L’Algérie à contre-courant: BMI prévoie une baisse du déficit budgétaire à 11,5 % en 2026

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Dans un environnement international marqué par la tension sur les finances publiques, l’Algérie se distingue par une trajectoire inverse à celle de la plupart des pays exportateurs d’hydrocarbures. Selon les dernières projections de l’unité de recherche BMI, filiale de Fitch Solutions, le déficit budgétaire algérien devrait reculer à 11,5 % du PIB en 2026, contre 14,8 % en 2025, soit une amélioration de 3,3 % et une baisse relative proche de 22 % en un an.

Une exception dans un paysage régional dégradé

Ce redressement prend tout son sens lorsqu’on le compare à la tendance dominante dans la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). BMI a en effet relevé sa prévision de déficit moyen régional pour 2026, désormais attendu à 6,2 % du PIB (contre 5,7 % anticipé précédemment), avant un repli à 4,3 % en 2027. Le déficit moyen des pays exportateurs d’énergie devrait, lui, s’alourdir de 4,5 % à 5,4 % du PIB entre 2025 et 2026.

Plusieurs producteurs pétroliers voient ainsi leur situation se détériorer, le Qatar passerait de 0,9 % à 4,5 % de déficit, Bahreïn de 6 % à 8,4 %, l’Irak de 5,1 % à 6,2 %. Le Koweït affiche l’écart le plus marqué du Golfe, avec un déficit prévu jusqu’à 25,5 % selon l’évaluation nationale pour l’exercice 2026-2027. À l’inverse, l’Algérie améliore sa position, tout comme Oman, qui basculerait vers un excédent de 2,1 % du PIB, ou la Libye, en voie de retour à l’équilibre après un déficit d’environ 30 % en 2025.

Un pétrole plus cher que prévu au budget, une exposition moindre aux risques du détroit d’Ormuz

BMI a certes révisé à la baisse son hypothèse de prix du Brent pour 2026, de 88 à 84 dollars le baril, dans le sillage du récent accord entre Washington et Téhéran. Mais ce niveau reste supérieur de 14 dollars au cours retenu dans la loi de finances algérienne (70 dollars) et de 24 dollars au prix de référence fiscal (60 dollars) un écart qui alimente les recettes pétrolières au-delà des prévisions budgétaires initiales.

L’Algérie bénéficie en outre d’une géographie exportatrice avantageuse, ses flux de gaz transitent par les gazoducs Transmed (vers l’Italie) et Medgaz (vers l’Espagne), ainsi que par des cargaisons de GNL et des exportations pétrolières via les ports méditerranéens. Cette configuration limite fortement son exposition aux goulots d’étranglement du détroit d’Ormuz, contrairement à l’Irak ou aux pays du Golfe.

Le FMI confirme une dynamique positive

Cette embellie relative est corroborée par le Fonds monétaire international, dont la mission menée en Algérie du 16 au 30 juin 2026 a souligné que la hausse des prix des hydrocarbures soutenait à la fois les recettes d’exportation et le budget. L’institution table sur une croissance solide de 3,8 % en 2026, après 3,9 % en 2025, et anticipe une réduction du déficit du compte courant portée par la progression des revenus pétroliers et le recul des importations.

Les estimations internationales divergent quelque peu selon les méthodologies et les hypothèses retenues : 11,5 % pour BMI, 12,4 % dans la dernière projection chiffrée du FMI, 13,3 % pour la Banque africaine de développement. Ces écarts reflètent surtout des différences de calendrier et d’hypothèses plutôt qu’une contradiction de fond la tendance, elle, converge vers une amélioration.

Une stratégie fondée sur la diversification et le financement interne

L’amélioration du solde budgétaire s’appuie sur la progression des recettes hors hydrocarbures, portée par l’élargissement de l’assiette fiscale et la lutte contre l’informel. La loi de finances 2026 vise un déficit de 12,4 % du PIB, avec une croissance projetée de 4,1 %, tout en maintenant l’effort d’investissement dans les mines, le ferroviaire, le dessalement, l’agriculture et le logement.

Fait notable, l’Algérie finance l’essentiel de son déficit par le marché intérieur, avec une dette extérieure très faible une option que le ministre des Finances Abdelkrim Bouzered présente comme neutre pour l’inflation. Cette approche protège le pays des chocs de taux internationaux, même si le FMI appelle à une gestion prudente de la liquidité bancaire pour ne pas évincer le crédit au secteur privé.

Un chantier encore ouvert

Le niveau de 11,5 % demeure élevé au regard des standards internationaux, et les défis persistent : maîtrise des dépenses, rendement des investissements publics, poursuite de la diversification. Mais dans un contexte où la majorité des pays exportateurs d’hydrocarbures voient leurs comptes publics se dégrader, l’Algérie apparaît, selon BMI, comme l’un des rares pays de la région à inverser durablement la tendance.

Maria T.

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