Dans une analyse prospective publiée ce jeudi, intitulée « Maroc : une volonté obsessionnelle de puissance régionale », l’ancien diplomate algérien Amar Belani dresse un réquisitoire sans concession contre la conduite stratégique du Royaume. Selon cette grille de lecture analytique, Rabat déploie une quête effrénée de leadership régional, caractérisée par le contournement systématique du droit international, l’instrumentalisation des crises humaines et la conclusion d’alliances militaires risquées. L’ancien diplomate met en garde contre les conséquences de cette doctrine d’action qui, loin de consolider la stabilité de l’Afrique du Nord, alimente une spirale d’instabilité permanente et expose la région aux interférences extérieures.
Le premier levier de cette politique repose sur ce que l’analyse qualifie d’arme diplomatique non conventionnelle : la gestion de la pression migratoire. Les événements survenus fin juillet 2026 à l’enclave de Ceuta, marqués par des tentatives de passage massif impliquant des dizaines de milliers de personnes, illustrent cette dynamique d’asphyxie programmée. Amar Belani avance que le contrôle frontalier est converti en une monnaie d’échange cynique face aux capitales européennes. En relâchant délibérément la surveillance des côtes, le Maroc exercerait une contrainte politique directe sur l’Espagne et l’Union européenne afin d’obtenir des concessions sur ses dossiers prioritaires. Cette approche s’appuie sur la vulnérabilité de la jeunesse marocaine dont le désespoir socio-économique, documenté par divers rapports d’organisations non gouvernementales, se trouve réorienté vers des objectifs géopolitiques.
Le second pilier de cette orientation concerne le dossier du Sahara occidental. D’après la perspective développée par M. Belani, les autorités marocaines tentent de substituer le fait accompli colonial aux résolutions de l’Organisation des Nations Unies. Bien que le territoire conserve son statut juridique de territoire non autonome, la stratégie de Rabat consiste à intensifier la présence administrative, l’exploitation des ressources et le peuplement afin d’imposer une réalité irréversible. L’analyse souligne toutefois que le soutien politique apporté par certaines puissances occidentales, ou l’évolution des positions de Paris et de Madrid vers le projet d’autonomie, ne modifient en rien le socle juridique régissant le processus de décolonisation. Les décisions rendues en octobre 2024 par la Cour de justice de l’Union européenne rappellent en effet l’exigence du consentement du peuple sahraoui, réaffirmant ainsi la distinction stricte entre le territoire sahraoui et le Maroc.
Le dernier volet décrypté par Amar Belani porte sur le virage sécuritaire pris par le Royaume depuis la normalisation de ses relations avec Israël en 2020. Le renforcement des partenariats en matière de défense, d’armement technologique et de renseignement avec Tel-Aviv et Abou Dhabi modifie en profondeur l’équilibre des forces au Maghreb. Cette militarisation accélérée est perçue par les pays voisins, au premier rang desquels l’Algérie, comme une menace directe pour leur sécurité nationale. De plus, la réactivation implicite d’une rhétorique issue du concept historique du Grand Maroc entretient une méfiance légitime quant aux ambitions territoriales à long terme de Rabat.
Pour Amar Belani, l’ensemble de ce dispositif produit une puissance illusoire aux fondations particulièrement fragiles. La contradiction s’accentue entre les investissements colossaux consacrés au surarmement ou à la communication diplomatique et la réalité d’un contexte socio-économique interne marqué par la précarité et la restriction des libertés publiques. L’analyse conclut que cette politique du fait accompli ne résout aucun différend fondamental. Au contraire, elle bloque la construction de l’espace maghrébin, hypothèque le droit des peuples à l’auto-détermination et condamne la région à un état de tension stratégique perpétuel.
Meryam M.






