Les données officielles et les rapports internationaux récents révèlent une transformation majeure dans la stratégie de Sonatrach. Le géant national des hydrocarbures ne se contente plus de commercialiser le pétrole et le gaz algériens à l’étranger, mais déploie désormais un portefeuille international diversifié comprenant 61 entreprises et des actifs stratégiques couvrant l’exploration, la production, le raffinage, le transport par pipeline et la pétrochimie.
Cette présence internationale s’étend sur trois continents. En Afrique, Sonatrach consolide sa présence au Niger sur le bloc de Kafra, une superficie impressionnante de près de 23 700 kilomètres carrés, où les estimations font état de deux découvertes majeures totalisant 268 millions de barils, réparties entre un premier gisement de 168 millions de barils et un second de 100 millions. En Libye, les récents tests de puits ont confirmé un potentiel prometteur avec un débit quotidien de 13 millions de pieds cubes de gaz et 327 barils de condensats. L’expansion du groupe s’étend également jusqu’en Amérique latine, notamment au Pérou, où Sonatrach détient une participation de 10 % dans le projet gazier stratégique de Camisea, ainsi qu’environ 21,2 % dans la société de transport de gaz TGP. En Europe, le réseau d’actifs industriels et logistiques est particulièrement dense.
Sonatrach possède la raffinerie d’Augusta en Italie, dotée d’une capacité nominale de 175 000 barils par jour. Concernant l’acheminement du gaz vers l’Espagne, le groupe contrôle 51 % du gazoduc Medgaz, dont la capacité annuelle a été portée à près de 10 milliards de mètres cubes, tout en détenant 4,1 % du capital du géant énergétique espagnol Naturgy. Dans le secteur pétrochimique, l’entreprise est actionnaire à hauteur de 49 % dans le projet BASF SONATRACH PropanChem en Espagne et détient 34 % dans l’usine de polypropylène située à Ceyhan, en Turquie. L’aspect le plus remarquable de cette dynamique réside dans la structuration de ce réseau. L’expansion extérieure de Sonatrach repose sur une intégration verticale reliant l’extraction du pétrole et du gaz au raffinage, au transport et à la transformation pétrochimique.
Cette approche permet non seulement de sécuriser des débouchés à long terme pour les ressources algériennes, mais aussi d’augmenter leur valeur ajoutée en les transformant en produits raffinés ou dérivés à forte rentabilité. Pour l’économie algérienne, l’enjeu est capital. Ces actifs génèrent des revenus complémentaires en devises fortes, renforcent la souveraineté économique et consolident le positionnement du pays sur les marchés mondiaux de l’énergie. Toutefois, la rentabilité ultime de ces investissements dépendra de la capacité à développer efficacement les nouvelles découvertes, à maintenir l’efficacité opérationnelle des infrastructures, ainsi qu’à naviguer face à la volatilité des marges de raffinage et aux risques géopolitiques dans les pays hôtes.
Le portefeuille international de Sonatrach s’impose ainsi comme un levier central pour consolider durablement le statut de l’Algérie en tant qu’acteur incontournable de la transition et de la sécurité énergétique mondiales.
Amel Driss






