

Les dangers liés aux injections clandestines ont notamment été mis en évidence aux États-Unis. En 2024, les autorités sanitaires américaines ont recensé 22 femmes victimes d’effets indésirables après avoir reçu des injections de toxine botulinique contrefaite ou mal manipulée dans 11 États. Selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies, les injections avaient été réalisées par des personnes non agréées ou insuffisamment formées, notamment dans des domiciles et des spas. Parmi les 22 victimes, 11 ont dû être hospitalisées et plusieurs ont été traitées pour une suspicion de botulisme, une affection neurologique pouvant mettre en jeu le pronostic vital.  Cet exemple illustre les risques liés à la combinaison de trois facteurs : un intervenant non habilité, un produit dont l’origine ou la conservation n’est pas garantie et un lieu dépourvu des moyens nécessaires pour faire face à une urgence.

Les réseaux sociaux au cœur du phénomène

La promotion de ces activités passe fréquemment par les réseaux sociaux. Des annonces proposent des soins à prix réduit ou recrutent des personnes comme « modèles » pour des démonstrations pratiques. Certaines formations délivrent également des attestations présentées comme des certificats permettant de pratiquer des injections ou d’utiliser des appareils médicaux. Toutefois, un certificat délivré à l’issue d’une formation privée ne remplace ni un diplôme reconnu, ni l’inscription à l’ordre professionnel, ni l’autorisation délivrée à une structure de santé. Les citoyens doivent ainsi se méfier des rendez-vous proposés dans des hôtels, des appartements, des instituts de beauté ou des espaces loués temporairement. Des tarifs anormalement bas, l’absence de dossier médical, le refus de présenter l’emballage du produit, l’impossibilité de vérifier la qualification du praticien ou les promesses garantissant une intervention « sans aucun risque » doivent également éveiller la vigilance. Dans son communiqué, le ministère de la Santé assure qu’il prendra toutes les mesures nécessaires, en coordination avec les secteurs concernés, pour faire face aux infractions constatées. Il réaffirme ainsi sa volonté de protéger la santé des citoyens et de garantir leur sécurité face à des pratiques qui, au-delà de leur caractère illégal, peuvent avoir des conséquences graves, voire irréversibles.

Yasmine Derbal

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici