Mercenaires, armes et trafic d’or en Afrique: Une enquête pointe le rôle déstabilisateur des Émirats

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Les Émirats arabes unis auraient joué un rôle actif dans la déstabilisation de plusieurs pays africains et continueraient d’alimenter différents conflits sur le continent, selon une enquête du quotidien britannique Financial Times, reprise par le journal national Le Courrier d’Algérie.

L’enquête fait état de l’existence d’un vaste réseau régional consacré au recrutement, au transport et à l’entraînement de mercenaires, qui serait administré par les Émirats arabes unis. Selon le Financial Times, les ramifications de ce réseau s’étendraient de la Colombie aux Émirats arabes unis, avant de rejoindre Bosaso, en Somalie, Al-Kufra, en Libye, ainsi que les villes soudanaises de Nyala et d’El Fasher. Pour étayer ses révélations, le journal britannique affirme avoir recueilli les témoignages d’anciens combattants ayant participé à des conflits dans lesquels ce réseau serait intervenu. Les journalistes ont également examiné des registres de voyage, des données numériques, des photographies et d’autres documents en lien avec ces opérations. L’enquête décrit le déploiement rapide par Abu Dhabi d’investissements, de réseaux d’influence et d’équipements militaires dans plusieurs régions d’Afrique. Cette stratégie serait destinée à renforcer la présence économique et géopolitique des Émirats sur le continent et à leur garantir un accès durable aux échanges commerciaux et aux ressources naturelles dans la perspective de l’après-pétrole. Le Financial Times relève également que de nombreux responsables politiques africains ayant déjà entretenu des relations avec Abu Dhabi préfèrent observer une grande réserve lorsqu’ils sont interrogés sur la présence et le rôle des Émirats arabes unis sur le continent. Yemane Gebremeskel, ministre érythréen de l’Information et proche collaborateur du président Isaias Afwerki, a estimé que le problème posé par la politique émiratie en Afrique résidait dans une ambition qu’il juge injustifiée de contrôler l’ensemble de la région. Selon le responsable érythréen cité dans l’enquête, cette politique aurait commencé par la prise de contrôle de plusieurs ports secondaires en Afrique de l’Est, avant d’évoluer vers une démonstration de puissance et une exploitation accrue des ressources.

Des partenariats présumés avec des groupes armés

Dans la Corne de l’Afrique et, plus largement, en Afrique de l’Est, les Émirats arabes unis auraient conclu des partenariats avec des groupes armés non étatiques, auxquels ils auraient fourni des armes. Ces réseaux seraient également impliqués dans le commerce illicite de l’or, selon les auteurs de l’enquête. L’organisation suisse d’aide au développement SWISSAID estime qu’environ 30 milliards de dollars d’or issu de l’exploitation artisanale sont exportés chaque année d’Afrique vers Dubaï sans être déclarés. Un haut responsable d’un pays d’Afrique de l’Ouest, interrogé sous couvert d’anonymat par crainte de représailles, a également affirmé que les Émirats arabes unis, et Abu Dhabi en particulier, étaient intervenus de manière négative dans la vie politique africaine. Le responsable a établi une distinction entre l’approche émiratie et celle de la Chine sur le continent, estimant que les interventions d’Abu Dhabi avaient directement affecté les équilibres politiques de plusieurs pays. Le journal britannique rapporte, en outre, que d’importantes quantités d’or auraient été soustraites au Soudan au profit des Émirats arabes unis. L’enquête décrit cette opération présumée comme l’un des plus importants détournements d’or de l’histoire. L’universitaire éthiopien Mehari Taddele Maru considère que l’influence acquise par les Émirats auprès des puissances occidentales leur aurait permis d’agir avec une grande liberté en Afrique. Cette influence reposerait, selon lui, sur une alliance commune avec l’entité sioniste, sur les investissements financés par les revenus pétroliers ainsi que sur d’importantes opérations de lobbying.

Des mercenaires colombiens envoyés au Soudan

L’enquête révèle également que les Émirats arabes unis auraient recruté plusieurs milliers de mercenaires colombiens pour combattre aux côtés des Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan. Plusieurs recrues transférées vers le territoire soudanais auraient confirmé que la société privée Global Security Services Group (GSSG), basée aux Émirats arabes unis, avait assuré leur recrutement, leur transport et leur emploi. Cette entreprise de sécurité privée a été fondée en 2016 par Ahmed Mohammed Al-Hamairi, secrétaire général du Bureau présidentiel émirien, précise le Financial Times. Sollicité par les journalistes ayant réalisé l’enquête, ce responsable n’aurait pas répondu à leurs demandes. Selon le média britannique, un premier groupe de combattants colombiens serait arrivé dans la région en octobre 2024. Sa mission aurait consisté à établir un couloir logistique destiné à acheminer des approvisionnements depuis l’est de la Libye vers le Darfour. L’un des anciens mercenaires interrogés par le Financial Times, présenté sous le prénom de Manuel, a affirmé que les Émirats finançaient le conflit soudanais et fournissaient des armes aux Forces de soutien rapide. Selon son témoignage, Abu Dhabi injecterait la plus grande partie des financements et des ressources destinés à alimenter le conflit. Ces accusations, rapportées par le quotidien britannique, mettent ainsi en cause le rôle joué par les Émirats arabes unis dans la prolongation de la guerre au Soudan et, plus largement, dans la déstabilisation de plusieurs régions du continent africain.

Hakima Halimi/APS

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