Lors d’un débat ouvert de haut niveau convoqué au Conseil de sécurité des Nations unies sous la présidence du Danemark, la délégation algérienne, représentée par l’Ambassadeur Mehdi Litim, représentant permanent adjoint de l’Algérie auprès de l’ONU, a livré un réquisitoire ferme contre l’incurie internationale face à la faim provoquée par les guerres.
Intitulé « La nourriture sous le feu : le rôle du Conseil de sécurité dans l’atténuation des crises alimentaires mondiales et locales », cet échange diplomatique a servi de tribune à Alger pour dénoncer l’usage systématique de la privation de nourriture comme méthode de combat et exiger des mesures coercitives contre les contrevenants. Neuf ans après l’adoption historique de la résolution 2417 en 2018, qui établissait un lien formel entre les conflits armés et la famine tout en condamnant l’affamement des populations civiles, le constat dressé par l’Algérie demeure alarmant. Les données du Rapport mondial sur les crises alimentaires de 2026 révèlent une dégradation sans précédent de la situation humanitaire globale.
Au cours de la dernière décennie, la proportion d’individus confrontés à une insécurité alimentaire aiguë a tout simplement doublé. Les affrontements militaires continuent de s’imposer comme le premier vecteur de cette détresse, entraînant des déplacements massifs de populations, la destruction des capacités agricoles et le blocage délibéré de l’aide humanitaire. Cette tragédie humanitaire a franchi un seuil historique particulièrement sombre en 2025, année durant laquelle deux famines simultanées ont été officiellement confirmées dans deux théâtres de crise distincts : la bande de Gaza et le Soudan. Évoquant le drame palestinien, le diplomate algérien a décrit la situation à Gaza comme une blessure béante pour la conscience humaine. Selon les données les plus récentes de l’évaluation IPC, 1,4 million de personnes y demeurent plongées dans une précarité alimentaire critique.
Les scènes d’enfants succombant à la malnutrition à quelques kilomètres seulement de convois d’aide médicale et alimentaire bloqués illustrent l’impact dévastateur de la faim employée comme tactique militaire. Face à cette urgence, l’Algérie a réitéré son appel à l’instauration immédiate d’un cessez-le-feu durable et à l’accès inconditionnel des secours. Le tableau dépeint au Soudan s’avère tout aussi dramatique. Avec 19,5 millions de citoyens touchés par une insécurité alimentaire aiguë, soit près de 41 % de la population totale, le pays traverse l’une des pires urgences humanitaires de la planète.
Plus de 135 000 personnes y sont désormais piégées dans la phase 5 de la classification IPC, synonyme de catastrophe et de famine imminente, tandis que 825 000 enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère. La destruction ciblée des moyens de production agricole et les attaques répétées contre les axes de ravitaillement empêchent les secours de parvenir aux sinistrés. Pour l’Algérie, le silence des armes et la garantie de corridors humanitaires permanents constituent les uniques voies de salut pour le peuple soudanais. La délégation algérienne a exprimé sa vive inquiétude face au déclin alarmant des financements internationaux accordés aux secteurs alimentaires d’urgence. Ces ressources ont chuté à des niveaux jamais observés depuis dix ans.
Ce déficit budgétaire ne représente pas uniquement un défi logistique ou éthique, il porte une atteinte directe à la stabilité politique mondiale en entretenant un cercle vicieux entre dénuement et instabilité sécuritaire. Afin de briser cet engrenage destructeur, la diplomatie algérienne exhorte le Conseil de sécurité à dépasser les déclarations d’intention pour adopter une feuille de route opérationnelle. Cette stratégie repose sur la sanctuarisation absolue des infrastructures civiles essentielles à la survie humaine, telles que les réseaux d’eau et les cultures agricoles, ainsi que sur l’obligation stricte d’assurer un accès rapide et sans entrave aux acteurs humanitaires.
L’Algérie a rappelé son implication active dans ces efforts, notamment à travers sa co-présidence du groupe de travail sur la protection des infrastructures civiles et sa signature, en septembre 2025, de la Déclaration sur la protection du personnel humanitaire. Pour garantir l’efficacité de ces engagements, Alger propose l’établissement de mécanismes d’alerte précoce capables de détecter rapidement les agressions contre les infrastructures vitales, ainsi que le financement soutenu de la reconstruction des installations détruites. Sur le plan juridique et judiciaire, l’Algérie réclame que les auteurs d’attaques ciblées contre les civils rendent des comptes et préconise la création d’un régime de sanctions spécifique visant à châtier toute partie violant la résolution 2417.
Face à l’instrumentalisation politique de la faim, la réponse internationale doit être immédiate et décisive. En réaffirmant son engagement auprès de ses partenaires internationaux pour faire respecter le droit international humanitaire, l’Algérie rappelle que la dignité humaine doit demeurer la priorité absolue de la communauté internationale. La nourriture ne doit plus jamais servir de levier de pression ou d’arme de guerre.
Mohamed B.






